Interview : faut-il craindre une nouvelle crise économique ?

Interview : faut-il craindre une nouvelle crise économique ?

Laurent Fraisse, le directeur de l’antenne haut-savoyarde de la Banque de France explique pourquoi l’institution se veut confiante, tout en restant vigilante.

Dix ans après le début de la dernière crise financière, l’économie mondiale montre des signes de ralentissement. Le contexte géopolitique fragile et incertain engendre un climat de défiance renforcé par la hausse de l’endettement public au niveau international dont les effets restent pour l’instant contenus par des taux d’intérêt encore bas.

Quel regard portez-vous sur la situation économique ?

L’économie est caractérisée par des successions de phases de croissance et de ralentissement, ce qui est le cas depuis 2018 selon les derniers chiffres publiés par le Fonds monétaire international (FMI). La croissance mondiale s’établissait à 4 % en 2017, puis à 3,6 % en 2018 avec des prévisions à 3,3 % pour 2019 et une légère remontée à 3,6 % pour 2020. Un phénomène qui s’observe en particulier dans les pays de l’OCDE, dont la France. Il y a des signes de fragilité au niveau mondial, conséquences des tensions engendrées par les décisions de Donald Trump qui ont grippé l’économie. Une forme de défiance s’installe, renforcée en Europe par les négociations en cours avec le Brexit. Le climat d’incertitude a parfois plus d’impacts que la décision elle-même.

Faut-il craindre une nouvelle crise financière ?

Selon la Banque de France, nous ne sommes pas à l’aube d’une crise. Les États-Unis poursuivent leur cycle de croissance le plus long de leur histoire. Pour autant, nous restons vigilants, en particulier à cause de la hausse de l’endettement mondial. En 2001, la dette représentait 188 % de la richesse internationale, en 2007 elle s’établissait à 209 %, et 230 % en 2018 soit 184 000 milliards de dollars. Dans le détail, c’est la dette privée des pays émergents qui augmentent le plus vite. Le problème, c’est que cet endettement ne profite pas toujours à des activités rentables. Dans les pays avancés, la dette privée a été transférée vers la dette publique et reste contenue par les taux d’intérêt bas. Il faut cependant absolument la réduire et optimiser les dépenses publiques.

La hausse des taux d’intérêt est-elle d’actualité ?

La Banque centrale européenne ne devrait pas augmenter les siens avant la fin de l’année 2019. Et s’ils remontent, ce sera en douceur. Après avoir remonté ses taux directeurs à 2,5 %, La Réserve fédérale américaine n’envisage pas de nouvelle augmentation en 2019 et une seule hausse en 2020. La politique monétaire compense le ralentissement de l’activité.

Depuis la crise de 2008, un certain nombre de mesures ont été mises en place…

La solidité des banques a été renforcée par les accords de Bâle III en 2010 avec une réglementation accrue. Un conseil de stabilité financière au sein de la Banque des règlements internationaux (BRI) a également été mis en place pour surveiller les éventuels dysfonctionnements. Au niveau européen, il y a eu notamment la création du Mécanisme de supervision unique (MSU) qui contrôle 118 établissements bancaires systémiques. Le Mécanisme de résolution unique (MRU) en cours de constitution doit lui créer un fonds de réserve en cas de défaillance. En France, le Haut comité de stabilité financière analyse les signaux de faiblesses qui indiqueraient d’éventuelles bulles financières.

Quelles actions ou outils pourraient contribuer à réduire le risque ?

La politique monétaire ne peut pas tout faire. Il faudrait recréer du multilatéralisme dans le commerce pour faire en sorte que tous les pays respectent les règles, en gommant les biais de concurrence. Lutter contre la volonté de certains de déréguler en supprimant les gardefous. Lutter contre le shadow banking, un système bancaire parallèle. Au niveau de l’Union européenne (UE), il faut absolument poursuivre l’union bancaire.


Par Sandra Molloy


D’autres points de vue :

https://usbeketrica.com/article/tsunami-financier-mondial-2020

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2019/01/04/20002-20190104ARTFIG00174-l-economie-mondiale-n-a-jamais-ete-aussi-endettee.php

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/les-cinq-ingredients-qui-preparent-la-crise-de-2020-140865

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