La sénatrice PS dresse un bilan de la première année de cette mandature, notamment concernant son engagement en faveur de l’économie sociale et solidaire.
Vous êtes entrée au Sénat, à l’automne dernier, comment s’est passée cette première année ?
Nous n’avons pas vécu une année complètement normale, avec des commissions dématérialisées. Nous ne sommes revenus en présentiel que le 1er novembre. Commencer un mandat dans ces circonstances n’était pas facile. Et 2022 s’annonce particulière aussi, puisqu’avec la présidentielle, le législatif s’arrêtera de siéger à partir de février.
Quelles commissions avez-vous intégrées ?
Je fais partie de deux commissions, les affaires économiques et les affaires européennes. Aux affaires économiques, nous avons notamment suivi – et il faudra continuer à le faire – la fusion Véolia-Suez. Et nous avons eu des discussions importantes sur le revenu des agriculteurs. La loi Egalim a été un peu un rendez-vous manqué. D’où une version 2 qui n’apporte pas non plus la certitude d’un prix au moins équivalent au coût de production, à défaut d’un revenu décent.
Aux affaires européennes, nous avons travaillé surtout sur le sujet du numérique et de la régulation des grandes plateformes. Les algorithmes enferment les gens dans leur bulle, les confortent dans leur opinion et les conduisent à refuser le débat. Une résolution doit être prise au printemps, sur la désinformation. Par ailleurs, les Gafam maîtrisent tout l’écosystème et empêchent les start-up d’émerger, avec des services faussement gratuits. La commission a adopté le 7 octobre dernier, le rapport d’information que j’ai présenté sur la proposition de règlement sur les marchés numériques, le Digital Markets Act (DMA). Celui-ci vise notamment à rendre les marchés plus ouverts et contestables.
Vous êtes également présidente du groupe d’étude sur l’économie sociale et solidaire (ESS). Quels sujets travaillez-vous ?
Oui, pour trois ans. Mais, c’est un travail beaucoup plus informel que les commissions. Nous questionnons les acteurs de l’ESS pour essayer de dresser un diagnostic, de trouver des réponses aux enjeux économiques et sociaux, leur permettre de mieux se développer sur le territoire. Nous nous interrogeons sur un retoilettage de la loi de 2014. C’est une bonne loi. Elle a ouvert des perspectives. Mais, il reste des aspects à creuser, en particulier pour faciliter l’accès aux financements, des structures de l’ESS. Et il me tient à cœur de donner davantage à ce secteur, un champ européen. Les sociétés coopératives (Scop) se développent beaucoup, notamment quand des salariés rachètent leur entreprise. J’en ai visité une à Trévoux. Au départ, tous les employés n’avaient pas souhaité entrer au capital. Depuis, certains ont changé d’avis, en voyant la structure fonctionner.
Il y a aussi le sujet des centrales villageoises. C’est toute une mobilisation citoyenne dont nous devons favoriser le développement. Or, un arrêté vient de sortir qui interdit de cumuler les aides à l’installation avec les tarifs de rachat de l’électricité. Je pense soumettre à ce propos, une question au Gouvernement, par oral ou par écrit.
Vous êtes également mobilisée autour de questions agricoles. Lesquelles ?
Nous avons planché sur le sujet de la présence dans l’eau de l’ESA-métolachlore, un métabolite d’un herbicide utilisé pour le désherbage de nombreuses cultures. Nous travaillons avec les collectivités gestionnaires de l’eau et les agriculteurs à essayer de trouver des solutions pour la maîtrise de l’aire de captage de l’eau potable. J’ai interrogé le ministre de la Santé, à ce sujet, le 7 octobre. Et Patrick Chaize (sénateur LR de l’Ain, NDLR) en a fait une question écrite au Gouvernement.
Une autre question arrive par ailleurs au Sénat, en ce début novembre : l’accaparation par des capitaux étrangers, des terres agricoles détenues par des sociétés.
Vous vous êtes également préoccupée de la démographie médicale. Quelle est votre position sur le sujet ?
Je suis partisane d’une régulation du droit à l’installation des médecins. Pas sur le modèle de l’Éducation Nationale où l’affectation est attribuée d’office au terme des études, mais en ne permettant pas de conventionnement, en cas d’implantation sur un territoire déjà surdoté. Quant à l’emploi de médecins salariés par les Départements, j’y suis favorable à condition que cette pratique soit généralisée. Si la Saône-et-Loire le fait mais pas l’Ain, cela accélère la désertification médicale chez nous.
D’ailleurs et pour finir, en parlant de désertification, vous souhaitez indexer la rémunération des fonctionnaires sur le coût de la vie, dans certains territoires ?
En effet, je plaide pour une indemnité de résidence là où la vie est chère, comme dans le Pays de Gex.
Bio express
- 30 mars 1966 : Naissance.
- 1995 : Entrée au conseil municipal de sa commune d’origine, Drom, dont elle deviendra adjointe en 2008 et maire en 2020, avant de démissionner pour entrer au Sénat.
- Depuis 2012 : Première secrétaire fédérale du PS de l’Ain
- 27 septembre 2020 : Élue sénatrice de l’Ain, elle fait partie du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain qui compte 65 sénateurs sur 348.
- Missions supplémentaires : À la demande du président du Sénat, Florence Blatrix siège également dans deux commissions départementales : Dotation d’équipement des territoires ruraux (DETR) et coopération intercommunale (CDCI).
Sébastien Jacquart








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