Interview : le groupe Fournier fait évoluer sa gouvernance

Interview : le groupe Fournier fait évoluer sa gouvernance
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Nous vous l’annoncions déjà le 26 janvier dernier dans un article exclusif, Bernard Fournier cédera le 1er mars la direction générale du groupe éponyme à Philippe Croset, actuel directeur de l’enseigne Mobalpa. Mais il conserve la présidence et continuera à contribuer, avec les administrateurs, aux orientations stratégiques. Interview croisée.

Pourquoi cette évolution de la gouvernance du groupe Fournier ?

Bernard Fournier : J’arrive à un âge, 68 ans, où il faut penser à la suite. Cette réflexion que j’ai engagée il y a 3 ou 4 ans a mûri peu à peu dans mon esprit avant de se concrétiser. Depuis un an, nous avons travaillé sur le projet en nous faisant accompagner par des conseils extérieurs. Des administrateurs qui n’appartiennent pas à l’actionnariat familial vont entrer au conseil d’administration. Pour ma part, je me retire de l’opérationnel, mais je reste actionnaire et président. Je continuerai à contribuer aux orientations stratégiques de l’entreprise.

Philippe Croset : C’est une évolution en douceur puisque la gouvernance reste familiale et que j’étais déjà administrateur du groupe. Je vais m’employer durant le premier semestre à m’entourer d’un comité de direction.

Quel a été votre parcours au sein du groupe ?

B. F. : Après des études commerciales à l’école supérieure de commerce de Lyon (l’EM) et deux années de service civil en Algérie, j’ai intégré Fournier en 1974 pour en prendre la direction commerciale. À l’époque, c’était déjà une belle petite entreprise employant 200 à 250 personnes dans le domaine du meuble. Installée sur le site de la Vacherie à Thônes, où elle manquait de place, elle était déjà très bien organisée et affichait une bonne productivité. En 1983, nous avons pu racheter à Thônes les locaux du Ramoneur Savoyard, une entreprise qui fabriquait des chambres à coucher en chêne. Tout de suite après, nous avons construit des bureaux sur le site actuel de notre showroom, puis en 1991-1992, nous avons réalisé l’usine du Bray à l’entrée de Thônes… En 1993, je suis devenu pdg de l’entreprise.

P. C. : J’ai fait une école de commerce avec une spécialisation en finances. Après un court passage dans un cabinet d’audit en région parisienne, j’ai rejoint le groupe en 1996 pour prendre la direction des services administratifs et financiers de la Société Savoisienne du Meuble, une ancienne filiale fusionnée depuis avec Fournier. Le commercial me manquait, alors je suis parti dans l’Est pour animer le réseau Mobalpa. Je suis revenu en Haute-Savoie pour diriger les magasins filiales Mobalpa d’Annecy, avant de prendre en 2006 la direction de l’enseigne Mobalpa.

Quelle est l’empreinte que vous laissez dans l’entreprise ?

B. F. : Notre métier est compliqué car la satisfaction client dépend de la qualité des produits, mais aussi de la conception d’ensemble du projet, de l’installation, de l’électroménager, etc. Les premières années, je me suis employé à bâtir un réseau de concessionnaires exclusifs Mobalpa. D’une marque produit, nous sommes devenus une enseigne, ce qui n’existait pas à l’époque dans l’univers du meuble. En procédant ainsi, nous nous sommes donné les moyens de maîtriser toute la chaîne de distribution et donc l’image de la marque. Perene et SoCoo’c ont été créées et développées sur le même modèle. J’ai également été à l’origine de notre diversification vers la salle de bains et le mobilier sur mesure.

Comment se porte le groupe aujourd’hui ?

B. F. : L’évolution du chiffre d’affaires a été assez bonne ces deux dernières années, du fait de la redynamisation du marché français et du rachat d’Hygena. Nous avons conservé 95 des 125 magasins de cette société de distribution et les avons intégrés dans le réseau SoCoo’c, positionné sur les cuisines à petit budget. Cette intégration a boosté assez fortement nos débouchés industriels et nos ventes.

P. C. : Nous profitons de la bonne tenue de l’immobilier qui tire le marché de la cuisine. L’évolution des modes de vie et des normes du logement nous est également favorable : la cuisine est de plus en plus intégrée dans la pièce à vivre, ce qui implique des rangements pour optimiser l’espace. Cet environnement est positif, même si nous restons prudents.

Quels sont les investissements nécessaires pour accompagner cette croissance ?

B. F. : En 2017, nous avons terminé les investissements engagés en 2016 pour un montant d’environ 15 millions d’euros. Pour améliorer les expéditions, nous avons agrandi le site du Bray de 1 500 mètres carrés. Une nouvelle ligne d’usinage de panneaux a également été construite. En 2018, nous achèterons à la communauté de communes de la vallée de Thônes (CCVT), dans la plaine d’Alex, un terrain de 40 000 mètres carrés sur lequel nous voulons construire une unité d’environ 20 000 mètres carrés qui accueillera une ligne de débit et usinage de panneaux, principalement pour le sur-mesure. Cet investissement de 30 à 40 millions d’euros devrait être finalisé d’ici trois ans.

Quelle est la feuille de route pour les prochaines années ?

P. C. : Développer le groupe à travers ses trois enseignes en France et à l’international. En France, Mobalpa qui s’appuie sur un réseau de 244 magasins, vise les 280 points de vente, voire 300. SoCoo’c, qui compte 132 magasins, affiche un objectif de croissance assez fort en France. Enfin, Perene va consolider le réseau existant (80 magasins) et poursuivre sa mutation en se renforçant sur les grandes villes à fort potentiel de chiffre d’affaires.

La forte croissance de SoCoo’c ne nuit-elle pas aux autres enseignes du groupe ?

P. C. : Non, les trois enseignes sont très complémentaires et nous permettent de couvrir l’ensemble du marché. Positionnée comme un agenceur de l’habitat, Perene va aller de plus en plus loin et apporter un service haut de gamme clé en main, depuis la conception jusqu’à la réalisation. SoCoo’c, dont les clients peuvent choisir ou non la pose, dispose de tout le savoir-faire du groupe, mais ne fait que de la cuisine avec une largeur et une profondeur de gamme courtes. Axée sur le milieu de gamme de la cuisine, de la salle de bains et du rangement, Mobalpa travaille de plus en plus l’axe de la personnalisation et du sur-mesure. Fournier est numéro deux français sur le marché de la cuisine.

Comment se portent les activités salle de bains et rangement ?

P. C. : La salle de bains est un marché difficile sur lequel nous surperformons grâce à notre capacité à prendre en charge la partie mise en oeuvre. Le surmesure est encore un tout petit segment, mais il progresse très fortement. Nous visons une progression de 20 % en 2018 sur ce segment.

Qu’en est-il de l’international ?

B. F. : Aujourd’hui, il représente moins de 10 % de notre chiffre d’affaires et doit progresser. Nous le développons à travers l’enseigne Mobalpa et une centaine de revendeurs à l’international, mais ce sont souvent des réseaux multimarques. Notre priorité est de développer des réseaux exclusifs en Grande-Bretagne, notre pays cible, mais aussi sur d’autres destinations (Scandinavie, Espagne, Belgique…).

Vous accélérez aussi les investissements dans le digital…

P. C. : Oui. Nous réécrivons complètement les parcours clients pour gagner en fluidité et éviter les ruptures, entre le digital et les magasins. Un client peut prendre un rendez-vous en ligne, créer un espace personnalisé en ligne pour commencer à réfléchir à son projet, puis se rendre en magasin. Des documents (plans, devis…) peuvent être déposés par le vendeur dans son espace personnalisé. L’objectif est de simplifier au maximum la phase de conception et de la rendre la plus agréable possible, ce qui demande un travail conséquent sur la base de données clients.


Propos recueillis par Sophie Boutrelle

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