Martial Do : « L’ESS et l’économie traditionnelle peuvent se rencontrer »

Martial Do : « L’ESS et l’économie traditionnelle peuvent se rencontrer »

L’émulation née d’un possible rapprochement de l’économie sociale et solidaire et de l’économie dite classique dans un intérêt commun, offre des avantages indéniables pour le territoire. Tour d’horizon de cette vision peu commune, avec Martial Do, directeur de Tremplin.

Quels sont les rôles et les missions de Tremplin ?

Tremplin est une structure associative d’une trentaine d’années. Elle gère des activités de type social : hébergement, veille sociale, accompagnement des bénéficiaires du RSA, et logement. Tremplin assure également un volet d’insertion par l’activité économique, avec un panel d’activités pour les demandeurs d’emploi. Tremplin, aujourd’hui, compte 260 salariés et 60 % du département.

Quel est le mode de fonctionnement de cette structure relativement atypique ?

Le mode de fonctionnement d’une structure comme celle-ci, était auparavant basé sur les fonds publics. Aujourd’hui, 99 % des fonds d’une structure comme Tremplin viennent rémunérer des prestations, qui correspondent aux compétences des différentes collectivités. Beaucoup de gens s’imaginent que nous percevons des subventions, à l’image d’un club de pêche ! Or, nous recevons une subvention, lorsqu’un cahier des charges a été déterminé au préalable et qu’un travail est à fournir. Par exemple, nous gérons le numéro d’appel d’urgence 115 dans tout le département, il s’agit d’une compétence étatique. Ainsi, dans le volume d’activité des produits de Tremplin, nous comptons moins de 0,5 % de subventions.

De plus, nous gérons l’ensemble de nos activités – économiques ou sociales – comme autant d’entreprises. Il nous appartient d’être efficaces dans la gestion de ces dispositifs. Nous fonctionnons un peu sur le modèle d’une grosse PME qui aurait un portefeuille d’activités pour lesquelles il est nécessaire d’être très précis sur les modalités de gestion. Dans cet esprit-là, les fonds publics sont utilisés de façon efficiente.

L’État, les collectivités locales ont des budgets serrés et attendent un travail optimal, au regard des fonds qu’ils vont allouer.

Que proposez-vous en termes d’activité économique ?

Nous sommes le plus important collecteur départemental au niveau du textile, agréé en la matière, et nous disposons de deux magasins. Toutes nos activités sont équilibrées économiquement. En matière de textile, nous gérons l’ensemble d’une chaîne de production, qui consiste à collecter ce qui est considéré par la réglementation comme du déchet textile. On jette environ 9 kg de textile, par personne et par an. S’il n’y a pas de collecteur, tout cela part dans les poubelles. Comment gérer ces flux ? Une partie de ces textiles peuvent être réemployés, car ils sont en bon état. Une partie peut être recyclée (coton et laine notamment). Et une autre finira effectivement en déchet ultime. Nous mettons à disposition des conteneurs pour collecter cette matière, la trier, la remettre en état, faire le maximum de réemploi à destination du local et travailler avec des industriels sur les questions de recyclage et de déchets. Cela génère une activité pour 60 personnes chez Tremplin, pour environ 1 200 tonnes de textile par an.

Notre but : que les gens nous quittent pour se diriger ensuite vers de l’emploi. Notre magasin Friponne en est un exemple : les personnes en ressortent avec des compétences dans le domaine de la vente. Pour cela, nous les formons, nous les accompagnons.

Comment se déroule le retour à l’emploi des personnes que vous pouvez accompagner ?

Les gens peuvent nous être orientés via Pôle emploi pour effectuer un contrat chez Tremplin. Nous sommes en lien avec le Direction du travail et le service public de l’emploi. Les personnes ont alors accès à un CDDI (un contrat à durée déterminée d’insertion). Nous leur proposons un accompagnement socioprofessionnel, pour que le travailleur puisse réfléchir à une formation, des qualifications, et lever des freins sociaux à l’emploi, afin de pouvoir retrouver le chemin du travail d’une façon plus fluide. Dans l’insertion par l’activité économique, une sortie est dynamique lorsque la personne a réglé ses freins, s’est orientée vers une formation ou de l’emploi. Nous accompagnons des publics qui ont eu un genou à terre dans une période de leur vie, chose qui peut arriver à tout le monde. Or, dans notre société où tout va très vite, il n’est pas évident de se rattraper : on perd rapidement en compétitivité, en compétences, etc. Notre travail est de rappeler aux gens leurs ressources, leurs capacités, et qu’ils sont toujours « quelqu’un ». Nous sommes un amortisseur de la société. Nous remettons les gens dans leur situation d’acteur, même si évidemment, cela ne fonctionne pas toujours.

Comment Tremplin s’inscrit dans l’écosystème économique local ?

Nous sommes proches des entreprises et connaissons leurs besoins. Nous sommes une sorte « d’entreprise associative ».

De plus, au sein de l’agglomération burgienne, nous avons créé un PTCE, un pôle territorial de coopération économique. Il s’agit d’un groupe informel qui se questionne sur différentes thématiques, pour harmoniser une vision économique du territoire, ou comment peut-on faire quelque chose ensemble. Les acteurs peuvent évoquer la question des clauses d’insertion des marchés publics, pour permettre aux gens de mettre le pied à l’étrier, ou chercher de nouvelles idées en matière de finance solidaire, ou encore, comment avec des organisations différentes, travailler ensemble dans un projet commun.

Nous nous adressons également aux TPE/PME qui ne sont pas forcément dotées d’un service RH en interne, dans le cadre de leur gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences. Nous pouvons les aider à profiler les postes, à réfléchir à leurs besoins à court, moyen et long terme et comment, on peut former les personnes dont ces entreprises auront besoin demain.

Nous sommes proches des entreprises et connaissons leurs besoins. Nous sommes une sorte « d’entreprise associative ».

Martial DO

Tremplin n’est pas en reste en matière d’innovation. Comment l’association se positionne-t-elle au niveau prospectif ?

Tremplin est partie prenante d’un projet, développé par un centre de recherche universitaire lyonnais, lequel scrute les partenariats innovants que l’on peut créer entre les structures de l’ESS et des entreprises classiques. Tremplin et le siège français de Mondial Tissu font partie de ces partenariats innovants. En l’occurrence, deux entreprises d’ADN différents s’associent pour réfléchir à des problématiques communes. Une restitution locale de cette étude sera prévue en septembre, et nous inviterons des entreprises. Des chercheurs et le siège de Mondial Tissu seront présents, afin d’expliquer ce que nous avons trouvé de pertinent dans ce partenariat. La meilleure façon d’avoir des collaborateurs engagés, est qu’ils se sentent dans une entreprise engagée.

En outre, l’une de vos activités également très prégnante concerne le logement. Quel est son objet ?

Ce qui intéresse Tremplin, c’est le parcours résidentiel. Notre objectif est que les gens quittent l’hébergement, toujours dans cette logique d’aller vers du mieux. Nous travaillons sur de nombreuses actions, comme l’accompagnement ou les baux glissants. Et nous sommes également capables de gérer du logement en propre, car Tremplin est également propriétaire-bailleur. Nous avons beaucoup de choses à proposer, il ne manque plus qu’une écoute attentive à l’innovation !

Martial Do, Tremplin

Repères

Martial Do, né en 1972 et père de deux enfants, natif de Villeurbanne, a pris la direction de l’association Tremplin en 2013.

Il a suivi différentes formations, dont celle de directeur d’établissement sanitaire. Il possède également à son actif un DEA de sociologie, et un Master en développement local. Il est également contrôleur de gestion.


Propos recueillis par Myriam Denis

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