Le directeur de la Banque de France à Bourg-en-Bresse a annoncé son départ pour Mayotte et présenté aux acteurs économiques du département, son successeur, Philippe Kiehl.
Patrick Croissandeau, vous avez annoncé le 1er juillet aux acteurs économiques du département, que vous quittiez la direction de la Banque de France dans l’Ain. Et vous avez décrit les cinq années passées ici comme « agréables et intenses ». Pouvez-vous nous en dire plus ?
Agréables, oui, parce que l’Ain est un territoire vaste, avec un tissu économique et industriel dense, que ce soit avec le bois, la plasturgie, la métallurgie, mais aussi le commerce et les services, un territoire dynamique grâce à des acteurs économiques, politiques et des services de l’État engagés. Un dynamisme que l’on doit, notamment, à leur capacité à travailler en commun. Mal connu, le département jouit pourtant d’une belle qualité de vie. Qualité de vie qui dépend aussi de la qualité des relations. Bourg est une place où les contacts sont très faciles à nouer. Mais, la vie d’un directeur est ainsi faite qu’il faut à un moment partir.
En plus d’être agréables, ces cinq années ont été intenses, parce que nous avons reçu de nombreuses sollicitations, ces derniers mois, pour établir des perspectives économiques ou prévenir les difficultés des entreprises. Mais également parce que dans le même temps, la Banque de France s’est modernisée. Indépendante du pouvoir politique, elle souhaite amplifier son action en direction de tous les publics. D’abord, elle emménagera prochainement dans un nouveau bâtiment (rue du 23e RI à Bourg-en-Bresse, NDLR). Ensuite, elle a profité des nouvelles technologies pour se renouveler, regrouper le back-office, moderniser les relations à l’usager… Et certaines missions ont été amplifiées, dans une volonté toujours plus forte de nous rapprocher des acteurs économiques locaux. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous déménageons nos locaux, en faciliter l’accès et l’accueil.
Plusieurs des missions de la Banque de France ont été renforcées, dites-vous. Lesquelles en particulier ?
C’est le cas de la cotation des entreprises et de la médiation du crédit. Nous restons mobilisés pour accompagner la sortie de crise. Un travail important est par ailleurs mené au service de l’inclusion bancaire des acteurs les plus fragiles. Nous avons notamment la volonté d’amplifier les actions d’éducation financière.
Je tiens d’ailleurs à saluer la qualité des échanges avec les services de l’État et les partenaires bancaires, à remercier les chefs d’entreprise que nous sollicitons tous les mois pour recueillir leur sentiment sur la conjoncture, les fédérations d’entreprises, les collectivités locales et les associations de soutien aux personnes fragiles.
Vous partez pour Mayotte. La préfète Catherine de la Robertie, après avoir loué votre « exigence » et vos « compétences », a évoqué une « noble mission », « difficile », « où sans doute vous œuvrerez bien ». Qu’allez-vous donc faire là-bas ?
Je vais prendre la direction de l’une des cinq agences de l’Institut d’émission des départements d’Outre-Mer, l’IEDOM. C’est la banque centrale des Dom, une filiale de la Banque de France placée sous sa supervision, ainsi que celle des ministères de l’Économie et de l’Outre-Mer. Ses missions sont identiques, mais à une échelle différente.
L’émission monétaire tient une place importante dans ce département très pauvre, où l’on enregistre 30 % de chômage et où 50 % de la population a moins de 18 ans. L’on y recense 270 000 habitants, auxquels s’ajoutent, selon les estimations, entre 140 000 et 150 000 sans-papiers. C’est un environnement compliqué, sans industrie, avec peu d’économie, peu de tourisme et un taux de bancarisation très faible.
Le deuxième volet de notre activité, ce sont les études sur le terrain économique et social. Là encore, la mission est importante car peu de structures de l’État présentes sur place ont la capacité de le faire. Évidemment, nous devons conduire nos missions traditionnelles, mais elles sont faibles. Le corollaire d’un taux de bancarisation bas, c’est un tout petit nombre de dossiers de surendettement. Quant à la cotation des entreprises, de l’ordre de 240 structures seulement entrent dans le champ.
C’est un vrai challenge !
Oui, mais j’avais envie de changer et la volonté de servir, à plus forte raison les plus fragiles.
Qui sera votre successeur dans l’Ain ?
Philippe Kiehl prendra la direction de la Banque de France dans l’Ain, le 16 août. Il était auparavant en poste dans les Alpes-de-Haute-Provence. Mais, le département ne lui est pas inconnu. Son épouse est bressane. Et il était directeur délégué sur le bassin d’Oyonnax, en 2008-2009, lors de la dernière crise.
Repères
Patrick Croissandeau
Âgé de 57 ans, Patrick Croissandeau (à gauche sur la photo) avait pris la direction aindinoise de la Banque de France en septembre 2016. Il part pour Mayotte, où il dirigera l’agence locale de l’Institut d’émission des départements d’Outre-Mer.
Philippe Kiehl
Son successeur, Philippe Kiehl (à droite), prendra ses fonctions le 16 août.
Sébastien Jacquart








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