La Compagnie des Alpes investit dans l’immobilier

par | 27 Oct 2022

Avec le rachat de MMV, la Compagnie des Alpes se dote d’une importante offre d’hébergement touristique, pour renforcer l’attractivité de la destination montagne, en été comme en hiver.

La Compagnie des Alpes (CDA), leader mondial des domaines skiables, accélère sa diversification. La filiale de la Caisse des dépôts a finalisé, le 3 octobre, l’acquisition de MMV, qui exploite vingt résidences et villages clubs 3 et 4 étoiles et des chalets sous la marque Mountain Collection, totalisant 11 500 lits à la montagne. Le montant de la transaction s’élève à 96 millions d’euros pour 100 % du capital : l’entreprise a été valorisée à 172,6 M€ mais affiche une dette nette de 76,6 M€. Toutefois, la vente porte, en premier lieu, sur 85 % du capital, les 15 % restants étant détenus par les deux dirigeants, Jean-Marc Filippini (principal actionnaire minoritaire) et Bryce Arnaud-Battandier, « pendant trois à quatre ans, période à l’issue de laquelle la CDA rachètera le solde des titres de MMV », précise la direction.

Diversification attendue

Ce rachat s’inscrit dans la nouvelle stratégie de la Compagnie des Alpes mise en place lors de l’augmentation du capital en juin 2021. « Jusqu’à présent, nous soutenions l’émergence de lits neufs dans les stations en participant aux tours de table des différents hébergeurs (à hauteur de 3 à 5 % du chiffre d’affaires annuel des domaines skiables). Aujourd’hui, nous voulons être moteur de l’économie de l’offre en plaçant l’hébergement au cœur de notre stratégie », explique Yariv Abehsera, directeur de la division “distribution, immobilier & hospitality” de la CDA, dédiée à la vente de séjours à la montagne, qui regroupe Travelski (leader européen des séjours forfaitisés), Yoonly, marque d’hostels (hébergement à budget accessible destiné aux millennials), les douze agences immobilières et quatre résidences détenues en propre par le groupe, ainsi que ses participations dans des projets immobiliers.

L’ambition affichée est sans équivoque :

« Contribuer directement au renouvellement des clientèles et à la sécurisation de lits chauds, en offrant une alternative aux ventes à la découpe », entérine Dominique Thillaud, directeur général de la CDA.

Mais pas seulement. En s’offrant MMV, le groupe étoffe son parc en se dotant d’une offre d’hébergement de qualité dédiée aux familles et, surtout, crée une plateforme d’hébergements et de séjours « digne de ce nom et reconnue dans les Alpes ». De quoi renforcer l’attractivité de la destination montagne.

Les résidences MMV sont toutes dotées de clubs enfants ©ManuReyboz

La CDA va, une nouvelle fois, chercher l’expertise et le savoir-faire qu’elle n’a pas auprès de spécialistes, comme elle l’a déjà fait en investissant dans la distribution de séjours (avec le rachat de Travelfactory) et l’encadrement d’activités (Evolution 2). Elle entend ainsi accélérer le mouvement. La Compagnie des Alpes est en train d’élaborer son « plan de développement organique » pour la marque MMV. Il intègre la rénovation, le rachat ou la construction de résidences dans les stations où elle exploite le domaine skiable mais pas seulement : elle vise aussi celles où elle n’est pas présente afin d’étendre son maillage dans le secteur de l’hébergement.

Yariv Abehsera, directeur de la BU “distribution, immobilier & hospitality” de la CDA – DR

« Nous étudierons toutes les opportunités qui se présenteront pour développer la destination montagne, été et hiver », corrobore Yariv Abehsera, qui évoque déjà des projets à Val Thorens, Serre-Chevalier et aux Saisies.

Il s’est fixé comme objectif d’ouvrir une à deux résidences par an d’ici 2025 et de développer les hostels lifestyle  Yoonly avec un deuxième opus à Briançon, après celui de Risoul (Hautes-Alpes). Le patron de la division “distribution, immobilier & hospitality” va plus loin encore et n’exclut pas de consolider MMV par croissance externe, en rachetant, par exemple, d’autres opérateurs.

Il ajoute, convaincu : « Il est important que nous proposions une offre complète et qualitative qui réponde aux attentes des clientèles françaises et européennes. Et pour cela, nous devons mettre en place une stratégie cohérente, raisonnée et raisonnable. »

Une puissance financière

En entrant dans le giron de la Compagnie des Alpes, MMV s’assure un appui solide pour financer ses investissements sur le long terme.

« Nous avons accepté l’offre de la CDA, qui nous a approchés en début d’année, parce qu’il nous était impensable de ne pas conclure cette alliance stratégique. Qui plus est, en sortie de crise », sourit Jean-Marc Filippini, président et cofondateur de MMV qui, après avoir ouvert son capital en 2021, détenait 51 % des actions.

Le deuxième plus gros opérateur de clubs de vacances de la montagne française (derrière le Club Med), qui devrait afficher un chiffre d’affaires de 75 M€ en 2023 avec 1 000 salariés (90 % de saisonniers), ambitionne « d’accélérer (ses) développements et (son) attractivité, tout en participant activement à l’écosystème montagnard . C’est fondamental », précise le président, annonçant le partenariat de cinq ans qu’il vient de signer avec les Écoles du ski français des stations où il opère.

MMV est dans une phase ascendante. Le groupe a ouvert huit établissements depuis 2019, essentiellement en Savoie Mont-Blanc, après deux levées de fonds et la création, début 2022, d’une foncière avec la Caisse des dépôts et le Crédit agricole des Savoie. « Notre produit, qui repose sur le modèle des vacances clubs, est très apprécié des clientèles familiales françaises et européennes  (taux d’occupation de 85% ; chiffre d’affaires été 2022 en hausse de 21%, NDLR) », ajoute son directeur général, Bryce Arnaud-Battandier. Il rappelle qu’avant même d’être racheté par la CDA, MMV avait prévu d’investir 300 M€ au cours des dix ans à venir (soit la création d’environ 7 000 lits) pour alimenter sa dynamique.


Patricia Rey
Photo Une résidence MMV à Samoëns ©ManuReyboz


2 Commentaires

  1. Gerald CURSOUX

    La CDA devient de facto un opérateur en Station de neige qui a une position dominante
    Il n’y a jamais eu une Société couvrant 50% de l’offre nationale ! Cette « position dominante » impacte fortement, non seulement la concurrence sur chaque Station, entre les différents opérateurs, mais aussi l’ensemble des Stations françaises, voire, dans certains cas, de Stations de l’Union européennes (Italie, Espagne, Autriche). La Commission européenne devrait qualifier cela « d’abus de position dominante » à très court terme, insoutenable à plus long terme.
    Après MMV c’est Pierre & Vacances qui devrait être l’objectif prioritaire… après son toilettage par le repreneur actuel.
    Les Station françaises perdent là leurs spécificités locales pour un developpement par une montée en gamme qui se fait au détriment d’une plus large population qui n’aura plus accès « à la neige ».
    C’est contraire à l’esprit de la CDC qui a un mission de « Bien Public ». Le Bien Public est sacrifié à un capitalisme prédateur.

    Réponse
  2. Montagnard anonyme

    100% d’accord avec le commentaire précédent,

    Il est incompréhensible qu’une société puisse avoir autant de pouvoir sur un même marché sans que l’état ni l’Europe ne se penche sur ce cas.
    Peut-être est-ce parce que la CDA appartient en partie à la caisse des dépôts, elle-même propriété de l’état ?

    Mais qu’en est-il de la régulation du marché visant à garantir la libre concurrence ?

    La CDA continuera à s’attaquer à tout ce qui bouge (Remontées mécaniques, immobilier, gestion locative, rénovation d’hébergements, restauration… avec des cas de distorsion de concurrence avérés entre ses filiales et des sociétés extérieurs, malgré le fait que les sociétés de remontées mécaniques de la CDA soient en délégation de service public) jusqu’à ce qu’une société soit suffisamment lésée pour mener une action en justice (si tant est qu’elle ait assez de budget pour entamer une lutte contre la CDA).

    Tout ceci est… franchement douteux.

    Réponse

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