Pour ses 6es Rencontres du leadership, le club de basket burgien interroge une nouvelle fois le management, cette année sous l’angle de l’entreprise apprenante.
« Aucun autre sport ne compte de meneurs de jeu dans ses équipes. C’est un poste propre au basket, sur lequel nous avons voulu axer notre formation. On sait, dans les entreprises, qu’il faut réaliser des recrutements atypiques. Nous nous sommes donc interdit de recruter sur les seuls critères athlétiques, pour nous concentrer sur les capacités à mener des hommes », a rappelé le président de la JL Bourg, Julien Desbottes, le 22 mars, lors des Rencontres du leadership. Voilà donc six ans que, pour mettre en lumière son école de basket, le club interroge les différentes approches du management, dans un va-et-vient permanent entre sport et entreprise. Deux thèmes, très liés, avaient été retenus pour cette édition 2023, « La quête de sens » et « L’entreprise apprenante ou donneuse de leçon », lors de deux tables rondes. Nouveauté, cette année, aux habituels chefs d’entreprise et sportifs de haut niveau, étaient associés un salarié, Romain Prod’Hom, cadre chez ESLC Streichenberger, distributeur de fioul et biofioul aux particuliers, et une étudiante en master 2 Gestion production logistique achats, Océane Tshitendji, qui ont pu évoquer leurs attentes, permettant aux autres intervenants de rebondir.
« Ce que je recherche dans une entreprise ? Un management collaboratif qui laisse prendre des responsabilités, offre une polyvalence de tâches et permet un équilibre entre vie privée et vie professionnelle », a ainsi expliqué Romain Prod’Hom. Pour lui, emmener les autres, c’est être impliqué et exemplaire. « Il faut mettre son énergie au service de l’équipe, plutôt que de simplement donner des ordres et agir d’en haut. » Directeur adjoint en charge de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) chez Aesio Mutuelles, Emmanuel François approuve : « On peut être leader par l’expertise ou par l’implication. L’équipe est très importante. Il faut apprendre à se connaître et à se parler. » Et il est bien placé pour le savoir puisque son rôle, et celui de ses équipes, consiste à pousser les autres services à intégrer la RSE dans leurs actions quotidiennes. « C’est entrer dans un métier pour expliquer à la personne qui le pratique, comment elle pourrait mieux faire. C’est difficile. » En revanche, c’est porteur de sens pour tout le monde.
Un athlète de haut niveau, lui, trouvera du sens dans la victoire. C’est en tout cas l’opinion de Juan Aïsa, ancien basketteur pro, aujourd’hui CEO de You First, une agence de joueurs. Aussi considère-t-il que son rôle est de les aider à aller aussi loin que possible. Et cela passe par le développement d’un rapport plus étroit. « L’agence de Juan permet de prendre en considération de nombreux détails pour orienter le choix du joueur, ne pas seulement regarder les aspects sportifs et financiers, mais également le côté humain. Elle est un pont entre le joueur et le club, pour lui permettre de trouver celui dans lequel il va se sentir bien », témoigne Alain Digbeu, autre ancien basketteur, aujourd’hui consultant TV.
Le sens de l’écoute
D’une table ronde à l’autre, le discours reste inchangé. « Il faut distinguer la dimension d’expertise de l’empathie, de l’écoute qui permet au collaborateur de trouver sa propre solution », estime Nathalie Bernard, maître de conférences de l’université Jean Moulin Lyon III – qui ouvre à la rentrée 2023 un master coaching et organisation. « Le rôle du manager est de donner du sens pour que chacun trouve son moyen », abonde Ludivine Munos, native de Nantua, six fois championne du monde en natation handisport, trois médailles d’or aux jeux paralympiques, longtemps manager chez EDF. Elle aussi considère que le leadership passe par l’exemplarité, mais aussi par l’équité. « Un leader doit savoir entendre les besoins de ses équipes. Mon premier poste de manager, j’ai commis toutes les erreurs possibles : vouloir tout diriger, tout contrôler… J’ai appris aujourd’hui, à faire davantage confiance aux gens qui étaient là avant moi. On peut faire évoluer les choses si on les dit avec confiance et bienveillance. »
318 : BB +, le club affaires de la JL Bourg compte 318 partenaires.
Cette confiance, Julien Noronha, nouveau directeur exécutif chargé de la communication de Bpifrance, l’a trouvé en prenant ses fonctions. « Patrice Bégay (son prédécesseur, NDLR) m’a donné des directions, mais pas de directives. J’étais libre de construire, de créer. Notre rôle est de soutenir l’économie française. Mais, on peut le faire de plein de façons. On donne une vision, mais on laisse les équipes trouver la manière », raconte-t-il. Et celui-ci d’y voir un moyen de fidéliser les salariés. « Les gens ont besoin d’être nourris au quotidien, qu’on leur donne des missions pour leur permettre de s’épanouir. »
Fort de tous ces témoignages cohérents, Nicolas Rimbault, ancien basketteur devenu consultant et coach en management, grand témoin de la soirée, avait la tâche facile au moment de clore les débats. « L’une des clés du management est d’aider chacun à pouvoir exercer son propre leadership », a-t-il synthétisé, avant de citer différents styles de leadership : de terrain (qui s’appuie sur le statut), de vestiaire (qui joue sur l’influence) ou encore, de l’ombre (davantage en relais du véritable meneur). « À chacun de savoir qui il est et de rayonner. »
Un triple événement
S’il est traditionnel pour la JL Bourg Basket, de programmer ses Rencontres du leadership un jour de match, l’événement était triple, cette année. Les conférences étaient elles-mêmes précédées de la deuxième édition de son “market de l’emploi”. De 10 heures à 16 heures, 80 entreprises ont reçu quelque 1 500 candidats pour autant d’offres d’emploi. Et pour enrichir et rythmer ce job dating, plusieurs activités ont eu lieu autour des stands de recrutement, notamment des ateliers thématiques, du réseautage, des conférences et des visites d’Ekinox. « Depuis deux ans, nous adossons à la thématique du recrutement, les notions d’attractivité et de promotion du territoire. C’est le fruit des remontées de terrain », a indiqué Didier Lamy, président de BB +, le club affaires de la JL. « Ce qui nous fait vibrer au sein duclub et de ses entreprises, c’est le plaisir, l’échange et la bienveillance. Des notions développées au cours des tables rondes de ces Rencontres du leadership. »
Sébastien Jacquart








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