La sécheresse va-t-elle impacter la saison de ski ?

La sécheresse va-t-elle impacter la saison de ski ?

À moins de deux mois des vacances de Noël, la sécheresse qui frappe les Savoie fait planer une épée de Damoclès au-dessus des cimes des stations.

(Cet article paru dans Eco le 2 novembre 2018 a été enrichi)

Depuis septembre, Les Pays de Savoie (et les Alpes en général) subissent de plein fouet la sécheresse. Après un été caniculaire et faute de pluies, les alertes s’enchaînent. Preuve s’il en fallait, l’assèchement spectaculaire du lac d’Annecy qui, de mémoire d’homme, a atteint ou presque son niveau le plus bas (la cote de référence est de 0,80 mètre, elle affiche 0,13 au 15 octobre !). Au point que l’usage de l’eau a été restreint par arrêté du préfet de Haute-Savoie, et les environs d’Annecy placés en situation d’alerte renforcée. Ce dernier a d’ailleurs laissé entendre « qu’il fallait réfléchir à une meilleure gestion de la ressource ». « Les montagnes s’écroulent, le lac d’Annecy se vide de manière alarmante… c’est du jamais vu. Et ça se passe ici, en ce moment », alerte sur son blog Corinne Morel Darleux, conseillère régionale Auvergne-Rhône-Alpes (cf. Interventions).

Mais si le lac d’Annecy s’assèche, qu’en est-il en amont quand on sait que ces mêmes lacs sont alimentés par des sources de montagne. « Certaines se sont littéralement taries, entraînant une dégradation de nombreux cours d’eau. Exemple marquant, le Chéran (ce secteur est passé en crise, cf. encadré) qui prend sa source dans les Bauges », confirme Aude Soureillat, chargée de mission du réseau eau en montagne à Asters. Même constat préoccupant du côté de la Savoie. Plus inquiétant encore, les grosses nappes phréatiques affichent des niveaux moins élevés à cause de l’évaporation et de la fonte rapide de la neige. La montagne “château d’eau” se viderait- elle ? La question suscite des tensions.

Et si l’on en croit les météorologues, le début d’hiver risque de rester sec en dépit de chutes de neige sporadiques début novembre. Avec des températures élevées pour la saison. À une période où justement les stations de ski fabriquent la neige de culture pour faire la sous-couche de début de saison, et si nécessaire enneiger quelques pistes si la neige (naturelle) se fait désirer.

« Les montagnes s’écroulent, le lac d’Annecy se vide de manière alarmante… c’est du jamais vu. Et ça se passe ici, en ce moment », alerte sur son blog Corinne Morel Darleux, conseillère régionale Auvergne-Rhône-Alpes.

Multiplication des retenues collinaires

« Imaginez, sur l’arc alpin, plus de 95 millions de mètres cubes sont utilisés chaque hiver pour produire de la neige artificielle, soit la consommation annuelle d’une ville comme Grenoble », fustige Hervé Billard, référent du pôle montagne à la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna). Alors pour pallier la baisse des cours d’eau, les stations constituent des réserves et multiplient les retenues collinaires et autres réservoirs d’altitude pour garantir la neige, cet or blanc si cher à leur développement et à leur survie.

Exemple à Praz-sur-Arly où la municipalité projette la création d’un plan d’eau été/hiver de 28 000 mètres cubes « pour sécuriser l’alimentation du réseau de neige de culture (primordiale pour le domaine skiable), aujourd’hui produite via un captage de l’Arly rendant le dispositif dépendant du débit de la rivière », peut-on lire sur le site Internet de la mairie. Elle n’est pas la seule : le Semnoz, la Féclaz, Méribel-les-Allues (avec un doublement de la retenue de la Combe à 150 000 mètres cubes), Val Thorens… continuent de s’équiper ou le prévoient. « Au départ, les canons à neige ne devaient être que des rustines et garantir le retour à ski dans la station. Aujourd’hui, c’est la course à celle qui sera la mieux équipée (les affres de la concurrence !). La neige artificielle est devenue la nouvelle mode pour faire du ski. À force de tirer sur les canons, on est en train d’artificialiser la pratique du ski », déplore le représentant montagne de la Frapna, avant d’ajouter : « Le manque de neige est devenu une phobie, alors on stocke ou on fabrique. La dernière mode : les usines à neige et la Haute-Savoie est devenue championne en la matière. »

Du côté des stations et des exploitants de remontées mécaniques, la problématique ne se pose pas dans ces termes. Tous trouvent ce phénomène de sécheresse inquiétant, mais estiment que les retenues collinaires permettent d’assurer l’enneigement des domaines skiables en limitant le tirage dans les cours d’eau. Et tous d’assurer : la neige produite, c’est de l’eau, de l’air et rien d’autre, qui lorsqu’elle fond est restituée à la nature. « Pour l’heure, j’avoue être davantage préoccupé par le froid », reconnaît Nicolas Provendie, le nouveau directeur de la Société d’aménagement de La Plagne (SAP)… froid indispensable au fonctionnement des enneigeurs.

Pour Henri Anthonioz, le maire des Gets, la situation est préoccupante. Moins inquiet que la semaine passée parce qu’entre-temps il a plu et neigé, il reconnaît que le niveau d’eau potable de 2 800 mètres cubes par jour requis pour la consommation pendant les vacances de février où la station du Chablais affiche complet (17 500 lits) était jusqu’alors en déficit de 400 mètres cubes par jour. « Nous avons bien un réservoir tampon de 2 000 mètres cubes, mais qui s’avérera insuffisant. » Quant à Jean-Yves Remy, pdg du groupe Labellemontagne, il croise les doigts : « À date, les réserves sont pleines. On réécrit l’histoire tous les jours, avec l’hiver dernier une météo perturbée qui a apporté beaucoup d’eau. » Reste à savoir si le scénario se répétera ou pas. Si l’eau manquera ou pas… au risque de voir des conflits d’usage émerger.

La retenue du lac des Combes au Mottaret. Les retenues collinaires étaient remplies à ras bord au printemps. Mais l’été est passé par là.

 

Aux Gets, dans le Chablais, les 120 000 m3 d’eau stockés dans les réservoirs d’altitude autorisent la production de 240 000 m3 de neige de culture « mais s’il ne pleut pas suffisamment ou si la neige fait défaut, nous aurons du mal à assurer les deux autres campagnes de production en janvier-février et en mars », assure Henri Anthonioz, le maire des Gets. ©️Mairie Les Gets

 

INTERVENTIONS

DSF : « Les stations ne sont pas responsables de la sécheresse »

La parole à Laurent Reynaud, délégué général de Domaines Skiables de France. Au sujet des conséquences de la sécheresse en montagne, Domaines skiables de France (DSF) juge la situation préoccupante. Toutefois, Laurent Reynaud tempère les propos tenus ici et là, notamment par la Frapna.

« Nous sommes sur un vrai niveau de sécheresse, mais elle est malgré tout moins sévère en montagne qu’en plaine. Par ailleurs, les retenues collinaires se sont constituées au printemps après un hiver particulièrement enneigé. » S’agissant des attaques « infondées » de la Frapna, il se montre plus incisif : « Que l’on fasse l’amalgame entre la baisse du lac d’Annecy et l’eau prélevée par les stations pour faire fonctionner les enneigeurs, il y a tout un monde ! Le lac a perdu 60 centimètres sur 2 700 hectares, c’est 100 fois plus que ce que l’on prélève dans les stations de Savoie Mont Blanc. Qui plus est, pratiquement aucune station de Haute-Savoie ne prélève d’eau en amont de ce lac. Selon Météo France, la sécheresse est due d’une part à l’évapo-transpiration liée à des températures élevées durant l’été et l’automne, et d’autre part aux très faibles précipitations qui ont provoqué des tensions sur l’eau de surface. En outre, quand on parle de 95 millions de mètres cubes consommés par les enneigeurs dans l’arc alpin, il s’agit bien de l’ensemble des pays concernés et pas seulement de la France. Il faut comparer ce qui est comparable. Par exemple, une seule chute de neige de 10 centimètres pose autant de neige qu’une station va en fabriquer tout l’hiver. La quantité d’eau utilisée pour les enneigeurs est au final marginale en termes de volumes au regard de l’ensemble des usages des bassins-versants (en tête l’industrie, l’agriculture, l’eau potable…). »

Quant à la question cruciale, y aura-t-il de l’eau cet hiver ? « Il est normal de se la poser, ce qui explique aussi pourquoi les stations créent des retenues collinaires pour justement pallier les risques de tension et d’arbitrage. Retenues qui sont de plus en plus multiusages (agriculture, baignade…) et se remplissent quand l’eau est abondante. Le problème risque de se poser pour les stations qui n’ont pas de retenues, ou peu de stock. Enfin, des structures de gestion sont garantes du bon usage de l’eau et si demain la sécheresse devait s’amplifier, elles prendront les mesures qui s’imposent. »

“UNE SEULE CHUTE DE NEIGE DE 10 CENTIMÈTRES POSE AUTANT DE NEIGE QU’UNE STATION VA EN FABRIQUER TOUT L’HIVER.”

Le point de vue de Corinne Morel Darleux, secrétaire nationale à l’écosocialisme du Parti de gauche et conseillère régionale Auvergne Rhône-Alpes.

Sur son blog www.lespetitspoissonsrouges.org, Corinne Morel Darleux se mobilise tire la sonnette d’alarme dans une chronique publiée sur Reporterre le 16 octobre, prenant fait et cause pour les effets désastreux du réchauffement climatique. Quelques jours plus tôt se tenaient les commissions thématiques de la Région présidées par Laurent Wauquiez… et la secrétaire nationale à l’écosocialisme du Parti de gauche d’écrire : « Là encore, les choses commencent à bouger. Oh tout doux, même notre exemplaire le plus climato-sceptique, Gilles Chabert, de la commission Montagne commence à trouver des circonvolutions pour reconnaître « que là quand même oui il y a… peut-être heu… un petit problème… un peu ». C’est que la neige, moteur qu’on croyait éternel des stations de ski, commence à se faire rare… J’adorerais vous dire que ça a provoqué des discours enflammés. Mais l’effet du système et les blocages idéologiques sont plus puissants que les montagnes qui s’effondrent et les lacs qui s’assèchent, plus puissants que le rapport du GIEC… pour l’instant. La croyance dans la technique semble inépuisable. Et c’est ainsi que les solutions discutées en commission Montagne ont porté sur le remplacement des anciens canons à neige par de nouveaux, moins énergivores dont plus “verts”. J’ai beau expliqué la gabegie d’énergie grise provoquée par le fait de produire ces canons tout neufs pour remplacer les anciens, au-delà de leur consommation quand ils fonctionnent, rien n’y a fait. Et évidemment tout cela ne dit pas ce qu’on fera de ces enneigeurs quand la pression sur l’eau sera trop forte : les restrictions d’eau autour du lac d’Annecy conduiront-elles à l’arrêt des canons à neige ? Et que ferons-nous quand la température sera trop élevée pour les faire fonctionner ? »


Le lac d’Annecy se vide littéralement. Il faut remonter à 1947 pour trouver un niveau aussi bas (0,11m… contre 0,13m à date). « Il a perdu plus de 60 cm mais il est profond de 65 mètres en son milieu… le niveau remontera quand la pluie reviendra », explique-t-on au Syndicat mixte du lac d’Annecy (Sila). ©️Patricia Rey

 

En septembre, la Leysse, qui s’écoule du massif des Bauges pour terminer sa course dans le lac du Bourget en Savoie, est envahie par les algues, conséquence de la chaleur et du débit critique.©️Jean-Claude Madelon


Par Patricia Rey

1 commentaire

  1. alix galix

    je regarde faut pas rèver:les moutons en alpes à 3000m en suisse …ç n’est pas non plus leur place içi que chez nous dans un parc naturel!laissons le sauvage redescendre

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