Selon la Fédération nationale du transport de voyageurs Auvergne-Rhône-Alpes, il manque un millier de chauffeurs en région, en particulier pour assurer le ramassage scolaire, en cette rentrée.
« Les préparatifs de cette rentrée ? C’est compliqué. Nous ne sommes pas assez nombreux. Mais comme dans toutes les entreprises de transport de voyageurs », répond à son unique passager (l’auteur de ces lignes) la conductrice du transport à la demande affrété en cette fin août pour un trajet vers Bourg-en-Bresse. Les raisons de cette pénurie de personnel, selon elle ? « En début de carrière, on est souvent obligé de démarrer à temps partiel. Ce n’est pas facile de vivre avec 800 euros par mois, surtout si l’on a une famille. Les nouveaux entrants arrivent tout guillerets, mais déchantent vite. Ils viennent de passer le permis. Ils croient avoir tout de suite un véhicule automatique, la clim… Ce n’est pas toujours le cas. Beaucoup ne restent pas. » À temps plein, elle assure gagner plus que le Smic, notamment grâce aux heures supplémentaire. Chargée du ramassage scolaire hors période estivale, elle complète son salaire via les activités extrascolaires ou différentes missions de transport, notamment les week-ends. « Cela vient avec le temps. Il faut d’abord faire ses preuves », explique-t-elle. Une patience que les nouvelles recrues n’ont pas toujours, tant s’en faut.
La pénurie de conducteurs est l’une des préoccupations majeures de la profession. Et la rentrée, avec l’organisation du transport scolaire, ne fait que la renforcer. Selon la FNTV Auvergne-Rhône-Alpes, la fédération du secteur, il manque un millier de chauffeurs à l’échelon régional, dont une bonne partie pour conduire les enfants à l’école. Aussi, pour attirer des candidats, la profession a décidé d’activer plusieurs leviers, en particulier du côté des salaires ou des horaires. « Le transport scolaire, c’est un service le matin, un service le soir. Ce que nous demandons notamment, ce sont des décalages des ouvertures et fermetures de cours d’un établissement à l’autre, pour mobiliser moins de véhicules et moins de chauffeurs, proposer un volume d’heures plus important à nos conducteurs, donc une meilleure rémunération », cite Alexandre Geoffroy, délégué régional de la FNTV. En attendant, la profession travaille l’attractivité des temps partiels en offrant des lots mixtes qui comptent suffisamment d’heures ou en autorisant le cumul avec un autre emploi.
Des hausses de salaires pourraient en plus se trouver facilitées par l’intégration dans les contrats publics, de l’indice CNR, taux horaire des conducteurs routiers. « Il faut aussi que les acteurs publics prennent leurs responsabilités et arrêtent de privilégier le prix dans les appels d’offres », commente Alexandre Geoffroy.
Autres leviers, la FNTV développe des partenariats, avec Pôle emploi, l’Agefiph, les associations d’insertion ou encore, la cellule reconversion de l’armée, pour trouver des profils. Elle planche en plus sur la création de passerelles avec d’autres secteurs, comme celui du déménagement. Enfin, une réforme du CAP d’agent d’accueil et de conduite routière est à l’étude avec l’Éducation Nationale, pour 2023.
8 000
À l’échelon national, c’est 8 000 conducteurs qui manquent à l’appel selon la Fédération du transport de voyageurs.
500
Quelque 500 véhicules circulent un peu partout en Aura, pour transporter quotidiennement environ 200 000 scolaires.
Un titre professionnel délivré à Bourg
Aftral forme une cinquantaine de stagiaires par an, en quatre sessions.

Seul centre de formation du transport de voyageurs dans l’Ain, Aftral Bourg-en-Bresse délivre les FCO Voyageurs aux conducteurs qui ont besoin de repasser cette formation réglementaire, ainsi qu’un Titre professionnel “Conducteur de transport en commun sur route”, un diplôme validé par le ministère du Travail, équivalent à un CAP. « Nous avons des candidats de tous âges, des plus jeunes à des personnes en fin de carrière engagées dans une reconversion. Nous avons même eu, l’an dernier, un retraité qui passait le diplôme pour avoir un complément de revenu et ne pas s’ennuyer », indique Vanessa Maillot, directrice des centres Aftral de Bourg et d’Arnas. « Nous sommes passés de trois sessions annuelles de 16 places avant covid à quatre. Eu égard à la demande des entreprises, on pourrait même en organiser cinq. Mais, toutes ne font pas le plein. Au mieux, on forme une cinquantaine de personnes par an. » Pour cela, le centre s’appuie sur un formateur dédié au transport de voyageurs et deux formateurs qui interviennent également en transport de marchandises.
Pour attirer des candidats, promouvoir le métier, le centre a embauché une conseillère en recrutement et formation dont le rôle est de mener des actions de sourcing auprès des différentes institutions et de créer des partenariats. Elle diffuse les offres des clients sur différentes plateformes et sur le site d’Aftral. Elle mène de surcroît des sessions d’information collective, notamment chez Pôle emploi (à Bourg-en-Bresse, Ambérieu-en-Bugey et Trévoux), dans les missions locales, auprès des associations d’insertion. « En avril, nous avons accueilli deux jeunes étudiants de DUT que nous avons chargé de mener des actions de marketing et communication, notamment pour faire connaître nos journées portes ouvertes (La prochaine aura lieu le 14 septembre, NDLR) », annonce la directrice. Et avec la fin des restrictions sanitaires, les actions de promotion dans les lycées vont pouvoir reprendre dès cette rentrée.
La Région alerte les parents
Les parents d’élèves dont les enfants utilisent les transports scolaires organisés par la Région ont reçu un courrier daté du 26 août et signé par le vice-président du Conseil régional, Paul Vidal. « Il est possible qu’à la rentrée, tous les postes de conducteurs ne soient pas pourvus. Pour faire face à ces situations éventuelles, les transporteurs et la Région seront peut-être contraints d’adapter certains services, par exemple les circuits, afin de pallier le manque de conducteurs », prévient-il. Et l’élu d’inviter les parents « à communiquer à toute personne, active ou retraitée, qui serait intéressée par un complément de revenus, sur la possibilité de devenir conducteur de car ». La Région a lancé, avec la FNTV et Pôle emploi, une opération baptisée “1 000 conducteurs” qui associait campagne d’affichage grand public et prise en charge de la formation. « On a reçu environ 200 appels », indique Alexandre Geoffroy, délégué régional de la fédération. Pas de quoi faire baisser la tension.
Sébastien Jacquart








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