Une รฉtude de l’Irstea de Grenoble met en รฉvidence un phรฉnomรจne surprenantย : en sโรฉvaporant moins, les glaciers risquent de fondre plus vite. Explication.
Pour tenter dโanalyser les phรฉnomรจnes de fontes extrรชmes des glaciers et de les comparer ร la fonte inhรฉrente au rรฉchauffement climatique les chercheurs grenoblois de lโIrstea (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture) ont รฉpluchรฉ les relevรฉs de masse glaciaire disponibles sur 70 ans pour le glacier de Sarennes en Isรจre, ร 2850 m d’altitude, une base de donnรฉes exceptionnelle et quasi unique au monde. Et ils les ont croisรฉ avec les relevรฉs de tempรฉratures atmosphรฉriques fournis par Mรฉtรฉo France. Le rรฉsultat les a surpris.
Premier constatย : les flux รฉnergรฉtiques lors des fontes extrรชmes sont diffรฉrents de ceux de la fonte ยซย classiqueย ยป. Dans le premier cas, cโest surtout le rayonnement solaire qui est en cause. Dans le deuxiรจme, cโest principalement le rayonnement infrarouge et… la rรฉduction du phรฉnomรจne dโรฉvaporation de la glace, en surface du glacier. Etonnant, car les chercheurs sโattendaient ร ce que ce phรฉnomรจne dโรฉvaporation soit au contraire plus important.
Moins dโรฉvaporation donc plus de fonte
ยซย Avec le rรฉchauffement de lโair, la glace devrait sโรฉvaporer de plus en plus, note lโIrstea. Mais ce processus est en fait contrebalancรฉ. Plus lโair est chaud, plus il contient de vapeur dโeau qui, au contact du glacier, limite lโรฉvaporation. Bilanย : comme lโรฉvaporation est un processus consommant beaucoup dโรฉnergie, sa limitation rend davantage dโรฉnergie disponible pour la fonte.ย ยป
Ce nโest pas anodin. Car les scรฉnarios climatiques actuels prรฉvoient une hausse des tempรฉratures de lโair avec hausse des gaz ร effet de serre et de vapeur dโeau. Outre lโaugmentation du rayonnement infrarouge, les scientifiques sโattendent donc ร ce que la rรฉduction de lโรฉvaporation sโaccentue et… accรฉlรจre davantage encore la fonte des glaciers.
Lโรฉtude a รฉtรฉ menรฉe en collaboration avec le Centre dโรฉtudes de la neige (Mรฉtรฉo France, CNRS) et lโInstitut de Gรฉosciences de lโEnvironnement (CNRS/INSU, IRD, Universitรฉ Grenoble Alpes, Grenoble-INP). La synthรจse de cette รฉtude est ร lire sur le site de lโIrsteaย : http://www.irstea.fr/toutes-les-actualites/departement-eaux/fontes-extremes-glaciers.

La fonte du glacier de Sarennes en 110 ans. Crรฉdits photos : G. Flusin et E. Thibert. Source : site web de l’Irstea – http://www.irstea.fr/toutes-les-actualites/departement-eaux/fontes-extremes-glaciers .
Un logiciel encore plus fiable sur les consรฉquences de la fonte des neiges
Ce n’est pas directement en lien avec l’รฉtude sur la fonte des glacier mais en mรชme temps que ces rรฉsultats l’Irstea annonce parallรจlement une amรฉlioration de la modรฉlisation de la fonte des chutes de neige.ย En 2010, l’institut avait dรฉjร รฉtรฉ ร l’origine d’un premier logiciel permettant de modรฉliser cette fonte et ainsi d’anticiper ses rรฉpercussions sur les cours d’eau (hausses des dรฉbits, crues potentielles). A l’issue de nouveaux travaux il est parvenu ร amรฉliorer cet outil.
Jusque lร le logiciel ne prenait en compte que les prรฉcipitationsย : neige mais aussi pluie, pour laquelle la modรฉlisation de l’impact sur les cours d’eau est dรฉjร ancien; et les tempรฉratures. Mais il fonctionnait aussi beaucoup ร partir d’estimations (il n’y a pas des capteurs partout). La nouvelle mouture inclut des bases de donnรฉes satellitaires (photos) et de mesures rรฉelles (capteurs) ainsi qu’une modรฉlisation de la variabilitรฉ de la fonte dans le bassin versant (notamment en diffรฉrenciant versant sud et nord).
L’avantage est double, explique l’Irstea : d’une part l’outil est plus fiable pour prรฉvoir ร brรจve รฉchรฉance les variations de dรฉbits et les crues potentielles. D’autre part, plus globalement, il va permettre de mieux รฉtudier ยซย lโimpact du changement climatique sur les dรฉbits des riviรจres des rรฉgions de montagne. Et, au-delร , sur la disponibilitรฉ de la ressource en eau et la survenue des crues (pรฉriode, intensitรฉ), deux enjeux cruciaux pour lโavenir de ces rรฉgions.ย ยป

Modรฉliser la fonte des neiges et ses consรฉquences sur l’hydrologie ou aider les stations ร mieux gรฉrer l’enneigement sont aussi des thรจmes de travail pour l’Irstea. Crรฉdit photo : Eric Renevier.
EGU : 15 000 spรฉcialistes se rencontrent
Que l’Irstea rende plubliques ces deux informations ces jours-ci n’a rien d’un hasard : du 9 au 13 avril se dรฉroule l’assemblรฉe gรฉnรฉrale de lโUnion europรฉenne des gรฉosciences (EGU). L’รฉvรฉnement rassemble ร Vienne, en Autriche, prรจs de 15ย 000 chercheurs du monde entier spรฉcialistes de lโhydrologie. L’occasion de dรฉcouvrir de nombreuses avancรฉes en termes de recherche sur l’hydrologie et la neige.
L’Irstea est รฉvidemment prรฉsent sur l’รฉvรฉnement.ย L’institut et ses diffรฉrents partenaires y communiquera sur plusieurs projets en cours. Parmi lesquels se trouve aussi Prosnow, qui porte sur les prรฉvisions mรฉtรฉo et la gestion de l’enneigement des domaines skiables ร l’รฉchelle d’une saison.












0 commentaires