Bourg-en-Bresse accueillait vendredi 10 juin, le congrès national de la Fédération porcine. Une filière prise entre cours de la viande bas et coûts de l’alimentation animale à la hausse.
Avec la crise sanitaire, la demande en viande s’est écroulée. Puis, les prix de l’alimentation animale ont commencé à flamber. Prise en tenaille, la filière porcine s’est tournée, en fin d’année dernière, vers le gouvernement. « Nous avons obtenu une aide directe aux producteurs de 270 M€, avec une première enveloppe de 75 M€ pour soutenir les trésoreries », a raconté Carole Joliff, secrétaire générale de la Fédération nationale porcine (FNP) réunie en congrès national vendredi 10 juin à Bourg-en-Bresse. « Sur ces entrefaites, la crise en Ukraine est venue aggraver encore l’effet de ciseaux entre un cours de la viande bas et des coûts de l’alimentation animale à la hausse. » La profession est une nouvelle fois montée au créneau, de sorte que le plan Résilience de l’État dédie 389 M€ à l’ensemble des filières animales, dont 150 M€ pour le porc. Mais, ni ces aides, ni les hausses de prix récentes ne suffisent à compenser l’augmentation des coûts de production. « Aujourd’hui, certains éleveurs perdent jusqu’à 40 euros par porc », a affirmé Carole Joliff (au centre sur la photo).
À ces difficultés s’ajoutent les audits sur la biosécurité des élevages, tandis que la fièvre porcine africaine s’étend 80 km à l’est des frontières hexagonales, en Allemagne, et de nouvelles exigences en matière de bien-être animal (alternatives à la caudectomie de routine et à la castration chirurgicale des porcelets, notamment). Autant de questions qui ont conduit la FNP à plancher sur la résilience du secteur.
La filière ne manque pourtant pas d’atouts. « La viande de porc fait partie des trois protéines de base avec le bœuf et la volaille », a rappelé Philippe Duriez, directeur général d’Aoste (à droite sur la photo). « Et c’est la plus abordable », a ajouté Philippe Goetzman (à gauche), ancien de la grande distribution devenu conseil stratégique en consommation qui y voit une opportunité en termes de volumes. D’ailleurs, pour le DG d’Aoste, même si le bio est un échec (son entreprise, qui en produisait depuis 12 ans sous la marque Cochonou, a décidé d’arrêter) et même si la consommation s’oriente vers les marques de distributeur et les premiers prix (à cause d’une « psychose sur le pouvoir d’achat, alors que nos produits sont en déflation depuis 10 ans »), « dans l’ensemble, les volumes se portent bien ».
La contractualisation comme solution
De l’avis général, l’outil de la résilience des producteurs sera la contractualisation. Carole Joliff regrette un manque de cohésion entre les acteurs de la filière, mais suggère que « c’est peut-être à nous, producteurs, de faire de propositions à l’aval ». Aoste s’y est déjà mis, « sans attendre la loi Egalim ». Une loi sur laquelle tous comptent, à l’exception de Philippe Goetzman, qui n’y croit guère. Pour lui, la question n’est pas tant celle du prix que de la marge, globalement plus faible en France comparativement à nos voisins européens, pour l’ensemble de cette « filière à haute intensité de main-d’œuvre », à cause « d’une fiscalité et d’un environnement normatif bien plus élevés ». L’État devrait donc faire un effort également. Et celui-ci de suggérer par ailleurs de « créer un imaginaire de marque pour créer de la valeur ».
Pour Christine Lambert, présidente de la FNSEA, elle-même productrice de porc, « il faut aussi plancher sur la contractualisation en amont, sur des accords entre producteurs de viande et céréaliers pour lisser les prix de l’alimentation animale ». « J’ai demandé un travail en ce sens, lors de l’assemblée générale de la Fédération française de producteurs d’oléagineux et protéagineux (FOP) », a-t-elle annoncé. La loi Egalim, elle, elle y croit. Le texte « prévoit une contractualisation sur plusieurs années avec un coût de production garanti », a-t-elle relevé. « Les outils sont là, il faut les utiliser. »
Sébastien Jacquart








0 commentaires