Les retombées du nucléaire

par | 14 décembre 2022 à 8H00

À la centrale du Bugey, malgré l’arrivée à terme du grand carénage, les besoins d’investissements vont se poursuivre, en bonne partie au bénéfice de l’économie locale.

Destiné à obtenir l’autorisation d’exploiter pour 10 ans supplémentaires, le grand carénage de la centrale nucléaire du Bugey entre dans sa dernière ligne droite. Point d’orgue de ce programme industriel à 2 milliards d’euros commencé en 2014, les visites décennales sont achevées pour trois des quatre réacteurs du site. Deux ont été conduites entre 2020 et 2021, une troisième entre 2021 et 2022. La dernière, qui concerne la tranche numéro 3, débutera en octobre 2023 pour s’achever en mars 2024. « Mais, nous avons encore des travaux jusqu’en 2027, avec un niveau d’investissements annuels similaire, notamment pour renforcer la sécurité, annonce Pierre Boyer, le directeur du site. Cela devrait nous conduire jusqu’aux portes des cinquièmes visites décennales. C’est une roue qui ne s’arrête jamais de tourner, avec des retombées pour l’économie locale pendant encore longtemps. »

Depuis le début du grand carénage, 200 M€ sont investis chaque année, dont 55 % (100 à 110 M€ contre 60 M€ auparavant) bénéficient aux entreprises de la Région, 37,5 % aux entreprises de l’Ain. Cette proportion progresse d’année en année. Aujourd’hui, la centrale fait travailler 411 prestataires, dont 106 de l’Ain, 72 de l’Isère et 167 du Rhône. Des entreprises qui peuvent notamment accéder aux marchés via la plateforme Ecobiz Nucléaire, mise en place avec le pôle de compétitivité Nuclear Valley. Cela se traduit, en termes d’emploi, par l’embauche de 300 personnes par an depuis cinq ans. Et là encore, ce n’est pas fini. À l’échelon national, on estime le besoin en main-d’œuvre du nucléaire (troisième filière de France après l’aéronautique et l’automobile) à 300 000 personnes en 2032 contre 220 000 aujourd’hui, tandis que 70 000 employés du secteur doivent prendre leur retraite d’ici là.

« Nous avons l’obligation d’améliorer notre standard en permanence, explique Pierre Boyer quant à la nécessité de prolonger les travaux. Le but de la quatrième visite décennale était d’amener le site au niveau de sûreté d’un EPR de dernière génération. Un standard qui doit permettre de n’avoir aucun impact sur les populations ni d’impact irréversible sur l’environnement, en cas d’accident sans fusion du cœur. Les rejets précoces dans l’air et dans l’eau deviennent hautement improbables, de même que le découvrement des assemblages de combustible, en cas de vidange accidentelle de la piscine. » Car le grand carénage a tenu compte des retours d’expérience de la catastrophe de Fukushima, provoquée par des événements naturels exceptionnels. « Les DUS (Diesels d’ultime secours, de puissants groupes électrogènes capables d’alimenter les systèmes de refroidissement, en cas de coupure de toutes les lignes extérieures, NDLR) ont une coiffe susceptible de résister, lors d’une tornade, à la projection d’une voiture citadine à 25 m de haut, à 200 km/h. Et ils correspondent à une norme séismique dix fois supérieure aux plus hauts jamais enregistrés », aime à rappeler le directeur. Pour lui, il y a fort à parier que le cinquième examen périodique portera sur la capacité des installations à répondre aux conséquences du changement climatique.


8,4

Depuis 5 ans, 8,40 M€ ont été mobilisés par Pôle emploi en région, via l’agence spécialisée Atom’emploi, pour la formation des personnels appelés à intervenir sur le grand carénage de la centrale.

316

Avec 316 personnes de plus en 2022, quelque 1 500 embauches ont été réalisées, en cinq ans.


La centrale à plein régime cet hiver

Les quatre réacteurs de la centrale du Bugey sont actuellement en fonctionnement. Et sauf arrêt d’urgence, ce devrait être le cas jusqu’au 6 mai prochain, date à laquelle est programmé un arrêt pour simple rechargement, d’une durée de 40 jours, pour la tranche numéro 5. Le réacteur numéro 4 doit en connaître un aussi, entre août et novembre. Le site devrait donc fournir son plein rendement tout cet hiver et ne pas devoir porter la responsabilité d’éventuels délestages, si ces derniers s’avéraient nécessaires. Il n’en sera pas de même pour la saison froide 2023-2024 puisque, comme indiqué ci-dessus, la tranche numéro 3 sera arrêtée pour sa visite décennale, d’octobre à mars. « Ces dates peuvent évoluer, en fonction des prévisions de production et de la disponibilité du parc dans son ensemble », indique toutefois le directeur du site, Pierre Boyer.


La Farn s’entraîne à Bugey

Les quatre sites de la Force d’action rapide nucléaire se sont retrouvés à Bugey pour des exercices, du 5 au 8 décembre

La Farn (Force d’action rapide du nucléaire) compte, outre un état-major parisien, quatre bases régionales, sur les centrales de Civaux (Vienne), Paluel (Seine-Maritime), Dampierre (Loiret) et Bugey. Et cette dernière a été retenue pour un exercice qui s’est déroulé du 5 au 8 décembre. Le scénario travaillé était celui d’un séisme, avec des routes coupées et des difficultés pour accéder aux centrales. L’enjeu : évaluer les méthodes de franchissement employées par les différentes colonnes participantes.

La Farn est née des retours d’expérience des différents incidents et accidents nucléaires à travers le monde, en particulier de la catastrophe de Fukushima en 2011. « C’est le premier accident lié non pas à une erreur, mais à une catastrophe naturelle, rappelle Olivier Leroux, directeur de cette force créée en 2012. Ce sont en quelque sorte les pompiers du nucléaire, des personnels de la conduite de réacteur, de la maintenance, de la logistique, etc. qui connaissent très bien ce secteur d’activité. Ils partagent leur temps de travail à 50-50  entre leur poste et la Farn. Une mission industrielle en complément du service public. Tout est fait pour la sûreté nucléaire sur les sites. Mais si un problème doit surgir, il s’agira de tout faire pour en limiter l’impact, notamment sur les populations. »

Si une intervention s’avérait nécessaire, l’ensemble des bases seraient mobilisées, avec pour premier objectif de se rendre sur site et d’être en action en moins de 24 heures. « Nous devons passer, emmener nos matériels coûte que coûte. »La Farn dispose pour cela de camions, chariots télescopiques, treuils, barges, tronçonneuses… Au besoin, les matériels peuvent même être héliportés. Un contrat en ce sens a été signé avec Airtélis (filiale de RTE). Ce sont donc à des exercices de franchissements que se sont livrés les 70 membres de la Farn (sur 320) présents sur ces quatre jours de mise en situation.

Outre les moyens logistiques, la Farn équipe chacune de ses colonnes (deux par base régionale) de tous les systèmes permettant d’alimenter en eau, en air et en électricité, la centrale où elle doit intervenir. Tuyaux et pompes lui permettent par exemple, d’aller chercher de l’eau jusqu’à 22 km. Elle est censée également pouvoir fournir les DUS (Diesels d’ultime secours) en carburant pour 15 jours d’autonomie.


Sébastien Jacquart

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