Les Pays de Savoie continuent dโattirer des migrants, fuyant la pauvretรฉ ou les guerres dโAfrique ou dโAsie. Leur bonne intรฉgration รฉconomique est un enjeu central pour euxโฆ et pour nous.
Milieux associatifs et รฉconomiques, des dispositifs sont mis en place pour accompagner les migrants les plus dรฉmunisโฆ en situation rรฉguliรจre. Porte dโentrรฉe administrative, lโOffice franรงais de lโimmigration et de lโintรฉgration (OFII) est un acteur majeur pour les primo-arrivants qui souhaitent sโinstaller durablement en France. Par son intermรฉdiaire, 431 personnes (225 hommes et 206 femmes) ont signรฉ un contrat dโintรฉgration rรฉpublicaine (CIR) en 2021 en Savoie.
Pour la Haute-Savoie, 1 234 personnes (605 hommes et 629 femmes) ont fait de mรชme. Une situation qui รฉvolue en pente douce si lโon compare ces chiffres avec ceux de lโannรฉe 2019 : 317 CIR en Savoie et 1 041 en Haute-Savoie. Derriรจre la brutalitรฉ des statistiques, il y a des parcours de vie difficiles. Ces migrants viennent principalement dโAfghanistan, du Soudan, de Syrie. La majoritรฉ dโentre eux ont entre 26 et 45 ans et un niveau de formation secondaire sans diplรดme.
Migrants ? Rรฉfugiรฉs ? Exilรฉs ? Demandeurs d’asile ? Quel vocabulaire employer face ร ces situations diverses et souvent dramatiques ? La journaliste Chloรฉ Leprince fait le point >>
L’enjeu de la langue
Travailler le plus rapidement possible pour รชtre indรฉpendant est une aspiration forte. ยซ Le frein principal, cโest la langue. Cโest elle qui va favoriser lโinsertion dans la sociรฉtรฉ ยป, relรจve Fatima Mezzouj, directrice territoriale de lโOFII pour les deux dรฉpartements savoyards, lโIsรจre et la Drรดme. Des entretiens individuels sont organisรฉs pour orienter les migrants vers des services adaptรฉs ร leur niveau de franรงais. Cette maรฎtrise de notre langue, ajoutรฉe ร une formation civique de quatre jours, conditionne lโobtention dโun titre de sรฉjour. Les missions locales sont lโun des partenaires de lโOFII.
ยซ Les migrants sont des gros travailleurs. Ils ne rechignent pas ร la tรขche ยป, note Myriam Moussa, coordinatrice ร la 1 665 migrants ont signรฉ un contrat dโintรฉgration rรฉpublicaine (CIR) en Pays de Savoie en 2021 Source : OFII mission locale du Genevois. Cette structure accompagne les jeunes de moins de 26 ans. Elle construit avec eux un projet dโinsertion en fonction de leur situation, avec des formations adaptรฉes pour accรฉder au plus vite ร lโemploi.
Des mรฉtiers difficiles
ยซLe chรดmage est 2% en-dessous de la moyenne nationale en Savoie. Le volume des offres dโemploi est dโores et dรฉjร identique, voire supรฉrieur, ร celui de 2019. De nombreux mรฉtiers sont en tension, notamment dans lโhรดtellerie-restauration, la santรฉ, le service ร la personne. Lโaccompagnement des migrants vers ces mรฉtiers-lร est un bon moyen de les intรฉgrer ยป, assure de son cรดtรฉYann Metais, directeur de Pรดle emploi Savoie. Les Pays de Savoie ont une spรฉcificitรฉ : les saisons en station pour le nettoyage des appartements en location, comme le rappelle Claire Joguet. Elle est prรฉsidente de lโassociation Solidaritรฉ Territoires dโAlbertville, structure qui accompagne une soixantaine de familles dans leurs dรฉmarches administratives. ยซ Je nโai pas le sentiment que les migrants aient plus de mal ร trouver du travail quโavant ยป, observe-t-elle. ยซ Mais ils postulent pour des mรฉtiers peu convoitรฉs. Les saisons en station sont usantes, avec des horaires difficiles et pas trรจs bien payรฉes. ยป
1 665 migrants ont signรฉ un contrat dโintรฉgration rรฉpublicaine (CIR) en Pays de Savoie en 2021.
Source : OFII
Des Italiens aux Anglais, les multiples visages des immigrรฉs
ยซ Lโimmigration, cโest toujours un atout, tant sur le plan dรฉmographique quโรฉconomique. ยป Le sociologue Olivier Chavanon est un expert en la matiรจre. Maรฎtre de confรฉrences ร lโUniversitรฉ Savoie Mont Blanc, il est le coauteur, avec Jacques Barou, dโun rapport de recherche pour le Musรฉe savoisien sur les flux migratoires en Savoie et Haute-Savoie de 1860 ร 2015. Ce document est unique. Il reflรจte, chiffres ร lโappui, et fort de nombreux tรฉmoignages, lโรฉvolution de lโimmigration au fil des dรฉcennies. Premier constat : les deux dรฉpartements ne suivent pas les mรชmes parcours.
La Savoie a toujours รฉtรฉ beaucoup moins concernรฉe par les flux migratoires que sa voisine, plus riche sur le plan รฉconomique et donc plus attractive. Une situation qui se traduit, en proportion, par une prรฉsence presque deux fois moindre dโรฉtrangers dans la population globale de la Savoie. En terres savoyardes, deux pays ont fortement caractรฉrisรฉ cette immigration par leur proximitรฉ gรฉographique. La Suisse, jusquโau dรฉbut du XXe siรจcle, et lโItalie jusquโaux annรฉes 1960. Les Italiens seront รฉgalement nombreux dans les premiรจres grandes entreprises. Par exemple, ร Ugine, en 1906, ils sont 200 sur 350 ouvriers. Lโimmigration en Pays de Savoie jouera un rรดle dรฉterminant au cours de lโentre-deux-guerres, avec des taux supรฉrieurs au niveau national. Idem aprรจs la Libรฉration, pendant les Trente Glorieuses.
Au recensement de 1975, la Haute-Savoie a un taux de population รฉtrangรจre de plus de 10 % (8,2 % pour la Savoie), alors quโau niveau national ce taux est de 7 %. Lโexemple de la vallรฉe de lโArve est significatif. ยซ En HauteโSavoie, les entreprises de dรฉcolletage ont dรป sโappuyer sur une mainโdโลuvre peu qualifiรฉe et peu exigeante pour sโadapter aux transformations de la demande. Elles ont trouvรฉ chez les nouveaux migrants, originaires du Portugal, de Yougoslavie, dโAfrique du Nord et de Turquie, une mainโdโลuvre correspondant ร leurs attentes ยป, est-il ainsi รฉcrit dans le rapport. Avec le XXIe siรจcle, lโimmigration en Pays de Savoie nโest plus le seul fait dโune population peu qualifiรฉe.
ยซ En HauteโSavoie, elle sโannonce comme caractรฉristique de nouveaux mouvements de populations qui commencent ร se rรฉaliser un peu partout sur la planรจte, et qui nโont plus seulement pour principal mobile la recherche dโun emploi mais celle dโun cadre de vie correspondant ร des aspirations qui se dรฉveloppent surtout dans les classes moyennes รฉduquรฉes.
En Savoie, la situation semble plus โclassiqueโ. Les nationalitรฉs qui reprรฉsentent les migrations traditionnelles liรฉes au travail ouvrier sont encore dominantes ยป, relรจve encore le rapport. Pour la Haute-Savoie, il est fait รฉtat de la prรฉsence de Suisses, dont le mobile de la migration est rรฉsidentiel (ร cause des coรปts de logement moins รฉlevรฉs), mais aussi de Britanniques, une communautรฉ fortement implantรฉe dans les stations. La crise sanitaire modifiera-t-elle cette tendance ?

De lโaccueil ร la rรฉalitรฉ du monde de lโentreprise
Le BTP a toujours รฉtรฉ un gros pourvoyeur dโemplois pour les migrants en terres savoyardes. Les Italiens sont emblรฉmatiques de ce phรฉnomรจne. Ils ont ainsi participรฉ ร la construction dโinfrastructures majeures. On peut citer, ร titre dโexemple, la voie ferrรฉe et le tunnel ferroviaire du Frรฉjus, inaugurรฉ en 1871 au bout de quatorze ans de chantier.

Benoรฎt Allรจgre est le directeur du Groupement dโemployeurs pour lโinsertion et la qualification (GEIQ) BTP Pays de Savoie Ain qui regroupe quelque 580 entreprises dโaccueil. Chaque annรฉe, cette association a environ 300 salariรฉs en contrat dโalternance, dont une quarantaine de migrants. ยซ Cette main-dโลuvre est une opportunitรฉ pour les entreprises qui sont prรชtes ร jouer le jeu ยป, assure ce responsable pour qui le travail est la meilleure formule pour lโintรฉgration comme pour les finances publiques.
Benoรฎt Allรจgre รฉmet toutefois quelques bรฉmols. Il connaรฎt la rรฉalitรฉ du terrain, les difficultรฉs rencontrรฉes au quotidien. Beaucoup des migrants, explique-t-il, nโavaient jamais entendu parler de la France avant dโen franchir les frontiรจres, et encore moins de ce quโest un contrat de travail. ยซ Il y a un problรจme dโacculturation, avec un rapport employeur-salariรฉ qui nโest pas familier pour eux ยป, constate-t-il. Du cรดtรฉ des entreprises aussi, cโest lโinconnu ; avec des migrants venant actuellement de rรฉgions du monde mรฉconnues par ici, comme la Corne de lโAfrique. Apprendre ร sโapprivoiser est un enjeu important pour les deux parties.
Selon Benoรฎt Allรจgre, le systรจme de lโaccueil doit absolument รชtre amรฉliorรฉ en France pour orienter plus rapidement les migrants vers lโemploi, et ne pas en faire des assistรฉs alors quโils ont fait preuve dโune force de caractรจre et dโune รฉnergie vitale incroyables pour arriver jusquโici. Et dโinsister sur la nรฉcessitรฉ de mettre en place des formations plus courtes, comme celles que proposent Base 74 RU avec Pรดle emploi : en trois semaines, elles donnent les rudiments de franรงais pour comprendre les consignes รฉlรฉmentaires et รชtre en sรฉcuritรฉ sur un chantier. Par des mises en situation rรฉelles, elles permettent de diriger la personne vers le mรฉtier le plus adaptรฉ ร son profil et ร son bassin dโemploi.
Un accompagnement professionnel sur mesure est ensuite mis en place avec la signature dโun contrat de travail ร temps plein et sur du long terme (dix-huit mois en moyenne). Le reste de lโintรฉgration professionnelle (l’apprentissage du mรฉtier) est financรฉ directement par la profession, via lโalternance. En 2021, plus de 35 000 heures de formation ont รฉtรฉ engagรฉes par le GEIQ BTP Pays de Savoie Ain, avec un taux de sortie positive de 73 %.
Marie-Christine Fert








Avant de faire travailler les immigre commencer donc a faire travailler les Franรงais Il y a suffisamment de chรดmeurs que l on payent a rien faire
Seulement les immigrรฉs coรปtent moins cher au patronat c est uniquement pou cela qu ils ont du travail car le patronat regarde uniquement la rentabilitรฉ le reste il s en fou totalement
Le bla bla classique sur les immigrรฉs, les chรดmeurs, le patronat, etc… je suis gรฉrant dans la restauration, je suis Franรงais, et j’embauche des Franรงais d’origine ยซย รฉtrangรจreย ยป, donc des immigrรฉs. Alors peut-รชtre que leur couleur de peau n’est pas celle que vous attendez (blanche), mais je peux vous assurer que mes salariรฉs d’origines africaines ou maghrebines, EUX, veulent travailler, et qu’en plus ils travaillent BIEN.
Le problรจme cher Monsieur Durand c’est qu’ici comme ailleurs les immigrรฉs sont prรชts ร rรฉaliser toutes les tรขches qu’on leur propose y compris les plus ingrates pour rรฉussir ร vivre dignement seuls ou en famille ce qui n’est pas forcรฉment le cas de certains des chรดmeurs dont vous parlez. Ils demandent juste qu’on leur donne les moyens de s’intรฉgrer et d’รฉvoluer sans contrainte dans une sociรฉtรฉ qui les a accueillis parfois au terme d’un long chemin semรฉ d’embรปches. Croyez-moi leur situation n’est pas toujours enviable et vous seriez bien avisรฉ de mieux vous renseigner avant de tenir de tels propos.