Les transports en commun sur la bonne voie

Les transports en commun sur la bonne voie

Les alternatives à la voiture individuelle prennent de la vitesse à travers le territoire, portées par les problématiques de congestion et de pollution.

Les transports en commun accélèrent dans plusieurs agglomérations des Pays de Savoie. La dimension environnementale est un moteur primordial, encore plus dans la vallée de l’Arve (lire page 7). Mais il s’agit aussi de répondre à un double enjeu, sur fond de constante croissance démographique : lutter contre la congestion routière, qui augmente partout ; et préserver le foncier en limitant l’urbanisation.

Ne plus construire de logements ni d’infrastructures de transport dans des départements qui accueillent 2 500 (Savoie) et 10 000 (Haute-Savoie) habitants de plus chaque année paraît impossible. La solution est alors de densifier, ce qui, en matière de mobilité, se traduit par transports collectifs et modes doux (moins gourmands en espace). « La ville centre, Rumilly, est traversée par deux grandes voies structurantes, la route historique et une rocade plus à l’ouest, explique Alexandre Laymand, responsable du service mobilité à la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie (CCRTS).

Entre la forte augmentation de la population et les réaménagements importants dans le coeur de ville, comme le transfert de l’hôpital [ndlr : effectif fin 2014], il était nécessaire de revoir certains flux. À partir de ce point de départ, les élus ont vite compris qu’il fallait élargir la réflexion. »

Rumilly élargit la réflexion

Résultat, alors que ce n’est pas une obligation pour une intercommunalité de cette taille, la CCRTS s’est dotée, fin 2013, d’un schéma directeur des déplacements et infrastructures, où il n’était plus seulement question de nouvelles routes. Et si le montage administratif, technique et financier a demandé plus de cinq ans, ça y est la communauté de communes est en passe de lancer un réseau de bus urbain sur la ville centre : “J’y bus”. Le contrat d’obligation de service public avec la Sibra, la société publique locale qui gère déjà les transports urbains sur le Grand Annecy, a été paraphé le 25 mars.

La signalétique est en train d’être posée, les arrêts aménagés et les premiers bus circuleront à partir de mi-septembre. Trois lignes sont prévues, toutes reliées à la gare pour permettre les correspondances. La plus importante proposant un cadencement toutes les 20 minutes aux heures de pointe, la plus flexible offrant du transport à la demande. Coût de l’opération, 785 000 euros hors taxes (HT) pour l’acquisition des 5 minibus, avec 257 000 euros d’aide de l’État et près de 27 000 euros du Département. Puis 740 000 euros HT pour le fonctionnement annuel (9 chauffeurs recrutés).

La vente des tickets ne rapportera que 60 000 euros par an, contre 130 000 pour la subvention d’équilibre et 550 000 euros de versement transport (VT). Un VT instauré fin 2017, finalement au taux de 0,35 % et non à 0,6 % le taux maximum légal pour une intercommunalité de cette taille. Il faut dire que l’instauration de cette taxe payée par les entreprises a fait grincer des dents. Les milieux patronaux se sont fortement mobilisés pour tenter de l’empêcher, jusqu’à être physiquement présents dans la salle du conseil lors du vote…

Annecy change de rythme

Si la grogne n’a pas été aussi forte lors de l’augmentation du VT il y a quelques mois, le monde de l’entreprise – et certains élus, de gauche comme de droite – du Grand Annecy ont eux aussi grimacé. Le taux est passé de 0,9 % à 1,2 %. « Nous restons bien en dessous de la moyenne nationale (1,8 %), rappelle Jean-Luc Rigaut, président de l’agglomération. Le constat sur les bouchons est partagé par les dirigeants d’entreprise et la demande exprimée par les salariés de ces entreprises pour plus de transports collectifs est croissante. »

Surtout, l’augmentation du VT correspond à une augmentation de l’offre. Au niveau cyclable, avec 300 nouveaux vélos à assistance électrique acquis récemment pour être mis en location longue durée et de nombreux aménagements de voirie. Dans le domaine du covoiturage ou de l’autopartage aussi. Mais, là encore, c’est au niveau des bus que porte le plus gros effort. Le 29 avril, Annecy remodèle son réseau urbain en l’articulant autour de deux nouvelles lignes – nord-sud et est-ouest, appelées “Rythmo” – à haute fréquence (toutes les 10 minutes) et horaires tardifs (jusqu’à 1 heure du matin).

Elles passent par la gare et sont connectées à des parkings relais (P+R). Le réseau “historique”, composé d’une demi-douzaine d’autres lignes structurantes et d’une dizaine de ligne secondaires est adapté pour faciliter les correspondances bus, et via les pôles multimodaux et les P+R. Coût de cette politique volontariste : 84,5 millions d’euros en investissement et 6 millions par an en fonctionnement. Sans parler des 15 millions d’euros que le Grand Annecy met sur la table pour les aménagements ferroviaires. Car avec la mise en service du Léman Express (RER transfrontalier cadencé, en décembre 2019), les trajets RER situés au sein de l’agglomération, qui va du col d’Évires aux frontières de la Savoie, seront accessibles au prix d’un ticket de bus.

La vallée de l’Arve se met au vert

De la Roche à Chamonix, les élus veulent développer un réseau de transports en commun performant et respectueux de l’environnement. Chamonix a testé, entre février et mars, trois cars de marques différentes fonctionnant au gaz naturel pour véhicules (GNV), via son opérateur Transdev Mont-Blanc bus, qui est également en charge du réseau Arv’i sur le territoire de plaine de Cluses Arve et montagne. Les résultats sont positifs, tant sur le fonctionnement de la station de compression destinée à alimenter en gaz les véhicules, que sur les cars eux-mêmes.

Ceux-ci ont démontré leur capacité à répondre aux exigences en altitude. La prochaine étape consiste à mener une étude de faisabilité au niveau du dépôt pour installer une station de compression et stocker les bus en fin de service, avec l’objectif d’intégrer une quinzaine de véhicules au GNV d’ici 2021. Cette stratégie intéresse les communautés de communes du territoire, dont celle du Pays du Mont- Blanc (CCPMB), mais aussi Cluses Arve et Montagnes (2CCAM), et l’intercommunalité du Pays Rochois (CCPR).

Actuellement, la CCPMB dispose du réseau de transport à la demande Montenbus, avec des trajets possibles dans les dix communes de son territoire. Un système équivalent existe sur le Pays Rochois avec Proxim’iTi et regroupe quatre communautés de communes dans un syndicat mixte : CCPR, 4 Rivières, Arve et Salève, Faucigny-Glières.

“DANS UNE VALLÉE SATURÉE PAR LE DIOXYDE D’AZOTE, LES INTERCOMMU- NALITÉS VEULENT DÉVELOPPER UN RÉSEAU ÉCOLOGIQUEMENT RESPONSABLE.”

Solutions variées

La 2CCAM s’est quant à elle dotée d’un service de transport en commun interurbain, Arv’i, pour ses communes du bas depuis septembre 2017, reliées entre elles grâce à cinq lignes qui vont jusqu’à la gare de Marignier. Dans une vallée saturée par le dioxyde d’azote, ces intercommunalités veulent développer un réseau écologiquement responsable avec un maillage territorial correspondant aux besoins quotidiens des habitants, en particulier les déplacements domicile-travail.

La démarche de Chamonix pourrait être dupliquée à condition de créer une station gaz sur le territoire de la 2CCAM, le Pays Rochois disposant d’ores et déjà de la sienne à Saint- Pierre-en-Faucigny. Au-delà, les élus agissent pour développer les modes de déplacement doux, via la création d’un réseau cyclable sur tout le territoire ou en optimisant leurs réseaux avec la SNCF.


Par Éric Renevier et Sandra Molloy

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

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