Marais de Chautagne : un fossé qui se creuse

par | 23 Sep 2021

Deux syndicats agricoles ont fait savoir leur mécontentement lors de l’inauguration des travaux de renaturation des marais de Chautagne. Ils réclament davantage de compensations.

« Opération de vernissage écologique », « gabegie de foncier agricole », agriculture « effacée » … Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles des Savoie (FDSEA) et Jeunes agriculteurs (JA) des Savoie ont-ils frappé un peu fort sur leur clavier d’ordinateur en rédigeant leur communiqué de presse commun lors de l’inauguration, fin août, des travaux de renaturation des marais de Chautagne ? Toujours est-il que quelques semaines plus tard, leur représentant local, le viticulteur Pierre Abry, se veut plus nuancé, même s’il dénonce des dysfonctionnements. « Nous ne sommes pas contre le principe de la renaturation, dit-il, nous ne sommes pas dans l’opposition frontale et il ne faudrait pas nous faire passer pour les pollueurs ! »

Petit retour en arrière. En 2015, la commune de Chindrieux, propriétaire de cette parcelle de 60 hectares située dans la partie sud du marais, en récupère la jouissance après qu’elle a été utilisée pendant des décennies pour la culture du maïs. Elle veut la renaturer et confie cette mission au Conservatoire d’espaces naturels (CEN) de Savoie. Dès 2016, les études préalables commencent, assorties d’une large concertation associant d’emblée, entre autres, les représentants de la Chambre d’agriculture. Un double objectif émerge : « retrouver un fonctionnement optimal de la zone humide d’un point de vue hydraulique et écologique ; mettre en place une valorisation agroenvironnementale compatible avec la nature et le degré d’humidité du sol », tel qu’énoncé par le CEN.

Des essais de culture ont été effectués dans la plantation de peupliers de l’ONF. Crédit photo : Chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc.

« Les responsables locaux de la Chambre d’agriculture avaient demandé que tous les drains ne soient pas rebouchés, se souvient Pierre Abry. Or, nous constatons que tous les fossés ont été comblés. » La parcelle se transforme en prairie humide censée fournir du fourrage aux agriculteurs. « Le problème, poursuit le vigneron, c’est que ces fourrages ne sont pas de bonne qualité, car trop humides. Ils sont difficiles à récolter et à faire sécher. A titre d’exemple, cet été, on n’a pas pu les couper avant le 20 août ! » Le CEN oppose à ces arguments techniques les volumes récoltés : 320 tonnes de matière sèche en 2020, 108 tonnes en 2021 ; ainsi que le nombre d’agriculteurs concernés (trois exploitants en 2020, deux cet été).

Pour compenser la perte de ces terres, les agriculteurs obtiennent, en 2019, la possibilité de tester de nouvelles formes agricoles en Chautagne, dont l’agroforesterie dans la peupleraie de l’Office national des forêts. Des essais sont effectués en fourrages, céréales, pommes de terre, butternut… « Ce n’est pas terrible pour les céréales car il y a beaucoup de résidus de branches », détaille l’agriculteur. Surtout, il dénonce un tarif de location à l’ONF bien trop élevé pour que ce soit rentable.

« Finalement, conclut-il, la renaturation représente pour nous une perte nette de 60 hectares de cultures, soit l’équivalent d’une exploitation savoyarde moyenne. Ce n’est pas neutre ! » A l’heure où le foncier agricole s’évapore au profit d’une urbanisation galopante, les syndicats agricoles entendent bien bénéficier d’autres compensations de surfaces en Chautagne. « Des réflexions sont en cours », tempère finalement Pierre Abry.

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RENATURATION DU MARAIS

  • 60 ha de zone humide restaurée
  • 23 km de fossés comblés
  • 2,5 ha de milieux aquatiques créés
  • 1,1 ME de travaux
Céréales, fourrages, légumes… plusieurs tests ont été conduits. Crédit photo : Chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc.

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