Marie Rigaud : « Nous faisons du capital risque artistique en permanence »

Marie Rigaud : « Nous faisons du capital risque artistique en permanence »

Voilà 22 ans que le Printemps de Pérouges rassemble la population du département et d’ailleurs, autour de concerts variés. Le festival entend contribuer à la dynamique économique du territoire. Rencontre avec Marie Rigaud, directrice et fondatrice de l’événement.

Comment est né le Printemps de Pérouges ?
Le Printemps de Pérouges a 22 ans d’existence. Il a démarré dans la cité médiévale de Pérouges par une promenade dominicale et par une carte au sucre qui m’a donné envie de valoriser la cité médiévale de Pérouges. Au départ, il s’agissait d’un festival de musique classique qui se déroulait dans l’église de Pérouges. A la genèse du festival, l’organisation fonctionnait sous le régime associatif qui est toujours le cas aujourd’hui. Étant porteuse du projet du festival, je me suis entourée de quelques personnalités locales dans cette démarche. Quoi qu’il en soit, le festival est né d’une initiative privée, et le Printemps de Pérouges reste un événement relativement libre et indépendant.
Plutôt que d’offre culturelle, je préfère parler de divertissement. C’est du spectacle public populaire, avec l’idée d’un rassemblement, plus que d’une volonté de diffuser la culture. Le Printemps de Pérouges est ancré dans le département. Et pour cause, il a déjà 22 ans. Toutefois, rien n’est jamais acquis, nous avons encore un public à approcher. L’enjeu n’est pas de faire la course du plus grand nombre d’entrées dans le département mais nous avons un rôle à jouer dans la dynamique du territoire.
Comment la programmation a évolué de la musique classique vers d’autres genres musicaux ?
L’évolution a eu lieu naturellement, d’abord par l’élargissement de nos propres envies musicales, car c’est un événement personnalisé. Nous n’effectuons pas nos choix à partir de thématiques et de carcans artistiques. Au contraire, nous préférons un élargissement volontaire libre de ton et d’expression selon les années, les découvertes et les inspirations. Rester cantonné à la musique classique dans l’église de Pérouges et à la valorisation de patrimoine historique, cela manquait de saveur et nous avons souhaité investir des lieux plus atypiques et insolites pour donner de la matière à notre métier et nous démarquer des autres événements locaux et régionaux.
Comment anticipez-vous le festival d’une année sur l’autre ?
Le changement d’envergure et la nouvelle dynamique du festival depuis deux ans, nous imposent un rythme plus soutenu, notamment depuis que nous avons investi le terrain du polo club de la Plaine de l’Ain. Le Printemps de Pérouges a connu une première vie jusqu’à sa 20e édition et une deuxième vie a vu le jour suite au 20e anniversaire du festival et la venue de Johnny Hallyday en 2016. Notre présence sur le site du polo club a changé notre façon de travailler. Désormais, sans le vouloir vraiment, nous nous fixons des objectifs et une pression particulières. Nous sommes passés à une autre dimension, de 300 à 400 personnes par soir à 15 000 personnes. Nécessairement, nous faisons face à de nouveaux challenges. La version du Printemps de Pérouges telle que nous la connaissons aujourd’hui a connu une évolution que nous souhaitions, mais qui ne ressemble plus à la version initiale du festival.

« Le polo club se situe à la jonction de nos deux savoir-faire : la programmation artistique et notre modèle économique tournée vers les entreprises privées. »

Comment choisissez-vous les lieux de concert ?  
Cette année, nous nous attachons à développer le lieu du polo club qui va devenir définitivement le lieu favori/emblématique du festival. C’est un lieu qui nous permet d’accueillir 15 000 personnes, qui a une position stratégique en plein cœur de la Plaine de l’Ain et au centre du Parc industriel de la Plaine de l’Ain. C’est un lieu qui est à la jonction de nos deux savoir-faire : la programmation artistique et notre modèle économique tourné vers les entreprises privées. Le Polo club est le lieu idéal pour symboliser l’ADN du festival. Il nous permettra une marge de développement importante dans les années à venir, et c’est aussi grâce à ce site que le festival est devenu un événement artistique d’ampleur dans le département puisque nous avons accueilli 45 000 spectateurs l’année dernière.
Nous avons aussi préservé deux lieux de taille moyenne pour ne pas essentiellement miser sur l’industrie musicale massive : la ferme de Rapan et le château de Chazey-sur-Ain. Ce sont des sites que nous sollicitons déjà depuis plusieurs années pour préserver notre originalité et assurer un contraste entre les grands rassemblements et les rendez-vous plus intimistes appréciés du public, qui rappellent aussi l’histoire du festival.
Et le choix des têtes d’affiche ?
Nous suivons parfois les tendances du moment, d’où le hip hop cette année. C’est le style musical plébiscité par les jeunes. Mais nous programmons aussi aux coups de cœur, il nous faut aussi des valeurs sûres, pas uniquement des jeunes débutants qui font l’actualité, mais aussi des anciens qui ont de la bouteille et de l’expérience.
Quelle relation le festival entretient-il avec ses partenaires ?
Nous avons des relations privilégiées et précieuses avec les entreprises (une centaine) puisque 50% de notre financement provient du mécénat et du sponsoring. Les montants de participation fluctuent d’une année sur l’autre selon l’affiche, l’état et la santé financière des entreprises. C’est un budget fragile et nous devons être force de proposition. Nous avons encore beaucoup d’entreprises à convaincre avec une marge de progression possible, c’est rassurant. L’organisation du Printemps de Pérouges s’apparente à la gestion d’une entreprise. Depuis la genèse et jusqu’à présent, le festival fonctionne sous le régime associatif. C’est un modèle économique rare qui existe chez nous depuis le début, étant donné que le festival a été porté par une initiative privée et non par des subventions publiques (moins de 10% du budget). C’est la raison pour laquelle il nous a fallu imaginer un mode de financement. Celui de subsides privés s’est imposé naturellement d’autant plus que nous portons la fibre entrepreneuriale au sein de l’équipe du festival.
Marie Rigaud, Printemps de PérougesDans quelle mesure le Printemps de Pérouges est-il rentable ?
Nous avons un budget réalisé en 2017 de 3,4 millions et qui est équilibré. C’est un festival dont le budget a été correctement géré depuis vingt ans, sans se mettre en difficulté financière. Cela nous permet d’être sereins. Néanmoins, chaque année on se remet en question et on repart de zéro quand même. Nous sommes en permanence en zone d’incertitude totale. Nous faisons en sorte que tout aille bien nous n’avons pas le choix, nous sommes attentifs à la progression de la billetterie, aux mouvements parmi nos partenaires (90% de taux de renouvellement chaque année), pour que, lorsque le festival arrive, nous soyons déjà plus ou moins assurés d’être à l’équilibre. Nous sommes vigilants à notre ligne budgétaire. C’est un festival pérenne qui a fait ses preuves, mais nous ne sommes pas non plus à l’abri d’un accident. Nous faisons du capital risque artistique permanent.
Qui compose l’équipe du festival ?
Le président est Dominique Saint-Paul, c’est un ami de longue date du festival, membre de l’équipe originelle. Ensuite, il y a une fratrie à la direction. Nous sommes trois sœurs : Anne-Lise et Elsa. Sans oublier trois autres salariés. Nous sommes une équipe de 6 permanents, un noyau dur de 60 bénévoles à l’année relayés par 200 bénévoles supplémentaires pour les grosses dates au polo club. Le festival créé environ 200 emplois temporaires (intermittents du spectacle). Nous faisons aussi marcher l’économie locale puisque le volet touristique entre en ligne de compte avec l’afflux de visiteurs.
Qu’est-ce qui vous plaît tant dans votre métier ?
Ce qui me passionne, c’est d’abord l’humain, rencontrer du monde. C’est réjouissant. Et la musique, bien sûr. Les concerts, la musique, la rencontre entre les artistes et le public, l’accueil du public autant que l’accueil des artistes. Je garde en mémoire le public de Johnny Hallyday que l’on aura rencontré deux années de suite, et qui nous a marqué presqu’autant que la rencontre avec Johnny Hallyday lui-même. C’est beau de rencontrer un peuple français qui a une vibration pour des artistes et qui a une vraie attente. Il y a aussi une reconnaissance envers nous, dont le métier est d’amener du son, de la lumière et leur idole sur scène.


Les nouveautés de la 22e édition

« Nous mettons en place un camping au polo club après le concert de Martin Solveig et les soirées hip-hop, annonce Marie Rigaud. Il y a une thématique forte proposée à la ferme de Rapan cette année, autour de la country et du western avec une offre culinaire. Ce sont des petits détails sur lesquels nous nous penchons pour proposer autre chose que des concerts. On essaie de se développer sur ces points-là. »


Propos recueillis par Sarah N’tsia

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