Matières premières : fortes tensions sur les prix

par | 14 Sep 2021

Les prix des métaux ferreux et non-ferreux ont battu des records ces derniers mois, avec comme conséquence un impact sur les approvisionnements et les chaînes de production des sous-traitants.

La panne économique majeure causée par la crise de la Covid en début d’année 2020 a eu des effets en cascade sur tous les secteurs, et en particulier sur le prix de toutes les matières premières. « La conjoncture est particulièrement tendue. C’est incontestable.

Avec la pandémie, il y a d’abord eu une chute de prix des matières premières et un point bas atteint aux alentours de mars 2020 », retrace Philippe Chalmin, fondateur de l’institut CyClope qui publie chaque année un rapport sur les marchés mondiaux des matières premières et commodités, « de l’ananas au zirconium ».

« La surprise est venue de la vigueur de la reprise et de la demande en matières premières qui en a découlé », ajoute le professeur d’histoire économique à l’université Paris-Dauphine. Le redémarrage de l’activité a été plus fort que ce qu’on imaginait, grâce notamment aux mesures de soutien à l’économie qui ont maintenu les entreprises sous perfusion, et aux plans de relance nationaux.

L’appareil de production des matières premières, dans un secteur qui souffre depuis des années, a été bien en peine pour relancer la machine et dans l’incapacité de suivre le rythme. « Il y a eu une véritable explosion des prix, aussi bien des métaux ferreux que non-ferreux », confirme Charles Plancher, dirigeant de la société bonnevilloise de négoce Plancher SA.

En conséquence, les délais d’approvisionnement se sont considérablement accrus, obligeant les négociants à prévoir davantage de stock et à anticiper les commandes pour répondre à la demande. La forte demande nourrissant la hausse des délais, dans un cercle vicieux sans fin.

“La surprise est venue de la vigueur de la reprise et de la demande en matières premières qui en a découlé.”
Philippe Chalmin

Le driver chinois

La reprise a été particulièrement significative en Chine. L’activité y est repartie à plein volume dès juillet 2020. Mais le leader asiatique a dû faire face à une forte demande interne dès le printemps 2020, suivie par une demande hors de ses frontières qui n’a pu être satisfaite que dans un second temps. « La Chine produit plus de la moitié de l’acier mondial. Mais elle a dû réduire ses exportations d’acier pour satisfaire sa demande intérieure », synthétise Philippe Chalmin.

Comme la Chine est le principal moteur de la production et de la consommation de métal, les montants se sont envolés au fil des mois. De fortes tensions sur le prix du fer sont apparues dès l’automne dernier, puis sur l’acier – qui se négocie actuellement à 1 300 dollars la tonne pour la nuance de base – et enfin sur les métaux non-ferreux, en début d’année 2021. Les marchés ont assisté à un retour aux niveaux de prix d’avant la pandémie, voire plus élevés sur le fer, l’acier, le cuivre et l’étain, où des records ont été battus, avec un pic à la veille de l’été.

Dans un contexte de reprise d’activité, les rythmes de production de l’industrie française ont été fortement impactés, avec d’importantes ruptures des chaînes d’approvisionnement soulignant une des faiblesses de l’économie française et européenne antérieure à la crise sanitaire : une forte dépendance aux ressources étrangères, combinée à une politique du moindre stock. Selon une note de conjoncture du MEDEF 74 du deuxième trimestre 2021 (publiée en juillet), 86 % des entreprises sondées, tous secteurs confondus, ont été impactées dans leurs achats de matières premières, et 81 % déclarent avoir été gênées dans leur production.

Plus de la moitié d’entre elles n’ont pas répercuté la hausse des matières premières sur leur prix de vente durant cette période. En cette rentrée, il y a toujours des goulets d’étranglement et des inquiétudes dans un contexte où l’activité industrielle semble ralentir.

Éclaircies en perspective ?

« À mon avis, et je ne suis pas le seul à penser ça, nous sommes toujours dans une phase de rattrapage. Les prix vont commencer à baisser », analyse Philippe Chalmin, qui entrevoit une période « d’atterrissage en douceur et de digestion des hausses », dans la mesure où la croissance chinoise se fait un peu moins dynamique. Du côté des négociants et de leurs clients, des craintes subsistent. « Nous ne sommes pas maîtres de tout », admet Charles Plancher, qui garde un oeil sur l’actualité internationale pour glaner des indices utiles pour mettre en place la bonne stratégie.

« Il y a une pénurie programmée de bauxite et les prix de l’aluminium s’envolent. Le cuivre est à presque 9 000 dollars la tonne actuellement. Nous n’avions pas l’habitude de voir ça. Quand il y avait des pics, ils ne duraient pas plus de quelques jours d’habitude », observe-t-il, craignant encore des hausses dans les mois à venir. « Nous sommes entrés dans un monde instable », résume Philippe Chalmin.

« Les industriels qui utilisent l’acier doivent avoir une gestion active de leur risque matière première. Les prix ne se stabilisent jamais. Ils changent tout le temps. La seule prévision honnête que je puisse faire avec certitude, c’est que demain sera différent d’aujourd’hui ! Dire autre chose nous fait rentrer dans le champ de l’incertitude. »

Production

La hausse des prix a été bénéfique aux industries sidérurgiques qui ont pu un peu souffler après des années de marges très réduites voire négatives. « La situation est un peu meilleure, même si la sidérurgie européenne reste en mauvais état », constate Philippe Chalmin. Durant le confinement, des fours ont été mis à l’arrêt en Europe et n’ont pas été relancés : les entreprises de sidérurgie ont intérêt à maintenir une activité réduite pour conserver des marges acceptables avec des prix suffisamment hauts.

Semi-conducteurs : le marché automobile au ralenti

Toyota a d’ores et déjà annoncé une baisse de 40 % du nombre de véhicules assemblés à la rentrée en passant de 900 000 à 500 000 unités à cause de la pénurie en composants électroniques. Liées à la crise sanitaire et aux fortes demandes sur les produits informatiques et aux tensions entre Chine et États-Unis notamment, les tensions sur les composants électroniques touchent tous les constructeurs automobiles les uns après les autres. La situation a peu de chance de s’améliorer avant six à douze mois, selon Reichelt Elektronik, l’un des plus grands distributeurs en Europe.

Un point de vue partagé par d’autres acteurs du secteur. L’Union européenne se mobilise pour créer une alliance industrielle réunissant les grands acteurs du secteur, entreprises et centres de recherche. La Commission européenne a dévoilé, au printemps dernier, sa stratégie pour réduire la dépendance des pays membres dans le domaine des technologies avancées. L’objectif est de doubler le niveau de production en passant de 10 à 20 % de parts du marché mondial d’ici à 2030.


Sandra Molloy


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