Matières premières sous haute tension

par | 13 avril 2021 à 10H38

Plastique, cuivre, zinc et plus encore, aciers et semi-conducteurs… De l’industrie au bâtiment, s’approvisionner devient de plus en plus délicat, voire impossible.

Renault Trucks à Bourg-en-Bresse a arrêté la production et placé quelque 1 200 salariés au chômage partiel, depuis le 1er avril jusqu’au 21. Rien à voir avec un problème de commandes. « Une pénurie de pièces rend impossible le montage des camions, explique-t-on du côté du service communication du groupe. Comme tous les industriels de l’automobile, de la téléphonie et de l’informatique, nous avons des difficultés à nous fournir en semi-conducteurs. En attendant, nous travaillons à sécuriser notre date de reprise. Et nous profitons de l’arrêt de la production pour réaliser des chantiers d’amélioration de l’ergonomie et de la sécurité, ou pour conduire des opérations de maintenance. »

Production et logistique désorganisées

Chez l’équipementier EFI Automotive, spécialiste des capteurs pour l’automobile à Beynost, on n’en est pas au chômage partiel, mais on confirme des problèmes de ruptures sur un certain nombre de composants. En cause : la covid et les désorganisations qu’elle a entraînées sur les chaînes de production et sur la logistique. « Une cellule de crise a été créée pour gérer la question. Avant, nous donnions nos prévisions de commandes à six mois, nous sommes passés à 18. » Et l’ensablement d’un porte-conteneurs dans le canal de Suez n’a rien arrangé.

Le problème vaut pour toute l’industrie et concerne l’ensemble des matières premières. « D’après les retours de nos adhérents, il est très compliqué voire impossible de se fournir en composants électroniques. Pour le reste, c’est compliqué également, mais en payant le prix fort, on arrive à se faire livrer », constate François Perrier, président de l’UIMM de l’Ain, pour qui cette situation était prévisible. « En désorganisant l’outil de production, l’épidémie de Covid n’a été que le révélateur de nos dysfonctionnements. Les États-Unis et la Chine connaissent aujourd’hui une très forte reprise qui assèche l’offre, tandis que la France et l’Europe sont très dépendantes de ressources étrangères. Il est naturel que les pays producteurs se servent en premier. Or, il y a bien longtemps que nous n’avons plus de mines, de manufactures (la preuve par la pénurie de masques au début de la crise) ou de capacité à produire des biens high-tech, comme les médicaments ou l’électronique. Et en plus, la mode dans les grandes entreprises est au zéro stock. Bref, tous les éléments étaient réunis pour que nous ayons à vivre des pénuries. De fait, nous assistons à une reprise inflationniste. Il faudrait que l’Europe prenne conscience du problème et lance un grand plan d’investissements pour réduire notre dépendance à l’extérieur. »

Des prix en hausse de 30 % et plus

Les tensions sont très fortes également pour le bâtiment et les travaux publics. « Cuivre, zinc, bois, matières plastiques… Nous assistons à une hausse globale et sensible de l’ensemble des matériaux, avec des hausses de prix jusqu’à 30 % et au-delà, relève Pierre Convert, président la fédération BTP Ain. Cela a commencé sur l’acier, en fin d’année dernière, en raison de l’arrêt de 50 % des hauts-fourneaux, en lien avec la crise sanitaire. La baisse d’activité a été moins longue que les sidérurgistes l’avaient prévue. Et nous nous trouvons à présent confrontés à un problème d’offre, avec une production qui ne reviendra pas à la normale, avant septembre, selon les métalliers. » Plus ennuyeux encore que la flambée des prix, le secteur doit lui aussi faire face à des ruptures. Pierre Convert cite l’exemple des chaudières murales dont les délais de livraison se comptent désormais en mois. « Imaginez la situation d’un chauffagiste censé équiper tout un lotissement ! » Et alors que les chantiers s’étaient peu arrêtés avec la crise sanitaire, certains se trouvent aujourd’hui stoppés.

Une offre asséchée

La covid n’est d’ailleurs pas seule en cause dans cette situation. Les taxes imposées par l’administration Trump sur les imports de bois canadiens aux États-Unis (où la maison bois représente 90 % des constructions) ont réorienté une partie de la demande sur les produits européens. Outre-Atlantique, les prix ont triplé. Et cette inflation se répercute chez nous. Comme de surcroît, la Chine capte, elle aussi, une partie de la production hexagonale, il devient difficile de s’approvisionner en bois d’œuvre.

La solution ? Négocier avec les clients le partage du coût de la hausse, notamment en faisant appliquer les clauses de révision des marchés publics. La fédération du bâtiment accompagne juridiquement ses adhérents pour leur épargner des pénalités de retards et fait du lobbying auprès du ministère de l’Économie pour que cette mesure soit généralisée.


Les conséquences d’une gestion financière de la crise ?

Pour Vincent Gaud, président de l’ex-Chambre de métiers et de l’artisanat de l’Ain à présent régionalisée, c’est clair : « Les grandes entreprises ont fait de la covid une gestion financière, en fermant leur outil, puis en diminuant leurs capacités de production, parce qu’elles ne savaient pas trop ce qu’il allait se passer. Aujourd’hui, elles en profitent pour augmenter leurs prix. Je m’intéresse à la presse économique et je note que les grands groupes affichent de superbes bilans 2020. Nous, on se retrouve face à des problématiques d’approvisionnement sur le polystyrène, le PVC, le cuivre, dont le prix est en train d’exploser… Les délais de livraison s’allongent. » Et l’élu de la Chambre d’avancer une autre explication : le manque d’autonomie du pays. « L’Europe et la France n’ont pratiquement plus d’industrie, déplore-t-il. Comme nous ne sommes plus souverains, on nous impose des prix depuis l’étranger. »


1 000 $/Mbf

Le bois d’œuvre a connu dernièrement aux États-Unis un pic à 1 000 $/Mbf (mille pieds-planches, une unité de mesure équivalente à 2,36 m3).

400

L’indice des prix des métaux ferreux importés était de 400 en janvier 2021, si l’on prend pour base 100, les tarifs en janvier 2016.


Par Sébastien Jacquart

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