Dénonçant un projet qui concurrence le Léman Express, la ville de Genève a décidé d’intenter une action judiciaire contre cette infrastructure censée désenclaver le Chablais.

Bien que le projet de construction de l’autoroute Machilly-Thonon en Haute-Savoie ne concerne pas son territoire, Genève est déterminée à le stopper. Avec plusieurs associations écologiques, la Ville monte actuellement un dossier auprès d’un cabinet d’avocats parisien spécialiste du droit environnemental. Selon la Tribune de Genève, il s’agirait du cabinet Huglo-Lepage, fondé par l’ancienne ministre française de l’Environnement Corinne Lepage. Selon Philippe d’Espine, chargé de l’information du Conseil administratif de la ville (équivalent du conseil municipal), le collège juge que cette nouvelle infrastructure serait en concurrence avec le Léman Express, dont le lancement a eu lieu en décembre dernier.

En gestation depuis 20 ans

Cette action intervient alors que le premier ministre Édouard Philippe a signé le 24 décembre le décret qui déclare d’utilité publique cette liaison autoroutière. Les opposants ont jusqu’au 24 février pour se manifester auprès de ce cabinet avant que le recours ne soit déposé contre le décret d’Édouard Philippe. Le projet d’autoroute A412, qui doit relier Annemasse à Thonon-Les-Bains avec trois échangeurs à Machilly, Anthy-sur-Léman et Perrignier, n’en est pas à ses premiers déboires. Censé désenclaver le Chablais, il est à l’étude depuis le début des années 2000 et sa construction a été plusieurs fois retardée pour des raisons de coûts ou environnementales.

En 1995, le Conseil d’État avait par exemple annulé la déclaration d’utilité publique, jugeant le projet trop onéreux. C’est en revanche la première fois qu’un pays tiers tente de bloquer ce projet. Jean-Christophe Bernaz, secrétaire de l’association Oui au désenclavement du Chablais, est furieux, déclarant au Temps : « De quoi se mêlent les Suisses ? C’est de l’ingérence internationale. » Parmi le Conseil administratif de la Ville de Genève, un membre partage cet avis, le démocrate-chrétien Guillaume Barazzone.

« Nous ferions mieux de nous occuper de problématiques locales, a-t-il indiqué à la Tribune de Genève. Ce n’est pas à la Ville de Genève de s’immiscer dans des dossiers qui dépassent ses compétences. Ce projet devrait être discuté entre la Confédération et la France, à la limite entre le canton et ses homologues français. » Pour autant, ce discours n’est pas représentatif de l’opinion des autorités genevoises.

En plus de leur opposition au projet d’autoroute, elles souhaitent également s’opposer au développement de la centrale nucléaire du Bugey, dans l’Ain, qui prévoit la construction de deux réacteurs de troisième génération. La Ville et le canton ont donc décidé de saisir le Tribunal de grande instance de Paris, citant un danger pour leur population en raison de sa proximité.


Par Romain Fournier


Cet article est paru dans votre magazine ECO Savoie Mont Blanc du 17 janvier 2020. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, vous pouvez vous abonner ici.