Biologiste, chercheuse en écologie aquatique et aujourd’hui secrétaire générale de la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL), Nicole Gallina a construit un parcours atypique entre voyages et science de l’eau. Elle s’impose aujourd’hui comme l’une des voix clés de la coopération transfrontalière autour du Léman.
Rien n’arrête Nicole Gallina. Ou en tout cas pas grand’chose ! « J’ai un parcours personnel assez rythmé », dit-elle en riant. Ce qui se traduit concrètement par un périple de trois ans sac à dos en Amérique du Sud et en Amérique centrale après la maturité avant de commencer l’Université de Genève dont elle sort avec un master en biologie, suivi d’un doctorat et deux post-doctorats dont l’un effectué en Nouvelle- Zélande.
« Je suis née à Lucerne, au bord du magnifique lac des Quatre Cantons donc l’eau m’a toujours inspirée, ditelle. Mes trois ans à voyager m’ont permis de réaliser que j’étais très proche de la nature. Je savais que je voulais retourner en Suisse et étudier la biologie. J’étais cette étudiante déjà plus âgée que les autres au premier rang à huit heures du matin. »
Un engagement qui ne la quitte jamais. Alors que ses enfants ont 6 et 10 ans, avec un doctorat d’impact des changements climatiques sur la qualité des eaux subalpins, elle part avec eux en Nouvelle-Zélande pour faire son post-doctorat, « une occasion unique de travailler avec le professeur David Hamilton qui est l’un des plus grands spécialistes de la modélisation des écosystèmes lacustre, dit-elle. Mes enfants étaient petits et beaucoup de gens m’ont dit que ce n’était pas raisonnable, d’autres qu’ils n’oseraient pas le faire. »
Mais le retour en Suisse, en 2014, s’avère difficile. « Les postes dans l’eau sont extrêmement rares. » Elle rejoint alors l’Université de Genève comme collaboratrice scientifique et effectue un deuxième post-doctorat en lien avec le climat et les lacs.
Une trajectoire scientifique devenue transfrontalière
En 2023, elle est nommée secrétaire générale de la CIPEL. « Si on m’avait demandé il y a dix ans où je serais aujourd’hui, je n’aurais jamais oser penser être à la CIPEL. Et pourtant, j’y suis, et j’en suis très, très contente », confie-t-elle. Derrière cette fierté, il y a aussi la conscience d’hériter d’une structure solide, fruit de décennies de coopération entre la Suisse et la France autour du Léman et son bassin versant. Dans ce cadre transfrontalier exigeant, elle découvre un autre langage institutionnel.
« Il y a deux manières totalement différentes de fonctionner entre la France et la Suisse. Il faut apprendre à composer avec ces cultures administratives, mais au final, on arrive toujours à trouver un dialogue riche et un consensus. Et ça, c’est assez formidable. » La CIPEL s’inscrit ainsi comme un outil rare de gouvernance transfrontalière partagée autour du Léman, Un espace de dialogue où la communauté scientifique, les collectivités publiques et les responsables politiques des cinq territoires concernés (Genève, Vaud, Valais, Ain et Haute Savoie) analysent les données, discutent des résultats et échangent afin de prendre ensemble de bonnes décisions pour protéger les eaux lémaniques. Nicole Gallina insiste du reste sur cette dimension collective.
« On est autour de la même table, et on on avance ensemble La diversité des réflexions et le respect mutuel sont des atouts primordiaux. L’envie de s’engager pour cette ressource vitale et inestimable y est. » Mais au-delà de la technique et de la coopération internationale, elle observe aussi la place des femmes dans ces sphères transfrontalières. « Nous sommes encore souvent minoritaires dans les sphères les plus opérationnelles ou décisionnelles. Mais les choses changent. »
Pour elle, cette évolution reste indissociable de son propre parcours. Celui d’une scientifique devenue responsable institutionnelle, mais aussi d’une femme ayant traversé les contraintes de la recherche, de la mobilité internationale et de la maternité. « On attend souvent des femmes qu’elles assurent tout en même temps. C’est une réalité encore très présente. »
Odile Habel
Cet article est issu de notre magazine L’Extension Été 2026, disponible gratuitement au format liseuse en ligne >









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