Du 26 au 28 janvier, à Alpexpo Grenoble, Sport Achat 2026 a rassemblé fabricants et marques de l’outdoor venus présenter les nouvelles collections hiver 2026-2027.
Comme chaque année, tous les grands acteurs de la filière des sports de pleine nature s’étaient donné rendez-vous à Sport Achat, salon professionnel organisé par l’agence annécienne Sportair à Alpexpo Grenoble. Et lors de cette édition, qui compte +5 % d’exposants sur 22 000 m2, les visiteurs, plus nombreux, avaient fait le déplacement depuis la France et l’Europe limitrophe (Benelux, Italie, Suisse, Andorre, Espagne et pays de l’Est).
« Le nombre d’étrangers préinscrits a été multiplié par quatre, représentant 10 % du total », se réjouit Mathieu Kurtz, le directeur général de Sportair, qui a entamé un vrai travail de fond en 2025, en envoyant ses équipes à la rencontre des marques et détaillants sur les principaux événements européens (Italian Outdoor Festival à Milan, Outdoor Business Days de Riva del Garda en Italie…) pour présenter Sport Achat.
Avec l’ambition affichée d’en faire le premier salon de l’outdoor et du ski en Europe, « même s’il l’est déjà en termes de volume de marques », dit-il. Pour cela, l’organisateur a aussi investi dans la communication et les médias BtoB à l’international, et recruté trois personnes.
« Nous avons une vraie carte à jouer, et encore un gros potentiel, dans la mesure où il n’existe plus de salons équivalents en Europe et que l’industrie de l’outdoor a besoin de se rencontrer », conclut le dirigeant.

Les tendances en magasin
Côté conférences, la programmation portait sur des sujets d’actualité, comme la transmission des entreprises, l’IA, la transition en montagne, le logement des saisonniers… L’occasion pour l’USC, rebaptisée Union des entreprises sport & cycle, de dévoiler les tendances d’activité du début de l’hiver 2025-2026 dans les magasins de sport en station. Et elles sont globalement positives dans les massifs français. Au 2 janvier, la location y progresse de 5 %, quand les ventes baissent de 3 % (mais +1 % dans les Alpes du Nord), contre respectivement +15 % et +11 % à la même période l’an dernier.
Zoom sur des entreprises en Pays de Savoie
Kimberfeel accélère

La marque de chaussures “outdoor” Kimberfeel, fondée en 1956 par Alain Laravoire à Villaz (74), accélère le pas. « La conception et le design de nos produits sont réalisés sur site, en Haute-Savoie, et la production est sous-traitée en Asie et en Europe (au Portugal et en Roumanie) », explique Morgan Laravoire (photo), fils du PDG et directeur commercial de Kimberfeel et de Rivat (marque de chaussures de boxe rachetée en 2023).
La PME, qui renouvelle chaque année 20 % de ses gammes (130 modèles homme, femme et enfant), notamment l’urbaine, est présente à 70 % dans les magasins multimarques (Intersport, Au Vieux Campeur, Ekosport…) et à 30 % sur les sites en ligne comme Sarenza, Zalando ou Decathlon. Son réseau est constitué de 1 000 magasins en Europe, dont plus de la moitié en France.
Kimberfeel, qui génère un chiffre d’affaires 2025 de 5 M€ avec 17 salariés, réalise 60 % de ses ventes l’hiver et 40 % l’été (avec des accessoires de camping, des sacs à dos et des bâtons télescopiques). Son objectif : se déployer à l’export (25 % aujourd’hui) en participant à des salons – notamment à Liverpool, pour capter la clientèle britannique, et au Canada – et renforcer sa présence sur la toile. Elle vise une croissance de 10 % en 2026, malgré un durcissement du marché et la forte concurrence.
Amateis séduit et investit

Sur le stand d’Amateis, les rendez‑vous d’affaires s’enchaînent. Son directeur général, Nicolas Simond, en a programmé 80 sur trois jours. Ses produits, « accessibles et haut de gamme », séduisent. À commencer par les polaires et les vestes de ski qui représentent le gros des ventes. « Nous sourçons régulièrement de nouvelles matières », explique-t-il. La quasi-intégralité de ses marques performe : Vertigo Alpes (chaussures), Duvillard (chaussures et vêtements), Aulp (textile).
Concernant Degré 7, le fabricant a fait le choix de la différencier avec une nouvelle gamme de produits plus adaptés au marché. La production est sous-traitée en Asie, en Inde, mais aussi au Portugal et en Roumanie pour les produits haut de gamme.
Quant à la distribution, elle est assurée par près de 900 points de vente en France et 600 à l’étranger. Par ailleurs, le groupe poursuit l’ouverture de ses boutiques Aulp, avec une deuxième aux Deux-Alpes. « Le but est d’en créer une par an, dans les Alpes ou ailleurs », souligne Nicolas Simond.
Pour 2026, le CA prévisionnel d’Amateis (30 salariés) s’élève à 14 M€ (12,5 M€ en 2025). L’acquisition du showroom aux Glaisins (coût : 1,2 M€) a décalé la rénovation du siège (450 000 €), qui débutera en avril. « Et d’ici deux ans, avance le DG, nous ferons l’acquisition d’un autre entrepôt dédié à la logistique ».
CMP mise sur la polyvalence

Installée à La Motte-Servolex (73) depuis 2018, la filiale France du groupe italien Fratelli Campagnolo innove avec une nouvelle collection dédiée aux jeunes urbains et une nouvelle marque de vêtements féminins, Jeanne Baret, qui participent à sa montée en gamme.
Son dirigeant, Alexandre Roux ne tarit pas d’éloges sur les produits (2 800 références de chaussures, vêtements et accessoires), fabriqués notamment à Montebelluna et Bassano, évoquant un chiffre d’affaires 2025 en hausse à 7 M€ (contre 5,5 M€ en 2024), généré l’été (60 %) et l’hiver (40 %), avec seulement trois salariés.
« Le virage stratégique que nous avons pris paie et nos marques gagnent en influence sur le marché européen », dit-il. L’enseigne mise aussi sur le développement de boutiques “sport chic” (CMP stores) en franchise : outre les 75 en Italie, quatre ont ouvert en France, à Chamonix, Avoriaz, Val Thorens et à l’Alpe d’Huez.
« Trois autres seront créés l’an prochain, notamment dans les Aravis, car nous sommes convaincus que le client doit entrer dans le magasin pour acheter », glisse Alexandre Roux. D’autres verront le jour, en plaine cette fois, à Annecy et Chambéry. « D’ici cinq ans, nous visons dix points de vente en ville et en station, pour un chiffre d’affaires estimé à 10 M€ », anticipe le dirigeant.
Les ambitions de Zag

L’entreprise chamoniarde Zag se donne les moyens de ses ambitions et amorce un nouveau virage. Outre sa volonté de « réanimer l’industrie du ski », elle se démocratise tout en gardant un côté exclusif. « Nous avons divisé nos gammes par deux, avec aujourd’hui neuf modèles déclinés dans trois segments : rando (nous sommes leader européen avec notre gamme Ubac), freeride et tout-terrain », détaille son PDG, Éric Bascle.
Toutes sont désormais proposées à la location. « Nous avons signé dernièrement avec le groupe Skiset-Netski-Skimium (1 000 paires l’hiver prochain et 4 000 par la suite) et sommes en discussion avec Intersport », dit-il. S’y ajoutent des casques, commercialisés depuis janvier.
Après ce gros “nettoyage”, Zag Skis (12 salariés), qui compte 90 ambassadeurs, anticipe un CA de 6 M€ en 2026 (contre 3 M€ l’an dernier) et de 15 M€ en 2029. Pour l’heure, 85 % des ventes se font en magasin (500 dans le monde), sa cible, et 15 % sur son site web et dans sa boutique.
Par ailleurs, le spécialiste annonce une deuxième levée de fonds au printemps, supérieure à 3 M€ (après 3 M€ en 2025), pour accélérer sa croissance, doper sa notoriété et investir le marché nord américain. Il ambitionne aussi de relocaliser, d’ici dix-huit mois, une partie de sa production sur l’ancien site Dynastar à Sallanches, après le rachat des machines.
Arva-Nic Impex en croissance veut se désaisonnaliser

« Pour une première journée, mon impression est plutôt positive… Les stands sont beaux et l’offre de produits complète et attrayante. Avec la diminution des salons en Europe, Sport Achat a désormais toute sa place. Aux organisateurs de confirmer », sourit Patrick Giraudon, PDG d’Arva-Nic Impex, basée à Annecy.
Si le fabricant et distributeur (15 marques) a connu un très bon début de saison, grâce à des chutes de neige dès novembre qui ont dopé ses ventes, il déplore la surmédiatisation des accidents d’avalanche, pointant l’impact négatif sur la pratique. « En 2025, 22 personnes ont péri dans des avalanches, mais on dénombre 430 noyades et 109 décès », dit-il.
Côté business, tous ses marchés ont progressé. Le CA consolidé atteint 24 M€ hors taxe (contre 22 M€ en 2024), dont 55 % réalisés l’été et 45 % l’hiver. Arva, la marque de détecteurs de victimes d’avalanche, pèse 40 %. L’entreprise (45 salariés), qui vise la certification B Corp, envisage une acquisition externe pour se désaisonnaliser.
« Nous ciblons un fabricant de produits outdoortechniques, de préférence en France, Allemagne, Suisse ou Autriche », confirme Patrick Giraudon, qui va investir aussi dans un logiciel WMS (système de gestion d’entrepôt) pour augmenter sa productivité et livrer en 24 heures.
Reportage et photos de Patricia Rey









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