L’affichage au ban de la cité

par | 9 juin 2022 à 7H30

Une loi interdit les quatre par trois dans les villes de moins de 10 000 habitants au 1er janvier 2023. Ailleurs, à Bourg notamment, les règlements locaux de publicité tendent à en réduire encore le nombre.

«Même s’il peut être mal perçu, considéré comme une pollution visuelle, l’affichage présente un réel intérêt, en particulier pour une communication fixe. Par exemple, un centre de contrôle technique pourra se faire connaître de tous les automobilistes passant à proximité », argue Nathalie Cretin, gérante de l’agence burgienne de communication CComme. « Nous travaillons beaucoup en stratégie globale. Et dans ce cadre, l’affichage s’intègre parfaitement. Il est utile, en particulier, pour donner un grand coup de projecteur. » Et celle-ci d’évoquer la présentation qu’elle avait faite le 15 avril, devant son groupe BNI, d’une campagne de communication conduite pour développer la visibilité d’une entreprise de transport urbain, avec cinq visuels différents en quatre par trois (12 m²).

Pourtant, Nathalie Cretin le sait, les affiches publicitaires sont de moins en moins en odeur de sainteté. Les quatre par trois seront interdites par le Règlement national de publicité à partir de janvier 2023, dans toutes les villes de moins de 10 000 âmes, hors unités urbaines de 100 000 habitants et plus. Cela signifie qu’un paquet de panneaux vont devoir être retirés de la périphérie burgienne, plus d’une centaine pour les seules communes de Péronnas et de Viriat. À moins d’en réduire la taille à 4 m² et la hauteur à 6 m, au maximum. Dans le cas contraire, les afficheurs s’exposent à des amendes. « Ces derniers vont devoir revoir leurs stratégies, se repenser et s’organiser », observe la spécialiste de la communication.

En plus, comme de nombreuses villes en France, Bourg-en-Bresse a décidé d’aller plus loin et d’établir un Règlement local de publicité. Un RLP dont les enseignes sont toutefois exclues. « Pour nous, c’est l’un des moyens pour créer une ville apaisée, avec moins de pollution visuelle et sonore. Tout l’enjeu étant de trouver un équilibre entre cette volonté et les besoins des acteurs économiques locaux », justifie Thierry Dosch, adjoint à l’administration générale, aux finances et aux ressources humaines. « Par rapport au règlement national, nous allons relativement loin puisque de 131 espaces autorisés, nous passerons à 45, avec un zonage établi pour protéger au maximum le centre, les entrées de ville et les grands axes. Adopter un tel règlement permet de faire relever son respect de la police municipale. Sinon, c’est le droit national qui s’applique et le contrôle est du ressort de la préfecture. Sachant que les implantations sont soumises à autorisation et que l’on constate parfois des écarts entre le dossier déposé et la réalité, nous allons pouvoir faire vivre notre RLP. »

Concertations

Le thème a été travaillé en partenariat avec l’ensemble des communes de l’aire urbaine pour pouvoir traiter les entrées de ville en toute cohérence. « Chacune aura son règlement, mais il aura été concerté. C’est sans doute le plus important, l’image que donne Bourg à travers ses accès », note l’élu. Toujours dans un souci de cohérence, la municipalité burgienne s’apprête également à lancer un nouveau marché public concernant le mobilier urbain où elle s’imposera les mêmes règles à travers une réduction du nombre d’espaces. Enfin, les afficheurs ont été concertés aussi, à l’occasion de deux réunions, la deuxième à leur demande. « Ils ne sont pas vent debout. Les remarques ont d’ailleurs été peu nombreuses, au cours de l’enquête publique qui s’est achevée le 25 mai », constate Thierry Dosch. « Notre démarche s’inscrit de toute façon dans un mouvement assez général à l’échelon national, même si nous en avons fait un marqueur assez fort. »

Le fait est que les afficheurs burgiens ne se sont pas bousculés pour répondre aux questions d’Eco de l’Ain (lire en encadré). Rien ne s’oppose donc au calendrier de la mairie, qui prévoit un vote en septembre pour une mise en application deux ans plus tard. Les acteurs locaux du secteur auront ainsi le temps de s’adapter. « Ils peuvent notamment augmenter le nombre d’espaces en réduisant leur taille, la surface totale restant identique », souligne l’adjoint. À condition toutefois de respecter d’autres points, comme la distance minimale entre deux panneaux.

Adaptations

À défaut d’avoir les afficheurs locaux, nous avons pu joindre le siège de l’un d’entre eux. « On rebondit en achetant des espaces ou en en créant de nouveaux. On peut aussi les transformer pour les rendre légaux, réduire leur surface quand c’est possible ou rendre l’affichage mobile plutôt que fixe (avec des panneaux déroulants, NDLR) », explique notre interlocutrice. Et celle-ci de constater fataliste : « La publicité n’est plus dans l’air du temps et les panneaux sont de moins en moins nombreux. Entre la naissance d’un règlement et son application, il se passe en général deux à trois ans. Nous avons du temps pour nous retourner. Mais, cela constitue tout de même une perte de patrimoine. » Pour Thierry Dosch, toutefois, « ces évolutions vont permettre de renouveler la communication vers un affichage plus joli, plus respectueux et mieux valorisé ». Il pourrait alors, peut-être, se vendre plus cher.


168

Avec l’actuel règlement local de publicité, Bourg-en-Bresse compte 168 panneaux publicitaires dont 37 sont illégaux. Avec le prochain, le nombre d’espaces autorisés de même surface tomberait à 45. Au passage, la ville perdra 60 000 euros de taxe sur la publicité (sur un total de 450 000 actuellement).


Le silence des afficheurs

Appels, SMS, mails… Malgré la multiplicité de nos démarches, aucun des afficheurs burgiens que nous avons identifié n’a répondu aux demandes d’Eco de l’Ain, y compris quand il a été possible de les joindre. Puisque le futur règlement local de publicité leur est connu, il aurait été intéressant de savoir dans quelle mesure ils pensaient pouvoir s’y adapter, s’ils allaient devoir (pouvoir ?) augmenter leurs tarifs. Est-ce que la logique moins de panneaux égale plus de visibilité, plus de qualité et une meilleure valorisation est valable ? La rédaction se demandait également si le phénomène de concentration que l’on semble observer dans le secteur était réel et risquait de s’amplifier. Ce silence, assorti d’une faible mobilisation lors de l’enquête publique, interroge. C’est peut-être leur intérêt bien compris que d’épouser les évolutions en cours ? Ou peut-être en ont-ils simplement pris leur parti ? En tout cas, s’ils changent d’avis et acceptent de répondre, ils seront les bienvenus.


Sébastien Jacquart

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