Recrutement : Les métiers du BTP peinent-ils à séduire ?

Recrutement : Les métiers du BTP peinent-ils à séduire ?

L’attractivité des métiers du bâtiment et des travaux publics était à l’ordre du jour de l’assemblée générale de BTP Ain, le 4 mai. Qu’en disent les professionnels ?

Recruter et fidéliser dans le bâtiment et les travaux publics, le sujet a largement déchaîné les passions, vendredi 4 mai au théâtre de Bourg-en-Bresse, lors de l’assemblée générale de BTP Ain. Un rendez-vous marqué, cette année, par une conjoncture plus favorable. Après une crise « sans précédent » entre 2008 et 2016, Pierre Convert a rappelé « l’importance de la grande famille du bâtiment et des travaux publics qui pèse économiquement sur le département ». En 2017, le rebond de l’activité a signé le début d’un cycle de croissance durable, « même s’il faut rester vigilant, car notre secteur d’activité dépend de la commande publique », a prévenu le président de BTP Ain. Une fois n’est pas coutume, la première table ronde a réuni quatre femmes autour de l’attractivité des métiers du BTP : Céline Pomathiod Carry, directrice générale de TGL Group, Amandine Lacharme, chargée d’affaires chez Lacharme et fils, Marjorie Lavilletti, consultante ressources humaines chez coRHéliance, et Aziza Krimou, responsable de l’équipe entreprises de Pôle Emploi. Si l’on se réfère à la dernière enquête BMO 2018 (besoins en main d’œuvre), les offres d’emplois collectées connaissent une forte progression. « Le BTP n’échappe pas à ce constat, puisque nous enregistrons une hausse de 23%. Cette statistique n’a rien d’anodin, notamment parce que Pôle Emploi ne détient pas l’ensemble des offres », a indiqué Aziza Krimou. Dans le département, cette augmentation de l’offre d’emploi dans le secteur du BTP avoisine même 40% bien que le volume d’activité ne soit pas suffisant pour placer la branche d’activité dans le top 10. « Tous les corps de métiers du BTP sont concernés par des recrutements pour l’avenir. En 2018, près de 1200 embauches sont à prévoir dans le département. Nous identifions des besoins spécifiques pour la menuiserie et l’agencement, mais aussi des ouvriers non qualifiés du second œuvre, des ouvriers qualifiés des TP, des chauffagistes, des électriciens et des chefs de chantier », poursuit Aziza Krimou.
Mais face à ces offres d’emploi, quels sont les profils des candidats ? « Aujourd’hui, la majorité des demandeurs d’emploi sont des hommes, attirer un public féminin pourrait être une solution, avance la responsable de l’équipe entreprises de Pôle Emploi. Il s’agit de candidats ayant un niveau de formation inférieur au BEP et une ancienneté peu importante à Pôle Emploi. Plus d’un tiers d’entre eux déclare un travail régulier, souvent sous le régime de l’intérim. » Si l’Ain peut se targuer d’afficher l’un des plus faibles taux de chômage de France, établi à 6,2%, Aziza Krimou justifie ce fait par les difficultés d’embauche sur le territoire.

Attirer les collégiens

TGL Group a fait le choix de conserver ses équipes de production, même en période de crise. Un choix lourd à porter, « le pire dans les moments de crise et le meilleur dans les moments de reprise ». « Nous avons une vraie surchauffe sur nos besoins en intérim, notamment sur le Pays de Gex, la Haute-Savoie et l’Isère. Et il y a des métiers où le recrutement est difficile comme les études de prix ou l’encadrement de travaux. Sur ces postes-là, les entreprises s’auto-concurrencent les candidats et les collaborateurs. Il faudra aller chercher des ressources ailleurs », analyse Céline Pomathiod Carry. Mais comment rendre attractif les métiers du BTP ? « Je pense que les boulangers et les pâtissiers ont le même problème. Nous avons un souci en France avec l’attractivité des métiers manuels, pointe Pierre Convert. Nous devons sensibiliser les élèves dès leur entrée au collège, mais aussi les parents. Le bâtiment ne doit plus être un choix d’orientation par défaut, en cas de mauvais résultats scolaires. Le BTP est une filière d’excellence qui offre un vrai ascenseur social. » Selon Amandine Lacharme, l’Education Nationale joue un rôle majeur pour changer les mentalités : les professeurs issus des voies générales considèrent l’Université comme la filière d’excellence et d’épanouissement. « On ne défend bien que ce qu’on connaît bien, assure Amandine Lacharme. Un jeune qui aime les mathématiques et l’effort physique aurait toutes les qualités pour devenir charpentier. Les métiers du bâtiment rémunèrent en plus très bien. Ce sont des métiers de main d’œuvre où la relation humaine tient une place importante. Peut-être qu’on ne fait pas assez de lobbying pour présenter nos professions. » Un argument corroboré par la directrice générale de TGL Group. « L’acte de construire, cette fierté d’avoir bâti quelque chose de ses mains, ne ressort pas à travers nos campagnes de communication. Nous donnons peu de sens à ce que nous faisons. » L’entreprise du BTP dans l’Ain a-t-elle la bonne méthode pour séduire les candidats ? Marjorie Lavilletti estime : « Le travail d’un dirigeant consiste aussi à savoir donner envie à des futurs collaborateurs d’intégrer son équipe. Aujourd’hui, le rapport au travail a changé. Ce n’est pas moins bien, c’est différent. Il faut adapter les pratiques pour comprendre ce qui fait sens aux nouveaux collaborateurs. »

Assemblée générale BTP Ain, recrutement

Pierre Convert a introduit l’assemblée générale de BTP Ain.

426 000

C’est le nombre de logements mis en chantier en 2017 sur le territoire national. Après huit années de crise quasi continue, la reprise de l’activité s’est accélérée l’année dernière.

+ 2,4 %

C’est la hausse de l’activité prévue dans le secteur du bâtiment en 2018. Un rythme de progression toutefois en baisse, qui s’explique par les dispositions de la loi de finances pour 2018 : baisse des quotités pour le PTZ neuf, ou encore rognage opéré sur le CITE.

Bémol

Jean-François Debat a indiqué que certains projets peuvent être contrariés en raison de l’incapacité d’investissement de certains bailleurs HLM, inquiets des mesures de la loi de finances. Ainsi, la diminution des loyers en compensation de la baisse de l’APL des locataires modestes freine notamment le programme de rénovation thermique voulue par Bourg Habitat. « Nous avons un programme ambitieux concernant plus de 700 logements dans le cadre de la rénovation urbaine, mais celui-ci ne peut être financé », a réagi le maire de Bourg-en-Bresse.


Comment attirer les talents dans l’Ain ?

Plus politique, la deuxième table ronde a apporté un regard territorial sur la question du recrutement.

Arnaud Cochet, préfet de l’Ain, Jean Deguerry, président du Département, Patrice Fontenat, président de la CCI de l’Ain et Olga Givernet, député LREM de l’Ain et conseillère régionale, ont échangé autour des forces et des faiblesses du département. Situé entre les métropoles de Lyon et Genève, l’Ain présente un emplacement avantageux, en plus d’une activité économique dense comme l’a souligné Jean Deguerry. « Nous accueillons chaque année 7 000 nouveaux habitants dans l’Ain, et ce n’est pas un hasard », a-t-il précisé. « L’attractivité première du département est l’emploi, a réagi Olga Givernet, installée dans le Pays de Gex. Peut-être que le BTP manque de personnalités auxquelles les jeunes pourraient s’identifier. » Patrice Fontenat a insisté sur la présence des actifs sur le département, un atout non négligeable. « Tout ne va pas aussi bien que cela, tempère Pierre Convert. À la Fédération du BTP, nous disposons d’un maillage territorial extrêmement fin. Nos artisans et nos entreprises sont présents sur l’ensemble du département. Or, les métropoles attirent beaucoup de salariés, mais nos villes moyennes se dépeuplent et sont moins attractives. En tant qu’entrepreneurs du bâtiment, nous sommes aux premières loges pour constater que la fracture territoriale existe. » Arnaud Cochet a énuméré les différentes actions menées pour améliorer l’image du territoire comme le contrat de ruralité et le dispositif “cœur de ville” pour dynamiser les villes moyennes du département. « Le fonds de soutien à l’investissement local a vu le jour pour aider spécifiquement les secteurs du bâtiment et des travaux publics. Le critère principal reposait sur le financement de projet prêt à être démarré rapidement, afin qu’il profite à l’économie locale », a expliqué le préfet. Sur la mobilité, Jean Deguerry a indiqué que l’entretien des routes constituait le premier budget d’investissement en 2018, soit 40 millions d’euros d’investissement : rocade sud-est à Bourg-en-Bresse, déviation de Saint-Trivier-sur-Moignans.


«Faisez la différence !»

Michaël Aguilar, AG BTP Ain, recrutementMichaël Aguilar, écrivain et conférencier français, spécialiste des techniques de vente, de persuasion et de motivation, a animé sa conférence intitulée « Faisez la différence! ». Il a distillé de précieux conseils aux chefs d’entreprise et aux acteurs économique du département. « Si vous ne voulez pas être comparé, ne soyez pas comparable, s’est-il exclamé. Lorsque vous vous lancez dans un marché, vous êtes seuls. Du moins, vous le croyez. Et si ce marché est profitable, il est peu probable que vous restiez seuls longtemps : la concurrence va s’installer. Si ce marché est vraiment profitable, les concurrents viendront de toutes parts, il vous sera d’autant plus difficile de vous différencier. » Pour être choisi par ses clients et ses collaborateurs, le chef d’entreprise doit se différencier par ses offres et ses services, mais aussi par son attitude. « Il faut cultiver cela de manière obsessionnelle pour susciter la préférence. »


Par Sarah N’tsia

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