Redorer le blason du plastique

par | 14 avril 2022 à 7H45

Le Fip, grand rendez-vous de la plasturgie, a réuni exposants, visiteurs et experts. Révolution environnementale, image de la filière (et de la matière) ou encore pénurie d’approvisionnements ont animé discussions et conférences.

Crise sanitaire et économique, puis, rupture d’approvision­nement ou hausse du coût des matières premières, et, enfin, guerre en Ukraine, les motifs d’inquiétudes sont sur toutes les lèvres des huit cents expo­sants qui garnissent les tra­vées d’Eurexpo lors du “France Innovation Plasturgie” (lire nos encadrés). Toutefois, protection de l’environnement oblige, le recyclage des plastiques, encore mal maîtrisé à l’heure actuelle (seulement un quart des déchets plastiques pro­duits en France sont recyclés, soit environ 300 000 tonnes), est, après les intérêts écono­miques, l’autre préoccupa­tion du secteur. D’ailleurs, les organisateurs du “FIP” ne s’y sont pas trompés en organisant une conférence sur le thème. « Avec 380 millions de tonnes de matière plastique produites chaque année dans le monde, dont 50 millions en Europe et 5 millions en France, recycler est une priorité », souligne Jean- Yves Daclin, directeur géné­ral France de PlasticsEurope (l’association des producteurs de plastique européens), l’un des intervenants.

Redonner ses lettres de noblesse au “ plastoc ”, matériau bas de gamme, pour le faire passer d’ “évolution” technologique à “révolution” écologique, c’est tout le souhait des industriels. Pas si simple, quand, la matière elle-même, a les défauts de ses qualités. Apprécié pour sa légèreté, le plastique peut s’envoler et jucher le sol, à l’image des sacs de supermar­chés qui ornent par endroit la nature.

On couvre les glaciers de bâches plastiques

Revenu en grâce en pleine crise sanitaire en raison de ses vertus anti bactériolo­giques, le plastique participe aussi à la protection de la pla­nète. Il s’utilise dans l’habitat pour améliorer l’isolation des bâtiments ; couvrir certaines portions de glaciers avec des bâches réfléchissantes permet de contenir la fonte estivale ; des voiles construites avec ce matériau permettent à un bateau à moteur de consom­mer 20 % d’énergie en moins… Le secteur de l’automobile n’est pas en reste, avec des véhicules allégés construits avec 15 % de matières plas­tiques recyclées. « Comparés au métal, les matériaux plas­tiques qui datent des années 40 sont encore jeunes. Ils ne sont pas utilisés à la base dans des activités nobles. On est fier de posséder de l’argent, de la céramique, du cuir, mais pas du plastique. Pourtant, avec les disques vinyles, les vête­ments en nylon ou polyester, ça a été le cas ! » fait remar­quer Gérard Liraut, expert leader polymères chez Groupe Renault et autre intervenant de la conférence.

Et d’ajouter, philosophe, « Nous avons besoin de bas­culer dans une autre ère. Il faut un changement de para­digme pour que le plastique soit apprécié à sa juste valeur et vu comme un matériau d’ave­nir par la jeunesse ».

« À ce sujet, quelqu’un est-il capable ici de me citer une école de formation de plas­turgistes », questionne en fin de conférence l’expert leader polymères chez Groupe Renault. Le silence règne. Visiblement, des élèves ou des enseignants du voisin Centre de forma­tion de La plasturgie à Lyon n’étaient pas dans la salle.


Lifocolor (Izernore) : Un maître-mot, « anticiper »

Lifocolor

Le groupe Lifocolor est un fabricant innovant de mé­langes-maîtres, de préparations d’additifs et de com­pounds sur mesure pour la plasturgie, qui contribue à apporter davantage de couleurs dans l’univers des ma­tières plastiques. Depuis 1988, avec 280 employés répartis dans quatre pays (Allemagne, où est né le groupe et où se trouve son siège mondial, République Tchèque, Pologne et en France), il sert toute l’Europe et possède même des partenaires dans le monde entier. Tous ses sites sont équi­pés de laboratoires de couleurs, service commercial et production. Sur le site français d’Izernore (01), l’entreprise forte d’une quarantaine de salariés a réalisé en 2021 un chiffre d’affaires avoisinant les 10 M€, une croissance de 2020 à 2021 de près de 60 %, et elle vise les 30 % de plus en 2022.

Pour faire face aux pénuries et autres augmentations du prix des matières premières, Lifocolore se débrouille toujours pour avoir du stock. « C’est notre leitmotiv ! On travaille par anticipation. Nous avons toujours un stock de marchandise, ce qui nous permet de maîtriser nos coûts de production. Et quand les réserves viennent à baisser, on recommence ! » explique Hugues Vo Dinh, responsable commercial à Izernore. « Dans les mois qui viennent, la différence se fera sur le service », pronostique-t-il.


Billion SAS (Oyonnax) : « Les fournisseurs ont du mal, ne serait-ce qu’à nous renseigner ! »

Billion

Basée dans la Plastics Vallée, Billion (32 M€ de chiffre d’affaires ; 180 employés) conçoit et fabrique des presses à injecter les matières plastiques depuis 1949. Les presses 100 % électriques, hybrides ou hydrauliques, de 40 à 1 100 tonnes, répondent aux besoins de nombreux secteurs d’application, comme l’automobile, l’emballage, la cosmé­tique, le médical, les pièces techniques… Spécialiste de la multi-injection, il fournit des solutions technologiques à forte valeur ajoutée pour les transformateurs du monde entier. Comme d’autres, Billion subit de plein fouet les difficultés d’approvisionnement en matières premières. « Crise sanitaire, pénurie des matières premières, conflit en Ukraine, beaucoup de nuages s’accumulent au-dessus de nos têtes et on ne sait pas ce qu’on a fait pour mériter ça ! » déclare Frédéric Failler, chef des ventes. Les difficultés sont liées aux gros fournisseurs, comme ceux qui proposent du matériel électronique tels que les semi-conducteurs. « En règle générale, tout ce que nous achetons sur catalogue est difficile à obtenir. Les fournisseurs ont du mal, ne se­rait-ce qu’à nous renseigner. C’est d’autant plus dommage qu’on était revenu au niveau d’activité proche de celui d’avant-Covid. Cette année reste donc une interrogation », analyse Frédéric Failler.


Technimold (Oyonnax) : « La filière mouliste a tellement été endommagée »

Technimold

Dans le cadre de l’amélioration de la maîtrise des procé­dés et de l’utilisation de la statistique appliquée à l’in­jection, Technimold (15 employés, 1,9 M€ de chiffre d’af­faires) propose un dispositif de collecte et de traitement en temps réel des données d’exploitation de l’outillage sur presse. Ses objectifs sont multiples : régularité de la pièce, traçabilité du process, connaissance du com­portement matière, standardisation et capitalisation des données. Pour le spécialiste oyonnaxien des moules et de l’outillage, le problème d’approvisionnement de matières premières émane surtout de l’acier fabriqué dans l’est de l’Europe. « Soit on patiente en attendant d’en avoir, soit on se rabat sur des références d’acier qui se rapprochent plus ou moins de ce que l’on souhaitait avoir. Et quand on est vraiment coincé, on demande au client des délais supplémentaires », explique Pascal Jehan, responsable technique. « Heureusement, il y a, aujourd’hui, une prise de conscience, quant à la mondialisation heureuse et ses limites. La filière mouliste a tellement été endommagée que le risque est qu’il n’y ait plus assez de moulistes pour répondre aux demandes des grands groupes qui reviennent vers nous », renchérit Christophe Chabert, directeur technique.


Infiplast (Oyonnax) : « La négociation fonctionne »

Infiplast

La société Infiplast est active depuis 34 ans. Domiciliée à Oyonnax, elle est spécialisée dans le secteur d’activité de la fabrication de pièces techniques à base de plastiques pour l’industrie et le biomédical. Elle dispose des tech­nologies de production de pointe qui lui permettent de fournir à ses clients des sous-ensembles complets. Son effectif est compris entre 50 et 99 salariés et, en 2021, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 16 M€. « Cette situation tendue autour de l’approvisionnement des matières tech­niques et très techniques comme le polycarbonate, nous ne le vivons pas très bien. Les délais de livraison sont pas­sés à plusieurs semaines et il nous faut anticiper le plus possible sur les volumes en négociant avec le fournisseur. Globalement, c’est une technique qui marche ! » explique Philippe Valera, responsable commercial chez Infiplast.

En dépit de la crise sanitaire qui a impacté la bonne marche de l’économie et le conflit dans l’est de l’Europe qui pénalise certains de ses clients, les perspectives de­meurent encourageantes et donnent même confiance à Infiplast. « Vous savez, on a de beaux projets dans le médical ! » se console Philippe Valera.


SNT Thermoformage (La Roche-sur-Foron) : « Le besoin de se retrouver pour communiquer »

SNT Thermoformage

Basée à La Roche-sur-Foron (74), SNT Thermoformage transforme les matières plastiques par thermoformage. Christophe Deffrennes en est le directeur général depuis 2011, à la suite du rachat de cette société familiale créée en 1987. L’entreprise, qui compte 9 personnes aujourd’hui, a réalisé un chiffre d’affaires de 2 M€ (dont 15 % à l’export) en 2021. Son activité se trouve dans l’automobile (60 %) ; l’agroalimentaire (26 %) et le luxe en cosmétique (4 %). Ce qui fait le “bonheur” de son directeur général, c’est de pouvoir accepter que les bureaux d’études ou les services marketing puissent changer d’avis. « Nous nous adaptons complètement à leur variation car aujourd’hui les choses évoluent. Pendant la crise, je n’ai pas voulu fermer l’usine, même si nous avons travaillé au ralenti. Nous avons adap­té notre outil de production à un marché lié à la santé. Nous avons fabriqué des visières et des séparateurs de bureau », explique Christophe Deffrennes.

En participant au salon FIP, la société consolide et déve­loppe son réseau. « Je n’ai pas de force commerciale et nous avons besoin de nous retrouver pour communiquer et parler produit. Avant la crise du Covid-19, je faisais cinq salons par an. C’est ma politique et cela nous oblige à avoir des bases de données à jour. Aujourd’hui, je fais à peu près 20 % de mon business par cooptation de per­sonnes qui me connaissent et qui me recommandent auprès de leurs clients », ajoute le directeur général. Si 2021 a été une très bonne année, « la meilleure depuis 10 ans, pour l’instant, 2022 ne se présente pas sous les meilleurs auspices, indique Christophe Deffrennes. Nous avons un début d’année difficile. Nous manquons de com­mandes, de matières et nous passons beaucoup de temps à négocier les hausses tarifaires. Je pense que beaucoup de “grosses sociétés” organisent la pénurie pour augmen­ter les tarifs ».

Malgré cela, la société a investi dans une machine de 500 000 € en novembre 2021. Une façon d’augmenter la capacité de production par rapport au marché.


BMS & Béwéplast (Argonay) : « Le plastique, matière incroyable ! »

Béwéplast

Située à Argonay (74), BMS, créée en 2000 conçoit, fa­brique et distribue une large gamme de produits et équipements pour la plasturgie ; des buses d’injection et des tables de maintenance de moule. L’entreprise dispose d’un show-room, d’un atelier de production et de stoc­kage, d’un SAV, sur 2000 m2. « Fort de notre expérience en fournitures industrielles pour la plasturgie, nous vou­lions développer notre business de ventes de matériels périphériques. Le plus simple était de racheter une société connue dans ce secteur, en l’occurrence, Béwéplast », sou­ligne Arnaud Demeure, directeur général. C’est ainsi qu’en 2011 Béwéplast, fondé en 1963, a rejoint le groupe BMS, tout en permettant d’étoffer les équipes commerciales, techniques ou de service après-vente.

Acteur reconnu de la plasturgie en France, Béwéplast s’est forgé une réputation sur l’expérience et le savoir-faire dans les domaines de l’injection et de l’extrusion plas­tique ou du caoutchouc. « Avec BMS & Béwéplast, nous avons la capacité de couvrir, à hauteur de 90 %, les be­soins de tous ceux qui font de l’injection plastique. Nous pouvons leur vendre des machines et le périphérique pour pouvoir les faire fonctionner ainsi que toutes les pièces d’usure qui vont sur leurs presses à injecter », pré­cise le directeur général.

Du point de vue environnemental, la société, qui propose un catalogue d’un peu plus de 15 000 références, évoque le problème de communication autour du plastique. « Il n’y a aucune activité sans plastique, une matière in­croyable. C’est facile de le recycler ! Il faut éduquer nos enfants sur la manière de recycler. Pourquoi en France ne recycle-t-on que 24 % des déchets plastiques ? La filière est en train de s’organiser et cela va dans le bon sens. Les syndicats de plasturgie devraient être présents dans les écoles pour expliquer le bienfait de la plasturgie et tout ce qui est possible de faire », ajoute Arnaud Demeure.

Le métier de Béwéplast est de représenter des marques en France tandis que BMS – qui a créé une filiale en Espagne – fabrique, en plus, ses propres produits et dispose d’agents au Bénélux, Maghreb, Italie, Suisse, Pologne et Roumanie.

Totalisant une trentaine de salariés en France et quatre en Espagne, la société a réalisé un chiffre d’affaires de 10 M€ en 2021 dont 10 % pour la filiale espagnole. « Dans deux ans, nous espérons une croissance de 10 à 15 % sur chacune des sociétés. Cela signifie une montée en puissance de notre service après-vente pour BMS et Béwéplast, et le dé­veloppement de BMS on line. Nous venons aussi de mettre en place un e-shop qui permet à chacun de nos clients et à chacun de nos agents de créer un compte et d’avoir les conditions tarifaires », se réjouit Arnaud Demeure.


Soprinjec (La Motte-Servolex) : « Rencontrer nos clients ; en toucher de nouveaux »

Soprinjec

Spécialiste du prototypage et de l’injection plastique, So­prinjec (La Motte-Servolex, Savoie) a été créée en mars 2018 par Nicolas Chauve et Fahd Belhamra, deux copains de lycée. La “société prototypage et injection” apporte des services adaptés aux besoins des industriels de tous secteurs (objets connectés, luxe, médical, automobile). En 2020, l’entreprise a poursuivi son développement en rachetant un atelier spécialisé dans la fabrication de moules et modèles. Cette filiale, située à Viriat (01), a pris le nom de Soprinjec Outillages. Aujourd’hui, l’entreprise compte 14 salariés en France (impression 3D et moules grandes séries) dont neuf en Savoie, cinq dans l’Ain; et 22 dans sa filiale espagnole (production de pièces plas­tiques). Le chiffre d’affaires en 2021 est de 6,5 M€ dont 3,5 M€ en France, avec un peu d’export en Belgique, en Suisse (médical), au Maroc et en Roumanie (automobile). En tant que jeune entreprise, le salon Fip est important dans son aspect relationnel : « D’une part nous souhai­tons développer notre notoriété. D’autre part, ce salon est aussi une façon de faire de la veille technologique et concurrentielle. »

Soprinjec, qui a investi dans l’achat d’une machine im­pression 3D (300 000 €), espère réaliser 4 M€ de chiffre d’affaires sur la France et 3 M€ en Espagne. Ce qui explique l’arrivée de Juliette Legrand, développeuse d’affaires, pour démarcher de nouveaux clients sur la France, la Bel­gique et la Suisse.


Éliséo Mucciante et Carole Muet  

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