La commune rurale de Sainte-Hélène-du-Lac, dans la combe de Savoie, refuse de sacrifier ses terres plates et fertiles au profit d’un foncier économique trop intrusif.
Sainte-Hélène-du-Lac appartient à la communauté de communes Cœur de Savoie, dont la ville centre est Montmélian. Une topographie avantageuse faite de longues plaines horizontales. C’est dans ce décor que la plus grande zone d’activités du bassin d’emploi montmélianais a été implantée : Alpespace, qui aspire à se dilater toujours davantage. Il était question de 30 hectares sur le dernier « secteur de projet », Alpespace enjambant alors la voie ferrée qui semblait former, pensait-on, une barrière infranchissable.

« Impensable », répondent les gens du terroir. « Nous nous étions déjà opposés à une nouvelle extension d’Alpespace sur notre commune en 2020, au moment de la révision du Scot de Métropole Savoie », rappelle Sylvie Schneider, maire depuis 2008. Elle prévient : « Une extension au-delà de la voie ferrée, où s’étendent les meilleures terres agricoles ? Nous y sommes rigoureusement opposés. »
18 hectares pour Alpespace au précédent mandat
Au mandat précédent, 18 hectares de la commune avaient été intégrés à Alpespace : RTE (Réseau de transport d’électricité) s’est emparé de 8 hectares ; les dix autres restent à commercialiser. Depuis fin 2025, Cœur de Savoie a finalement adopté le principe du bail à construction pour les futurs arrivants.
La présence d’Alpespace sur le sol de la commune n’est pas d’un grand bénéfice, si l’on en croit l’édile : « La taxe foncière sur les établissements industriels diminue sans cesse : elle a été divisée par deux ces dernières années, dont une moitié compensée par l’État. Sauf que, cette année, la dotation baisse de 25 %, soit une perte sèche d’environ 80 000 € pour notre commune. »
Environ 675 000 € de taxe foncière
Les recettes de Sainte-Hélène-du-Lac s’établissent à 1,5 M€ dont 339 600 € d’impôts locaux et 675 300 € de taxe foncière. Dotée d’un budget de fonctionnement d’un peu plus de 800 000 € en 2024 (dont 300 000 € de charges de personnel), la commune s’autorise une dépense d’investissement de 280 000 €.
L’encours de la dette se monte à 1 M€ (70 500 € d’annuité) – soit 83 € par habitant –, avec une capacité de désendettement d’un an et demi. Sous le prisme des deniers municipaux et des 860 administrés, Alpespace se vit plutôt comme une contrainte, et ce, depuis les premiers temps : « Alpespace a été créée par trois communes : Sainte-Hélène-du-Lac et Francin pour le foncier, et Montmélian », retrace la maire. « Les trois communes partageaient les frais à parts égales : autant dire que l’opération a été lourde à porter pour nous. »
Actuellement, Alpespace accueille 3 000 salariés, qui rejoignent quotidiennement les 200 entreprises du site. Et Sylvie Schneider de sourire : « La commune recense 160 % d’actifs, si l’on se réfère aux statistiques qui prennent en compte tous les salariés de la zone, y compris ceux qui n’habitent pas Saint-Hélène-du-Lac ! »
Finalement, le législateur est venu à la rescousse de la commune pour freiner les appétits fonciers : la loi Zan (zéro artificialisation nette) et la loi “climat et résilience” portent des injonctions de sobriété foncière.
Un autre prédateur foncier : le Lyon-Turin
Aussi, Alpespace restera dans ses frontières actuelles pour encore quelques années. Sainte-Hélène-du-Lac a toutefois réaffirmé, lors d’une délibération votée à l’unanimité le 12 novembre dernier, son opposition farouche au projet de deuxième extension qui rechigne à disparaître complètement du Scot.
Dès lors, l’attention de Cœur de Savoie s’est déportée vers ses autres terres économiques : Alp’Arc (28 ha), à Bourgneuf, et un projet d’extension à Porte-de-Savoie (Les Marches) dit Plan Cumin (23 ha), prévu d’ici 2028 et pour lequel l’enquête publique débutera le 13 février.
Mais il existe un prédateur foncier plus insatiable encore qu’Alpespace sur Sainte-Hélène-du-Lac. Sylvie Schneider, qui ne brigue pas de quatrième mandat, regrette : « Un grand nombre de terrains sont réservés au Lyon-Turin, notamment la base travaux, proche du nœud ferroviaire de Laissaud : cela représente plus de 100 hectares de terres agricoles. »
Photos du haut : RICHARD – STOCK.ADOBE.COM.









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