Après un bon premier trimestre, Somfy prévoit un deuxième trimestre en net repli mais n’exclut pas la possibilité d’un sursaut cet été. Compte tenu de sa solidité financière et de ses performances, le groupe haut-savoyard ne sollicite pas d’aides de l’État. Rencontre avec Jean Guillaume Despature, le président de son directoire.
Comment se passe la reprise ?
Bien, même si former tout le monde aux gestes barrières prend un peu de temps, notamment parce que nous sommes limités par le nombre de formateurs à disposition. Nos principaux sites industriels retrouvent progressivement leurs capacités de production. La Chine et la Pologne tournent déjà à plein régime. La Tunisie, l’Italie, la France étaient à plus de 50 % dès le 4 mai dernier. Concernant la logistique, nous privilégions pour l’heure les grands comptes et les filiales. Les expéditions vers les particuliers reprendront quand la pression sera un peu moins forte.
De quelle manière avez-vous vécu le confinement ?
Dans un souci de protection de nos salariés et de respect des recommandations administratives, nous avons pris la décision, dès le dimanche 15 mars, de suspendre nos opérations industrielles et logistiques. Il nous a fallu quinze jours pour définir les mesures permettant de reprendre les activités en toute sécurité. En lien avec nos partenaires sociaux, nous avons commencé à les tester le 30 mars. Treize salariés ont été volontaires pour effectuer ces tests sur le site logistique de Bonneville, douze à Cluses. Ils ont vérifié l’efficacité des mesures barrières mais aussi leur caractère raisonnable, réaliste par rapport à la montée en cadence et leur acceptabilité par les salariés. Le dispositif établi a été validé le 20 avril dans le cadre du dialogue social. Depuis, nous appelons progressivement les équipes, au fur et à mesure de l’ouverture de nos îlots de production.
Comment se portent vos carnets de commandes ?
Plutôt bien, car nous sommes dans une période où nos clients reconstituent leurs stocks. Les niveaux diffèrent selon les zones géographiques. La France et l’Europe du Sud ont été les plus impactées par la Covid-19. En revanche, nos performances sont bonnes en Allemagne et en Europe de l’Est où l’activité ne s’est pas arrêtée durant la crise. La Chine et l’Asie ne sont pas totalement reparties encore, tandis que les États-Unis tournent au ralenti.
Quel est l’état de vos propres stocks ?
Nous avons des réserves pour certaines références, pas pour toutes. Il ne faut pas oublier qu’une partie non négligeable de nos fournisseurs sont italiens et français et n’étaient pas en mesure de nous livrer les composants dont nous avions besoin.
Quel peut être l’impact de la crise de la Covid-19 pour Somfy ?
Le groupe a réalisé un bon premier trimestre avec, en particulier, un mois de mars qui avait très bien commencé. Le deuxième trimestre sera mauvais, mais il est très difficile de savoir dans quelle mesure. Quasiment 90 % des chantiers ont été arrêtés en France et en Europe du Sud. Les plus petits, qui touchent à la rénovation du bâtiment, reprennent très vite, mais il faudra davantage de temps pour les programmes neufs plus conséquents. Les mois à venir seront déterminants.
C’est-à-dire ?
Juillet et août sont traditionnellement un peu creux pour nos installateurs, mais peut-être que cette année, ils auront à cœur de rattraper le retard pris. Nous ne sommes pas à l’abri d’une bonne surprise sur le segment de l’ancien et de la rénovation.
Avez-vous été sollicités et, si oui, de quelle manière pendant la crise ?
Les initiatives ont émané de toutes parts. Nous avons fait ce que nous avons pu en termes de dons de matériels : près de 100 000 masques ont été donnés aux hôpitaux, soignants, collectivités mais aussi des surblouses, gants, etc. Une de nos équipes a travaillé à la réalisation d’une MobiCapsule permettant de transporter les malades en évitant au maximum la propagation du virus. Avec la Fondation Somfy et le programme « les petites pierres », nous avons lancé un appel à projets spécifique Covid pour soutenir les associations venant en aide aux sans-abris, aux victimes de l’exclusion sociales et à ceux que le confinement expose à des risques d’isolement ou de maltraitance.

Quels sont les enseignements que vous tirez de la pandémie ?
Le premier apprentissage est que l’organisation mise en place depuis peu avec un nouveau comité exécutif a joué son rôle et permis aux équipes de trouver leurs marques. Les fondamentaux et principes sur lesquels nous avons voulu réorganiser le groupe sont les bons. Le basculement de 90 % des équipes de bureau en télétravail a généré un grand bouleversement mais s’est globalement bien passé. Les événements qui se passaient en Chine nous ont conduit à paramétrer, dès la fin février, plus de 100 ordinateurs portables afin que les salariés puissent télétravailler. Nous nous étions engagés dans la voie du télétravail il y a deux ans. Cette crise va probablement nous amener à accélérer notre digitalisation. Il y aura certainement d’autres enseignements, mais il est encore un peu tôt. D’une manière générale, j’ai été bluffé par la réactivité, l’engagement des salariés, par leur capacité à se réinventer, à faire preuve de solidarité et de générosité. Début avril, nous avons signé un accord avec nos partenaires sociaux permettant que chaque salarié participe, à concurrence de 12 jours de congés ou de RTT maximum, à l’effort de l’entreprise.
Quel est cet effort ?
Somfy a la chance d’être un groupe suffisamment solide et performant pour assumer la situation actuelle en préservant l’emploi. Nous n’avons pas supprimé de postes durant la crise sanitaire, dans aucune région du monde, et nous maintenons cette garantie jusqu’à fin juin. Nous ferons bien sûr tout notre possible pour maintenir le cap ensuite. De la même manière, nous ne solliciterons pas les aides de l’État : prêt, report de charges fiscales et/ou sociales, chômage partiel. Depuis la mi-mars et jusqu’à fin juin, nous nous sommes engagés à maintenir 100 % du salaire de base de nos salariés français. Au total, ce sont 4 000 jours non travaillés que l’entreprise va payer parce qu’elle estime qu’il en va de sa responsabilité sociale.
Dividendes revus à la baisse
Pour marquer l’engagement des actionnaires de Somfy, le dividende versé au titre de l’exercice 2019 sera inférieur à celui de l’exercice précédent. A l’assemblée générale du 24 juin 2020, un montant de 1,25 € par action sera proposé, en baisse de près de 20% par rapport à la proposition initiale qui était de 1,55 €.








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