Le spécialiste des équipements de sport devrait supprimer 82 postes mais en créer parallèlement 59 autres.
« C’est un choc, bien sûr. Faire une telle annonce au personnel suscite beaucoup d’émotion. Mais au final, l’Annecy Design Center (ADC) va sortir renforcé », assure Jean- Marc Pambet, président de Salomon. Le spécialiste des articles de sport a présenté le 6 mai au personnel un vaste « projet de réorganisation. »
Socialement, il devrait se traduire, pour Annecy, par 82 suppressions de postes d’un côté mais par la création de 59 postes de l’autre, sur les 738 que compte l’ADC. Avec 39 suppressions, la division textile est la plus touchée. Le développement et l’industrialisation des produits textiles vont être transférés à Shanghaï, où se situe le siège du groupe Anta, propriétaire d’Amer Sports, la maison mère de Salomon.
Toutefois, Annecy garde la main sur les gammes de sacs à dos et chaussettes – intégrées dans la division « chaussures de sport » (trail et course à pied), en plein essor –, ainsi que sur l’innovation textile, avec un “lab” de 11 personnes chargé d’imaginer les produits de demain. L’autre division la plus touchée est celle des sports d’hiver, avec 24 suppressions envisagées.
L’Annecy Design Center pourrait perdre 23 emplois sur 738.
Salomon veut « s’appuyer plus fortement encore sur ses technologies et structures industrielles », dit le communiqué officiel. En clair ? Confier certaines opérations directement aux usines (les chaussures de ski sont réalisées en Roumanie, les skis en Autriche et Bulgarie).
« Par exemple, les chaussures de ski resteront conçues à Annecy, mais la déclinaison des tailles des nouveaux modèles pourra être réalisée en usine », explique le président. Les 19 autres postes seront supprimés, par plus petites touches, dans les autres services de l’entreprise.
Recentrage sur les marques
Ce « plan de restructuration majeur » est partiellement lié à la crise de la Covid. Tiré par le marché du trail et ayant connu une année record sur le ski nordique (mais pas sur l’alpin, évidemment…), Salomon affiche une baisse de chiffre d’affaires de “seulement” 12 % sur 2020 (830 M€ en 2019) et prévoit un retour à la croissance dès 2021. Toutefois, l’impact des deux hivers chamboulés sur les stocks, et donc les commandes, se fera sentir au-delà de 2021. Sans parler du risque d’hiver(s) sans neige.
Mais cette réorganisation répond surtout à la nouvelle approche du Chinois Anta : « Amer Sports était jusque-là très matriciel, avec des économies d’échelle au niveau du groupe. Le nouvel actionnaire confie aux marques directement la responsabilité de leur développement stratégique », résume Jean-Marc Pambet. L’exposition, en cas de difficulté, sera d’autant plus forte. De plus, Salomon pourrait perdre son rôle central au niveau du groupe pour les chaussures : demain, Wilson et Arc’Teryx pourront choisir d’aller faire concevoir leurs chaussures ailleurs.
Mais, à l’inverse, la marque sera plus libre de fixer ses priorités pour assurer son développement. Avec des défis déjà bien identifiés : élargir la clientèle (plus de femmes et de jeunes, et pas que les très sportifs), grandir dans l’e-commerce sans se couper des distributeurs magasins.
« Salomon est un enjeu majeur pour le groupe », conclut Jean-Marc Pambet. « Ce plan est une étape difficile mais c’est bien un plan d’avenir : nous misons sur une accélération et un développement fort dans les prochaines années. »
Éviter les licenciements secs
Les syndicats (CFE-CGC et CFDT) ne s’attendaient « pas du tout » à un tel plan, avoue Philippe Fontaine, délégué CFE-CGC. Ils vont tenter de diminuer le nombre de suppressions et d’éviter les licenciements secs grâce aux départs volontaires, retraites, reclassements internes… Les premiers départs sont attendus entre fin septembre et octobre.
Par Éric Renevier











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