Invité aux 23es rencontres internationales du film d’architecture, le réalisateur Thierry Mercadal s’intéresse aux stations de ski construites sur des sites vierges.
Des tirs de mine font exploser la roche. Des bulldozers tracent une route qui grimpe dans la pente. Il s’agit de rendre accessible une montagne qui ne l’était pas jusque-là. Dans cette France de l’après-guerre, les stations de ski sortent de terre à l’instar des grands ensembles construits en ville et des stations balnéaires sur le littoral. « Voulu et porté par l’État, le plan Neige a donné lieu à des travaux colossaux. Les stations créées de toutes pièces à cette époque, et jusque dans les années 1970, présentent un dessin, une conception très intéressants », explique le cinéaste Thierry Mercadal.
En 2021, ce passionné de films d’architecture est parti à la découverte de Chamrousse, Flaine, Les Arcs, La Plagne, Valmorel. « Je voulais montrer la diversité et la force des choix architecturaux faits à l’époque, sans tomber dans l’effet catalogue. On voit qu’au fil du temps, ces partis pris s’estompent, jusqu’à Valmorel et son architecture calquée sur celle d’un village montagnard », observe-t-il.
Les intentions diffèrent d’un lieu à l’autre mais certains principes sont immuables, comme ceux du front de neige vers lequel tout converge, de l’arrivée “skis aux pieds” ou de la densité de l’habitat (car l’ambition politique est de démocratiser les sports d’hiver).
Les architectes s’attachent à intégrer des bâtiments de grande hauteur dans le paysage, en privilégiant l’ensoleillement et la vue. La démarche est particulièrement aboutie à Flaine, avec l’utilisation de matériaux de la vallée, et une usine de préfabrication installée dans la plaine. Des solutions novatrices, inventées pour réduire les délais et les coûts de construction dans un environnement contraint.
« On aurait pu redouter que ces stations tombent dans le même travers que les villes nouvelles et vieillissent mal. Pourtant, cinquante ans après leur création, elles continuent de fonctionner », estime Thierry Mercadal. Son film, Architecture et stations (diffusé le 18 novembre), qui témoigne d’une évolution croisée de l’architecture et de la société, interroge aussi sur le devenir de ces sites à l’heure de la diversification des activités et de l’évolution des attentes.
Sophie Boutrelle
Crédit photo : Thierry Mercadal – On Stage








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