Super Bissorte, cathédrale de la fée électricité

par | 30 Sep 2021

Elle n’avait pas été ouverte au public depuis dix ans. Les journées du patrimoine ont permis d’explorer toutes les alcôves de cette centrale hydroélectrique stratégique.

Mais où est-elle ? Devant la retenue d’eau du Pont des Chèvres, à Orelle, le poste de transport d’électricité est bien la preuve que la centrale hydroélectrique de Super Bissorte n’est pas loin. Pourtant, aucun bâtiment ne se profile à l’horizon. Seule une hideuse béance noire dans la roche, bétonnée et surmontée de la mention bleue EDF, « Super Bissorte », donne une indication, à défaut de l’envie de s’y faufiler. Claustrophobe, passe ton chemin !

C’est bien là, dans ce boyau sombre et démesuré, creusé à même la montagne, que se niche la « cathédrale » dédiée à la fée électricité, la plus grosse installation hydraulique des deux Savoie, 4e plus puissante de France. Une des six stations de transfert d’énergie par pompage (Step) françaises, qui peut à la fois turbiner et pomper, dans un cycle des plus vertueux.

Quand l’eau du barrage-poids de Bissorte, situé 1 120 mètres plus haut, a permis de dégager l’énergie voulue en passant par les cinq machines de l’usine, elle est stockée dans le bassin voisin puis remontée, en période creuse, dans le barrage de Bissorte par ces mêmes monstres de technologie. Rien ne se perd, et surtout pas l’eau dont chaque goutte est récupérée dans les méandres des galeries.

Des trois groupes Francis réversibles de 150 MW et 19 m de haut chacun n’émerge qu’une infime partie, comme posée au sol. Crédit photo : SyB

Une installation stratégique

Dans ce décor strictement industriel qui fleure la démesure, la seule touche de fantaisie vient du jargon utilisé par les trente agents d’EDF qui y travaillent. Eux ne vont pas à l’usine, mais à la cathédrale. Et changent de caverne comme d’autres de bureaux. « La taille des cavernes est corrélée à la grandeur physique où on s’exprime », explique Jérôme Excoffier, responsable du groupement d’usines d’Orelle, Bissorte et Super Bissorte (puissance installée de 900 MW, soit l’équivalent de la consommation annuelle des habitants de Savoie).

La première d’entre elles est dédiée aux transformateurs. Pas des petits boîtiers en plastique. Ni des armoires. Des obélisques de plusieurs mètres de haut, permettant de faire le lien entre l’énergie hydraulique et celle injectée sur le réseau, à 400 000 volts. « En France, c’est le maximum », précise-t-il. Plus loin, la salle des disjoncteurs est elle aussi proportionnelle aux chiffres annoncés. Mais c’est la salle des machines, le saint des saints, qui impressionne le plus par ses dimensions.

Le mot cathédrale prend ici tout son sens, même si les quatre objets de vénération, des groupes Francis réversibles, ne sont quasiment pas visibles. Chacun mesure 19 mètres de haut et peut à la fois turbiner et pomper, mais pas de façon simultanée. De ces colonnes verticales n’émergent que quatre petits capuchons posés au sol. De modestes ex-voto qui déploient, mine de rien, de supers pouvoirs de 150 MW chacun ! 22 mètres sous nos pieds, les quatre engins sont capables de produire l’équivalent d’une tranche nucléaire en cinq minutes. « En trois minutes, on démarre une machine, en 5 minutes, on démarre tout », annonce fièrement le responsable.

Une réactivité qui fait de Super-Bissorte une installation de production d’intérêt national, capable d’injecter environ 800 MW (avec la centrale de Bissorte voisine) en quelques minutes sur le réseau électrique pour répondre à un pic de consommation. Les ordres, donnés depuis Lyon, sont transmis aux quatre groupes via d’imposantes installations informatiques situées face à eux.

Jérôme Excoffier à l’intérieur de la cellule de survie installée non loin des machines. On peut y vivre 24 heures en autonomie en cas d’incendie. Crédit photo : SyB

Fin de la concession

Plus bas, la salle d’admission d’eau abrite huit robinets, soit deux par groupe Francis réversible. Peints en jaune, rouge, orange et bordeaux, ils affichent de généreuses proportions : bien au-dessus, à 2082 mètres d’altitude, les 40 millions de mètres cubes d’eau du barrage de Bissorte, arrivent là sans ménagement avec une pression de 120 bars. « Chaque groupe bénéficie d’un robinet de service et d’un robinet de sécurité qui se ferme en cas de dysfonctionnement », indique-t-il.

L’eau du barrage arrive directement sur ces robinets qui alimentent les machines. Crédit photo : SyB

Une dernière caverne abrite la cinquième machine raccordée à son robinet dédié. Une turbine Pelton de 150 MW dont la roue de 3,70 mètres de diamètre pèse la bagatelle de 12 tonnes. « Il s’agit d’une autre technologie qui, à la base, dans les années 1980, avait été mise en place pour envoyer de l’énergie pour démarrer un groupe réversible. Aujourd’hui, elle a d’autres utilités, elle nous permet notamment de nous adapter aux variations de fréquences du réseau, d’avoir encore plus de souplesse. Elle fait désormais du réglage et est très sollicitée. » Suspendue à un pont-roulant, une superbe roue munie de ses injecteurs, attend son tour pour la maintenance.

Une turbine Pelton de 150 MW complète l’installation. Sa roue fait 3,70 m de diamètre. Crédit photo : SyB

Car ici, EDF n’investit plus depuis 2014, date de la fin de la concession. Super-Bissorte fait en effet partie des centrales hydroélectriques exploitées en délais glissants, en attendant d’être remises en concurrence. « On ne fait qu’investir pour la juste maintenance », conclut le Mauriennais, un soupçon de regret dans la voix. La baguette magique est désormais entre les mains de l’Etat.

1 Commentaire

  1. marsal guy

    j’ai travaillé a super bissorte de 1981 a 1982 en tant que chauffeur au canal de fuite,a la fin du minage pour faire naitre la cathedrale(sous la voute)ainsi qu’a la pose des boulons d’ancrage pour le pont ou les turbine.existe t’il des photos des ouvriers de cette époque?je bossais pour l’entreprise Fougerolle et non pas Pico!merci de m’avoir lu!

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