L’entreprise savoyarde Ti3rs lance sa deuxième levée de fonds pour étendre sa solution à l’international.
Pour Eva Ngallé, les violences conjugales ne sont pas juste des mots et des statistiques. Cette entrepreneuse de 36 ans y a été confrontée pendant de trop longues années avant de trouver la force de quitter son ex-compagnon et, peu à peu, de relever la tête. Et de la relever tellement bien qu’elle a créé, en 2023, l’entreprise Ti3rs, à Challes-les-Eaux, qui propose une application (du même nom) protégeant contre les échanges inappropriés.

« Quand j’ai quitté le père de mon enfant, après qu’il m’a ruinée et qu’il est passé aux violences physiques, j’ai dû rester en contact avec lui pour notre fils. Sous prétexte de parler de ce dernier, les insultes et le harcèlement ont continué par téléphone. C’est là que j’ai compris que cela ne s’arrêterait jamais. » Condamné à de la prison avec sursis, il n’a ensuite plus eu le droit d’entrer en contact avec elle. Mais la garde alternée était toujours effective. « Mon propre père a fait le tiers de confiance pour organiser la communication entre nous. » Ainsi a germé, dans l’esprit de la jeune femme, l’idée d’une application sécurisée pour permettre l’échange de messages entre parents séparés, sans violences ni insultes.
Après avoir monté sa structure de l’économie sociale et solidaire, elle travaille alors sur le projet avec un développeur. Sortie fin 2023, Ti3rs se définit comme un « bouclier numérique contre les échanges qui blessent ». Après avoir été installée sur son smartphone, la solution génère un nouveau numéro de téléphone préservant l’anonymat. Un algorithme et une intelligence artificielle modèrent automatiquement le contenu via un « filtre à injures » remplaçant ces dernières par la mention « langage fleuri ». Les jours et horaires de réception des notifications peuvent être choisis pour éviter le harcèlement. Et, en cas de besoin de preuves (pour porter plainte par exemple), l’historique complet des échanges, horodatés à la seconde près, peut être téléchargé.

L’application, téléchargeable sur tous les « stores », est désormais utilisée par 7 000 personnes en France, dont 95 % de femmes et enregistre 500 utilisateurs(trices) de plus tous les mois, dans ses versions gratuite et payante. Plébiscitée, entre autres, par les Caisses d’allocations familiales et les conseils départementaux, elle est également référencée sur le site arretonslesviolences.gouv.fr. Le chiffre d’affaires de la société, qui n’a encore pas de salarié, a ainsi été multiplié par quatre depuis 2024, passant de 20 000 € à quasiment 80 000 € à mi-2026. « A la fin de cette année, j’aurais atteint 150 000 € », estime Eva Ngallé qui table sur une prévision de 250 000 € pour 2027 en se développant à l’international.
C’est précisément pour répondre à ces demandes venant de l’étranger (de Suisse, de Belgique et du Luxembourg notamment) que la Savoyarde (toujours majoritaire au capital) entame sa seconde levée de fonds. La première, réalisée en 2025 après sa participation à l’émission de M6 « Qui veut être mon associé », lui avait permis de réunir 200 000 €, entièrement investis dans la solution.

Pour cette nouvelle étape, elle recherche 300 000 €, dont 250 000 € auprès de business angels en prises de parts au capital et 50 000 € via la plateforme « We do good ». « En plus du développement à l’international, cette somme me servira également à étendre l’application à d’autres personnes qui ne sont pas victimes de violences conjugales, mais qui ont besoin de filtrer des échanges dans le cadre du travail, par exemple, et qui souhaitent collecter des preuves. »
Trente prix
En 2024, pour faire connaître Ti3rs, Eva Ngallé a participé à 70 concours nationaux qui lui ont permis de remporter 30 prix d’une valeur globale de 70 000 €.








0 commentaires