SNCF Réseau et Eiffage ont procédé, en l’espace de deux week-ends, à la rénovation-modernisation de la bifurcation de Montenay, sur la ligne à grande vitesse Paris-Marseille.
Vendredi 21h40, la circulation des TGV est bouclée entre Mâcon et Grenay, détournée sur d’autres axes. Une opération coup de poing vient de démarrer. SNCF Réseau et le groupement Eiffage Rail (qui rassemble une dizaine de sous-traitants) disposent de 30 heures, selon un planning minuté avec une marge de seulement un quart d’heure au total, pour remplacer 220 m de voies et d’aiguillages de la bifurcation de Montanay, sur la LGV Sud-Est Européenne. Le premier intervenant rassemble 70 hommes, le deuxième 100, qui vont se relayer en trois-huit. Nous sommes sur l’axe à grande vitesse Paris-Lyon, le plus circulé d’Europe avec un tiers du trafic TGV national, 184 trains par jour en moyenne et 52 millions de voyageurs en 2019. La circulation doit donc impérativement reprendre le dimanche à 7h15. Cela, même si « des scénarios de repli ont été imaginé en amont, pour pouvoir réagir, si tout ne fonctionne pas comme prévu, notamment, pour prévenir nos clients », indique Alexandre Bertholet, directeur de l’Infrapôle LGV Sud-Est Européen.
Un axe stratégique


Ce scénario s’est répété lors des deux week-ends prolongés de l’Ascension et de la Pentecôte, moins fréquentés, une fois pour remplacer les voies dans le sens nord-sud, une fois pour les renouveler dans le sens sud-nord. Un chantier à 11,2 M€, financé par SNCF Réseaux et France Relance. « Les opérations ont nécessité plus de trois ans de préparation, pour permettre aux passagers de continuer à utiliser les TGV et modifier les horaires en tenant compte de parcours plus longs, relève encore Alexandre Bertholet. Plus de 300 trains sont impactés par ces travaux. »
Des travaux minutés
Outre les phases préparatoires, le chantier a démarré bien en amont des deux opérations coup de poing. Une aire de montage a été aménagée à Civrieux, entre juillet décembre. Là, les voies, traverses et mécanismes d’aiguillage ont été assemblés, de janvier à avril, avant d’être acheminés, aux jours J des opérations, sur le site de la bifurcation. En fait, les 220 m de voies à remplacer sont arrivés en cinq panneaux. « Nous avons commencé par déposer les installations de sécurité et consigner les catenaires. Puis, nous avons procédé au chalumage et à la coupe des rails, à la dépose des voies et à l’évacuation des vieux ballasts, retrace Bertrand Seguin, pilote des opérations. Ensuite, nous avons mis en œuvre la sous-couche de ballast et posé un chemin de roule provisoire pour l’acheminement des panneaux. Ces derniers installés, nous pouvons poursuivre avec le ballastage de la voie, le bourrage et la stabilisation du ballast, le régalage de la voie, la soudure des rails par aluminothermie, le remontage des installations de sécurité et le réglage des caténaires. Enfin, après vérifications et essais techniques, nous pouvons restituer les voies à la circulation, tout en surveillant les premiers passages. Sur 30 heures, nous changeons une section complète de voies, avec une tolérance géométrique de quelques millimètres, pour des trains qui vont rouler à 120 km/h et plus. » Après ces deux opérations coup de poing, il reste encore 15 jours de travaux de finition.

Des matériaux recyclés
Ces aiguillages avaient été posés en 1990 dans le cadre du prolongement de la LGV Paris-Lyon jusqu’à Valence pour les jeux olympiques d’Albertville en 1992. Ils avaient donc 30 ans et les ballasts, les traverses, les rails arrivaient en fin de vie. Ils ont été remplacés pour maintenir la robustesse de l’axe. Les anciens matériaux seront recyclés autant que possible, les ballasts en particulier, sur voies ou sur routes, mais aussi le fer qui sera refondu. Quant aux traverses en bois, remplacées par des traverses en béton, elles seront traitées par un centre dédié, en Belgique, qui les détruit dans des fourneaux spécialisés.
Un chantier, deux innovations

Ce chantier est marqué par deux innovations. La première a permis à la circulation des trains de reprendre à 120 km/h dès le lundi, au lieu de 100 habituellement, amoindrissant l’impact du chantier sur les temps de parcours. Cette vitesse réduite reste en vigueur une quinzaine de jours, le temps de stabiliser les ballasts. Sinon, les TGV roulent à 300 km/h en direction de Marseille, 220 km/h en direction de Lyon. La deuxième (en photo) concerne les aiguillages eux-mêmes qui, pour la première fois, seront manœuvrés par des tringles directement intégrées dans les traverses, à l’intérieur de support métalliques creux.
820
L’Infrapôle LGV Sud-Est Européen en chiffres, c’est 820 agents et…
790
… C’est 790 km de ligne à grande vitesse entretenus entre Paris et Marseille, soit 1 500 km de voies.
Sébastien Jacquart








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