Une vision transversale de l’industrie 4.0

Une vision transversale de l’industrie 4.0

Le dernier rendez-vous de l’industrie du futur et du numérique de l’UIMM de l’Ain a fait intervenir différents secteurs d’activité, pour comparer les enjeux.

« Le choix d’Alimentec pour notre 4e journée thématique consacrée à l’industrie 4.0 n’a rien de fortuit », a introduit François Perrier, président de l’UIMM de l’Ain, lors de ce rendez-vous, mardi 18 juin. L’organisation professionnelle avait en effet décidé d’aborder le sujet de manière très transversale, en faisant intervenir différents secteurs d’activité, industriels ou non, toujours avec la volonté de place l’Homme au cœur de la digitalisation des métiers. Il s’agissait de voir si les enjeux étaient les mêmes pour tous, s’il était possible de dupliquer les bonnes pratiques, d’identifier les points de vigilance, les atouts… Sachant que la France, avec un parc de machines vieillissant, est rapidement apparue comme en retard, au cours des débats.

Élisabeth Gaillarde, directrice du marketing stratégique et du marketing de l’innovation chez Colas, exploitant de carrières et entreprise de travaux publics, a cité trois cibles à son approche du 4.0. « La première, ce sont nos salariés, que nous formons à la sécurité à l’aide de la réalité virtuelle ou pour lesquels nous avons développé un exosquelette pour améliorer les conditions de travail, dans l’étalement du bitume. La deuxième, ce sont les riverains de nos chantiers. Le système de tracking de nos camions d’enrobé permet de réduire les temps d’attente, donc le bruit. Et nous venons d’intégrer un outil de gestion des flux de poids lourds autour des chantiers. La troisième cible, ce sont nos clients. Nous avons développé des solutions virtuelles de conception qui leur permettent de se projeter dans le projet. Cela fait évoluer nos métiers de la simple réponse à une commande, un appel d’offres, vers une approche servicielle. Nous avons ainsi beaucoup de nouveautés, de pistes à explorer pour comprendre comment fonctionnent les technologies et choisir lesquelles intégrer. »

Valeur ajoutée

La société travaille sur la route de cinquième génération, la route connectée. Elle est d’ailleurs partie prenante du projet Transpolis, sur le territoire de la Plaine de l’Ain, une véritable ville à l’échelle réelle dédiée à l’autonomisation des véhicules. « Le digital remet en question la création de valeur. Aujourd’hui, la plus-value de nos entreprises réside dans leur capacité à gérer les aléas de chantier. Demain, avec le BIM, la modélisation informatique des chantiers, il n’est plus censé y avoir d’imprévu, explique Élisabeth Gaillarde. Nous voyons émerger par ailleurs avec la voiture autonome, de nouveaux concurrents qui ne sont pas issus de notre secteur d’activité. Devons-nous nous résoudre à devenir sous-traitant des Gafa ? Notre objectif, c’est de faire de la route de demain, une véritable smart road. »

Cette question de la valeur se pose aussi pour l’agroalimentaire. « Les nouvelles technologies sont bienvenues dans notre secteur. Mais si l’amont, la production agricole, et l’aval, le consommateur, sont plutôt bien servis, c’est moins vrai pour l’ingrédient, observe Bernard Ruffieux, chercheur au laboratoire Gael, rattaché à l’Inra, et chargé de mission du ministère de l’Agriculture. Il faut réconcilier l’agriculture avec l’industrie de première et deuxième transformations, ainsi que le citoyen avec le consommateur, pour redonner une cohérence à la filière. »

Le nucléaire, filière très intégrée, se sent moins menacé. Les barrières à l’entrée, les exigences de certification, sont importantes. « L’enjeu, c’est l’interfaçage avec les énergies renouvelables, la prise de relais de l’intermittence, estime Jean-Philippe Ballaz, directeur régional de la commission numérique du Pôle Nuclear Valley. Face au renouvellement du parc nucléaire français, il nous faut intégrer des outils de simulation, d’internet des objets, de blockchain et de jumeau numérique. Ces technologies pourraient notamment répondre à des enjeux de réduction des coûts et de fluidification des échanges. Aujourd’hui, 50 % du prix d’une pièce est lié aux papiers. »

Machine learning

À l’inverse, le plasturgiste Adduxi, fournisseur de l’automobile allemande, a dû intégrer l’industrie 4.0 à marche forcée, ce qui lui donne un certain recul, à présent. Avec des temps de cycle assez élevés, l’entreprise a dû gérer un taux de rebut que son dirigeant, Alain Palisse, jugeait inacceptable. « Nous avons travaillé en machine learning pour améliorer l’algorithme du fournisseur de systèmes de contrôle vision, pour détecter plus efficacement les positifs, les négatifs, les faux positifs et les faux négatifs. Le problème ne venait pas du programme informatique, mais d’une base de décision trop restreinte. En fournissant des métadonnées à son concepteur, nous avons réduit les rebuts, amélioré le retour sur investissement et les résultats, acquis une meilleure maîtrise de la complexité. » Alain Palisse y voit par ailleurs un avantage en termes de RH. « Intégrer de telles technologies permet d’attirer de jeunes talents dans l’entreprise. »

table ronde industrie 4.0
Les participants de la table ronde “Industrie 4.0, où en est-on dans les différents secteurs ?”

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Une étude, conduite par Grenoble INP auprès de 87 PME identifiée comme bien avancées dans la transformation numérique, a établi cinq clés de réussite : l’élaboration d’une stratégie, un choix des technologies à implémenter basé sur les besoins de l’entreprise, une capacité d’innovation et à intégrer un écosystème d’innovation, ainsi que la gestion des compétences.

Les compétences, un enjeu prégnant

Les entreprises manifestent spontanément leur volonté d’intégrer l’homme dans la transformation 4.0 de l’industrie.

Forte d’une étude menée auprès de 87 PME de l’arc alpin sur les clés de réussite de la transformation numérique (lire ci-dessus), Grenoble INP a souhaité pousser plus avant la question des compétences. La place de l’Homme dans l’industrie 4.0 avait en effet était évoquée spontanément par la majorité des entreprises interrogées. Et cela, sans différence notable d’un pays à l’autre. Une nouvelle étude, baptisée “4.H”, s’est focalisée sur trois entreprises, deux qui semblaient avoir réussi leur transition, une qui avait échoué dans l’intégration d’un robot. « Les enseignements de ce focus démontrent que les opérateurs sont contents d’adopter de nouvelles technologies. C’est un vrai plus en termes d’image pour attirer de nouvelles recrues, note Valérie Rocchi, chargée de la thématique industrie du futur au laboratoire G-Scop de Grenoble INP. Pour réussir à impliquer les opérateurs, il faut identifier les compétences en présence et les compétences nécessaires. Des formations internes et externes sont également nécessaires. Les entreprises ont besoin de salariés en autonomie, qui ne subissent pas la machine, mais travaillent avec et montent en compétences. » Et Valérie Rocchi d’indiquer que Grenoble INP peut accompagner les PME, dans cette démarche.

L’UIMM planche elle aussi sur ces questions, avec les différents comités stratégiques. « Nous travaillons également avec le monde académique et les centres de recherche, à identifier parmi les différentes briques technologiques, lesquelles implémenter », note Sawsen Ayari-Pouliquen, chef du service Filières et interindustrie de l’UIMM nationale.

Enfin, pour Fabien Laleuf, directeur des ventes de la division robotique et automatismes d’ABB, il est très compliqué pour les grosses industries qui travaillent en feu continu et ont investi dans des lignes pour 20 ou 30 ans, de remettre en question leurs organisations. « Elles seront intéressées par des petites unités autonomes, faciles à intégrer et évolutives. »

Des projets européens pour l’agroalimentaire

Pôle de compétitivité dédié à la mécanique, Viaméca participe à deux projets lancés par le réseau européen d’innovation Smart Sensor 4 Agri Food, dont l’objectif est de permettre au secteur agroalimentaire de franchir le gap 4.0, en accompagnant l’implantation de nouvelles technologies, notamment de capteurs. Lancé en novembre 2018 jusqu’à octobre 2020 et doté de 500 000 euros, Connsensys mène un travail de prospection pour mieux connaître les besoins des PME agroalimentaires, des offreurs de solutions et des plateformes, puis proposer un guide des technologies, d’une feuille de route de l’implémentation et de la formation.

Projet complémentaire de Connsensys, S3 Food est doté de 5 millions d’euros de crédits, dont 75 % sont destinés à accompagner des PME sur des projets collaboratifs. Deux appels à candidatures doivent être lancés à partir de février 2020, avec à la clé pour les entreprises lauréates, un financement jusqu’à 100 %, dans la limite de 60 000 euros, de leurs études de faisabilité, du prototypage ou de la création d’un démonstrateur.

Diagnostic 4.0

Dispositif créé par l’UIMM, le Diagnostic 4.0 permet d’évaluer si une entreprise dispose des facteurs clés de succès pour engager sa transformation numérique et le niveau de déploiement de ces derniers, à travers l’étude de son business model, de son offre de produits et services, de sa chaîne de valeur et de sa gestion des ressources humaines. Partant de cette double évaluation, une trajectoire de transformation peut être déterminée.


Par Sébastien Jacquart

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