Vincent Veillon forme, avec son complice Vincent Kucholl, le duo le plus célèbre de Suisse qui fête cette année ses 10 ans de présence à la RTS avec l’émission 26 minutes, puis 120 minutes et maintenant 52 minutes. Interview.
Avec Vincent Kucholl vous formez le duo le plus célèbre de Suisse. Comment cela a-til commencé ?
La rencontre avec Vincent, que je ne connaissais pas du tout, a eu lieu en 2009 lors de mon engagement à la radio Couleurs 3 où il travaillait déjà en tant que chroniqueur depuis quelques années. De mon côté, j’avais fait mon parcours de jeune animateur radio et étudiant en art visuel. Un an après mon arrivée à Couleurs 3, j’ai eu l’occasion de produire la matinale. Avec Vincent, nous nous sommes dit : « Pourquoi ne pas faire une version vidéo de cette chronique 120 secondes qui existait déjà depuis quelques mois avec un autre animateur ? » J’avais envie de faire de l’image et ça a marché. Tout s’est ensuite enchaîné.
Dans 52 minutes, vous présentez le téléjournal. Etiez-vous intéressé par le journalisme ?
Non, je suis plutôt un amuseur, un animateur. J’ai commencé assez tôt, vers l’âge de 16 ou 17 ans, à faire de la radio. Je faisais aussi du théâtre et de la musique. Mais le journalisme ne m’a pas attiré même si 52 minutes est une sorte de parodie du téléjournal.
Comment fonctionne l’humour entre Vincent et vous ?
Nous sommes assez raccord au niveau de l’humour. Notre ligne directrice, c’est le commentaire. Nous prenons une situation, une actualité, un fait de société qui parle aux gens et nous en faisons un commentaire. Nous avons le même regard un peu désabusé, cynique, sur le monde. Ça c’est pour le fond. Pour la forme, nous sommes tous les deux très attachés à notre petite Suisse romande, donc nous en avons fait notre fonds de commerce avec un goût prononcé pour les accents, les régionalismes, les clichés aussi et les différentes parties de la Suisse francophone. Nous avons tous les deux adoré imiter nos supérieurs à l’armée. Nous avons le même goût pour l’observation et la même tendresse pour nos concitoyens. Ensuite, comme dans tous les duos, nous débattons car il faut ajuster un peu, mais la plupart du temps nous sommes sur la même ligne.
Avez-vous un personnage préféré ?
C’est difficile de vous répondre car nous fêtons nos dix ans à la télévision et nous nous demandons plutôt quel personnage devrait passer à la trappe. Nous réfléchissons à comment nous renouveler. Quand on me pose cette question, je réponds toujours que je n’ai pas de préférence car tous les personnages ont des traits singuliers. Ils amènent tous quelque chose. Ils sont tous un peu bêtes et aucun ne se prend vraiment au sérieux. Ou alors si, mais ça ne le fait pas et il y a toujours une forme de décalage. En fait, je pense que chaque spectateur a son classement de personnages préférés.
Mais certains sont tout de même mythiques comme le militaire suisse alémanique…
C’est vrai qu’on nous parle souvent des personnages suisses allemands. Il y a un petit plaisir à pouvoir se moquer de personnages suisses allemands parce que les Alémaniques sont un peu nos chefs. Et puis, il y a l’interprétation de Vincent qui est super et plein de gens pensent qu’il est bilingue alors qu’il ne l’est pas du tout. Le personnage du militaire incarne une forme d’autorité, mais en même temps l’armée suisse est toujours un peu un objet de nonsens dans un pays neutre. C’est très complexe tout ça et je pense que cela apporte aussi de l’épaisseur au personnage.
Pensez-vous avoir été influencés par les Guignols de l’info ?
Oui, à leur bonne période, avant que Vincent Bolloré rachète le groupe. Les Inconnus, les Guignols, c’est évidemment des références que nous avons en commun avec Vincent. Surtout en parlant des Guignols, l’envie de ne pas faire de l’humour trop militant. J’ai des souvenirs de sketches où ça tapait un peu partout. C’est vraiment une de nos lignes de conduite, rester agiles entre la gauche et la droite, se moquer autant des professeurs syndiqués que des industriels.
Vous avez joué avec succès à Paris en 2014. Avez-vous de nouveaux projets ?
Nous avons joué 120 secondes : la Suisse expliquée aux pauvres Français. Je me souviens de spectateurs qui disaient « Ah, vous auriez pu y aller plus fort contre nous ! » C’est toujours cette espèce de culture romande de la prudence, de ne pas trop faire de vagues, que ce soit avec nos chefs nationaux que sont les Suisses allemands ou avec nos chefs culturels que sont les Français. On a un peu d’appréhension à les taquiner. Nous n’avons pas spécialement l’envie et l’ambition de faire le grand saut parisien car nous avons envie de développer l’humour en Suisse romande avec cette émission qui est encore, même après 10 ans, un peu un catalyseur. C’est aussi une réponse de froussard que je vous donne, parce que c’est vrai que nous avons aussi de la peine à nous imaginer dans la jungle parisienne. Nos prochains projets se portent plutôt vers le développement de séries ou de longs métrages. Nous avons participé à quelques projets de séries, mais en tant qu’acteurs, ce qui est intéressant comme exercice, mais nous restons des auteurs. Cela étant, l’écriture d’une série est vraiment loin de celle des sketches de cinq ou six minutes. Nous nous en rendons compte avec nos projets en cours. Nous sommes face à de nouvelles difficultés, de nouveaux enjeux. Ce n’est pas du tout gagné d’avance. C’est un vrai métier. Nous nous entourons d’ailleurs de gens qui ont de l’expérience dans la technique scénaristique et dans la manière de construire des personnages sur une heure et demie.
Vous faites rire les gens, mais qu’est-ce qui vous fait rire ?
Mes enfants, ma femme. Certains collègues humoristes comme Thomas Wiesel, notamment. L’humour absurde m’amuse, j’ai du plaisir à revoir Monty Python, par exemple.
Odile Habel
Cet article est issu de notre magazine L’Extension Printemps 2025 disponible gratuitement au format liseuse en ligne ici >>









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