JO d’hiver 2030 : une polémique durable

par | 20 Nov 2024

En première ligne du réchauffement climatique, les territoires de montagne s’engagent. Tous les acteurs, qu’il s’agisse des exploitants, des équipementiers, des hébergeurs… et des marques veulent réduire leur impact environnemental. Les JOP d’hiver 2030 seront-ils « une formidable opportunité pour réussir la transition écologique… et faire des choses qui sont belles », comme le croit François Gemenne, géopolitologue et coauteur du 6e rapport du GIEC ?

Les Jeux Olympiques 2030 ont été attribués aux territoires des alpes, le Premier ministre Michel Barnier ayant apporté la garantie financière de l’État. Mais en toile de fond, c’est surtout la question environnementale qui génère des polémiques. Les jeux olympiques sont-ils l’expression d’un modèle économique à l’agonie comme l’estiment les opposants ? Ou au contraire une chance pour accélérer des projets et des infrastructures utiles aux populations des Alpes dans leur quotidien ?

« C’est une candidature de territoire qui revient à cette notion de massif des Alpes qui est d’abord une réalité physique et pas seulement administrative », rappelle Fabrice Pannekoucke, président de la région Auvergne-Rhône- Alpes, qui évoque l’organisation conjointe avec Provence- Alpes-Côte d’Azur. « Nous sommes dans une candidature singulière sur un aussi grand territoire, dans un calendrier très ramassé et sous une forme artisanale », estime-t-il, soulignant le délai d’un an entre la décision de mener ce projet commun et l’attribution du Comité international olympique (CIO) le 24 juillet.

Un laps de temps dénoncé par les opposants estimant que cette rapidité nuit à la réflexion et fait figure de déni démocratique en ne laissant pas à la société civile la possibilité de se positionner. « Les JO ouvrent la porte à des projets dont les habitants ne voulaient plus », dénonce Valérie Paumier, présidente de Résilience montagne, une association membre du collectif No-JO : « La montagne représente quand même 22 % du territoire français. On condamne la transition environnementale des zones de montagne pour les trente-cinq ans à venir. Alors que depuis dix ans, ces territoires devraient se transformer. »

De son côté, Franck Piccard, premier champion olympique français de super-G en 1988 et propriétaire de magasins de sport aux Saisies, plaide pour une prolongation de la dynamique post-JO et pour une écoute de la population. « C’est là où le bât blesse pour 2030. Quand on voit le phénomène du ski à outrance dans les Savoie, je doute que les habitants des Hautes-Alpes souhaitent la même chose ».

3,9 : c’est en milliards d’euros le budget de fonctionnement et d’investissement des JOP 2030.

« Les grands événements sportifs internationaux sont des moments d’accélération pour les territoires », complète Fabrice Pannekoucke. Franck Piccard insiste sur la nécessité « d’aller un cran plus loin que ce qui a été fait en 1992 et à Paris en 2024 ».

Accélérer les projets

La question du durable est l’argument central des organisateurs qui s’appuient sur le réemploi à plus de 90 % des installations des Alpes du Nord. « Nous allons réutiliser les infrastructures existantes d’Albertville, mettre en place des nouveaux modes de transport par câble pour supprimer des milliers de voitures, et utiliser l’eau de nos torrents pour produire de l’énergie renouvelable », détaillait Laurent Wauquiez, encore président de la région Aura, le jour de l’annonce du CIO le 24 juillet dernier.

« Les grands événements sportifs internationaux sont des moments d’accélération pour les territoires », complète Fabrice Pannekoucke. Franck Piccard insiste sur la nécessité « d’aller un cran plus loin que ce qui a été fait en 1992 et à Paris en 2024 ». Favorable à la dimension sportive et festive des jeux, il espère qu’ils seront l’occasion « de sortir des sentiers battus. Les JO peuvent donner l’impulsion nécessaire pour la suite ». Selon lui, par exemple, la construction des villages olympiques et des tribunes au bord des pistes peut être évitée en favorisant le digital pour retransmettre les épreuves.

« Il faut aussi utiliser les structures et les hébergements actuels pour accueillir les athlètes à seulement quelques kilomètres des sites d’épreuves pour limiter les déplacements », considère le skieur des Saisies. Ayant répondu aux enjeux du développement durable, les championnats du Monde Courchevel Méribel 2023 sont souvent cités comme exemple. « Ils ont permis de donner une inclinaison nouvelle à la façon dont on souhaite organiser de tels rassemblements, analyse Fabrice Pannekoucke. Ce n’est pas un voeu pieux de vouloir faire des jeux durables. Il faut pouvoir s’appuyer sur les exemples de ces dernières années menés avec succès. »

« Les voies de communication créées en 1992 servent aujourd’hui à des milliers de personnes », dit Franck Piccard. Des arguments qui s’apparentent à du greenwashing pour le collectif No-JO qui montre également du doigt un projet coûteux. « Ce ne sont pas des investissements mais des dépenses car ce n’est jamais rentabilisé avec les JO », assène Valérie Paumier.

Concernant la mobilité, Franck Piccard la voit comme l’opportunité de créer de nouveaux liens entre les Alpes du Nord et du Sud. « Les voies de communication créées en 1992 servent aujourd’hui à des milliers de personnes », dit-il. Des arguments qui s’apparentent à du greenwashing pour le collectif No-JO qui montre également du doigt un projet coûteux. « Ce ne sont pas des investissements mais des dépenses car ce n’est jamais rentabilisé avec les JO », assène Valérie Paumier.

En quête d’or blanc

Sur la question de l’enneigement, les partisans considèrent que rien ne dit que la neige ne sera pas au rendez-vous en 2030. « Les sites choisis ne sont pas identifiés comme étant ceux ayant un problème d’enneigement », complète Fabrice Pannekoucke, précisant qu’ils sont déjà bien équipés en enneigeurs et que des installations complémentaires seront réalisées à la marge, avec la possibilité d’accélérer des innovations dans ce domaine, en s’appuyant notamment sur les énergies renouvelables pour produire la neige artificielle.

De la même manière, il balaye d’un revers de la main la problématique des retenues collinaires : « Elles sont multi- usages et servent aussi aux troupeaux en alpage, à la lutte contre les incendies, à la production d’hydroélectricité… Nous devons trouver des solutions pour limiter l’évaporation. Il interroge : De quels volumes d’eau parle-t-on comparés aux précipitations sur nos territoires ? » Pour les détracteurs, il y a peu de chance qu’ils parviennent à mobiliser en masse les citoyens sur un territoire aussi vaste et ainsi faire pencher la balance de leur côté. La question va être de déterminer quels seront leur rôle et leur action dans l’organisation.

« Nous devons favoriser le dialogue pour combiner nos forces », estime Fabrice Pannekoucke, qui réfléchit à intégrer les associations dans les discussions du Comité d’organisation rassemblant les deux régions, le gouvernement et le comité national olympique. « La montagne de demain à laquelle j’aspire est une montagne dans laquelle on va pouvoir vivre », poursuit le président de la région Aura. « L’économie ne tourne pas qu’autour du ski et du tourisme estival, mais aussi de l’agriculture, de l’industrie… »

« Cette candidature souhaite faire rêver autour de la neige alors qu’elle risque de manquer, en obligeant à skier en grande partie sur de la neige artificielle dans des domaines toujours à plus haute altitude. »

Des Jeux entre “accélération” et “non-sens”

Les opposants dénoncent une candidature à l’encontre de la montagne de demain, où le ski ne sera plus au coeur du modèle économique. Pour les partisans des JO 2030, ils sont une chance pour les Alpes. L’opportunité, selon eux, d’accélérer la construction et le déploiement d’infrastructures vitales pour assurer l’avenir des territoires de montagne.

Contre / Fiona Mille, présidente de Mountain Wilderness : « Il faut un débat territorial »

Pour quelles raisons Mountain Wilderness désapprouve la candidature des Alpes françaises aux JO d’hiver 2030 ?

« Avec ce projet, nous nous engageons vers un événement international hivernal qui n’aura sans doute plus de sens en 2030. »

Avec ce projet, nous nous engageons vers un événement international hivernal qui n’aura sans doute plus de sens en 2030. Cette candidature souhaite faire rêver autour de la neige alors qu’elle risque de manquer, en obligeant à skier en grande partie sur de la neige artificielle dans des domaines toujours à plus haute altitude.

La transition environnementale est-elle possible en conservant la dimension sportive de la montagne ?

Oui, il est possible de faire rêver autour du sport et de la fête. Remettre en cause les Jeux d’Hiver ne signifie pas le refus d’événements festifs et fédérateurs. Nous pourrions faire de 2030 une belle perspective commune en célébrant la réussite des territoires alpins dans toute leur diversité pour atteindre leurs objectifs concrets de transitions.

Vous évoquez le risque de créer un déséquilibre entre les territoires, c’est-à-dire ?

D’énormes moyens financiers vont être mobilisés. Or cet argent pourrait servir à développer un autre modèle économique. Comment ne pas faire des JO l’unique objectif pour l’horizon 2030 qui doit être celui de la transition, environnementale, sociétale, touristique et économique ? Les aménagements et investissements prévus risquent d’enfermer les Alpes dans un modèle obsolète.

Quelles sont les actions prévues dans les mois à venir ?

Nous serons présents lors des discussions pour défendre notre position en faveur d’une organisation avec un moindre impact sur l’environnement. Nous voudrions que la population puisse s’exprimer. Plus qu’un référendum et une réponse oui ou non, il faut un débat territorial. Dans cette perspective, nous allons organiser des actions participatives pour donner la parole aux Alpins.

Pour / Antoine Dénériaz, président de la commission des JO 2030 à la région Aura et champion olympique de descente : « Une chance pour accélérer les projets »

En quoi ces JO seront-ils différents des précédents ?

« En 1992, pour les Jeux d’Albertville, nous n’étions pas autant préoccupés par le changement climatique et le développement durable. Avec les JO 2030, l’idée est de revaloriser ce qui a été fait pour Albertville 92. »

En 1992, pour les Jeux d’Albertville, nous n’étions pas autant préoccupés par le changement climatique et le développement durable. Avec les JO 2030, l’idée est de revaloriser ce qui a été fait pour Albertville 92. De montrer que les équipements servent depuis trente ans pour le sport et le tourisme. Ils ont permis de développer les infrastructures routières qui manquaient, utiles pour le développement économique de la Tarentaise et des Savoie. Sans ces Jeux, elles ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui.

Quels sont les bénéfices attendus pour les Alpes ?

L’ambition est que ces Jeux participent à la transformation de la montagne, en accélérant la prise de conscience sur la durabilité. Ils sont une chance d’aller plus vite dans la mise en place d’infrastructures comme l’ascenseur valléen (exemple celui reliant Bozel à Courchevel, NDLR), en réduisant l’impact de la circulation automobile, avec également le déploiement de transports en commun… Sans négliger les effets sur l’économie et les emplois, en créant des perspectives d’activité pour les entreprises locales.

L’enneigement pose question… quelles solutions ?

Rien ne prouve qu’il n’y aura pas de neige en 2030, même si aujourd’hui la tendance n’est pas bonne. Les Jeux peuvent aussi être, à ce titre, un vrai laboratoire d’innovations pour améliorer les systèmes de production de neige de culture, en s’appuyant, par exemple, sur les énergies renouvelables.

Quelles vont être les prochaines étapes ?

La commission JO 2030 de la région Aura va entrer dans une autre sphère. Maintenant nous ne sommes plus candidat, mais organisateur. Un comité d’organisation va donc se mettre en place réunissant les deux Régions, le comité olympique français et le gouvernement. L’idée d’intégrer des associations opposées au projet a également été émise. À voir comment tout cela va se concrétiser.


Sandra Molloy


Cet article est issu de notre Panorama économique des domaines skiables 2024-2025, disponible au format liseuse en ligne ou au format papier.

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