Après un an d’exploitation, Estelle Grumet a pour ambition de développer son cheptel et de construire son bâtiment d’élevage ovin.
« Avec un cheptel d’un peu plus de 530 000 brebis, Auvergne-Rhône-Alpes est la 3e région ovine française derrière l’Occitanie et Paca (Provence-Alpes-Côte d’Azur). À ce titre, il est important de soutenir nos éleveurs face à la crise sanitaire provoquée par la fièvre catarrhale ovine (FCO), notamment les sérotypes 3 et 8. Afin de répondre à cette problématique, nous avons modifié notre plan de filière ovine en décembre 2024 et février dernier, a précisé le conseiller régional Alexandre Nanchi, jeudi 21 février, lors de sa visite à la bergerie d’Esthil. Un plan de soutien régional inédit de 1,5 M€ permettant de maintenir la production et la reconstitution du cheptel. Et depuis le 19 février, les éleveurs peuvent demander cette aide en déposant un dossier sur la plateforme de la Région. »
Une aide qui peut atteindre jusqu’à 10 000 €, avec un soutien bonifié pour les jeunes agriculteurs et les exploitations les plus fragiles. Aussi, la rencontre organisée sur la commune de Thil, avec Estelle Grumet, était l’occasion d’un dialogue direct et constructif pour évoquer les problématiques liés à l’agriculture et à l’élevage. Par ailleurs, l’éleveuse, à la tête d’un cheptel de 120 mères composé à 98 % de brebis de race Noire du Velay et de 2 % de brebis Solognotes, a fait part de son ambition de doubler son troupeau et de construire sa bergerie.
« Je suis partie de zéro, a rappelé Estelle Grumet. J’ai créé mon cheptel avec des agnelles de sélection et c’est très important. » Pour l’accompagner au quotidien, elle travaille avec des chiens de troupeau de race Border Collie et des patous protecteurs (Montagne des Pyrénées). Installée depuis le 1er janvier 2024, la bergère a obtenu un financement de la Région. Tout d’abord la dotation jeunes agriculteurs (DJA) à hauteur de 48 000 € dans le cadre de son installation et, en décembre dernier, une aide de 11 250 € pour améliorer le potentiel du cheptel.
De prés en prêts
En attendant la réalisation de sa “vraie” bergerie, les brebis ont pris leurs aises dans d’anciennes serres que la jeune femme a aménagées en conséquence. « C’est du provisoire. Mais si tout va bien, le bâtiment d’environ 1 000 m² devrait être opérationnel fin 2025, s’enthousiasme Estelle Grumet aux côtés de Valérie Pommaz, maire de Thil, et de son papa, Robert Grumet. C’est un investissement important. Avec le laboratoire de découpe, il avoisine les 280 000 €. »
Un projet pour lequel elle pourrait bénéficier du programme régional du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader). « C’est en cours d’instruction », a assuré Alexandre Nanchi. L’été, le troupeau pâture, de prés en prés, sur les communes de Thil et de Saint-Maurice-de-Beynost.
L’éleveuse qui investit dans l’objectif de pouvoir commencer à vivre de son travail a rappelé que, pour cela, « il faudrait avoir un cheptel qui tourne. Cela sous-entend 300 mères adultes, auxquelles il faut ajouter les naissances, soit 600 agneaux à l’année. J’en suis loin et certains jours, c’est compliqué. »
En effet, très concrètement, « la filière ovine viande est mise à mal depuis plusieurs années en France, a expliqué Estelle Grumet. Les producteurs sont de moins en moins nombreux et la FCO n’a rien arrangé. Dans l’Ain, la perte enregistrée est de 10 % contre 50 % dans l’Isère. Ça fait mal, d’autant plus si vous êtes à deux ans de la retraite, comme cela s’est produit pour certains éleveurs. Pour ma part, j’ai perdu 13 brebis dont beaucoup étaient doublées d’agneaux, ce qui équivaut à une perte économique de 10 000 €. » Une gestion d’aléas dont elle se serait bien passée, avec ses prêts à honorer, « ce qui n’est pas simple lorsque l’on vient de s’installer ».
Carole Muet









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