Entre terre et eau, le Conservatoire d’espaces naturels a lancé l’opération nationale Fréquence Grenouille pour la préservation de la biodiversité. Rendez-vous était donné, samedi 1er mars, sur le Plateau d’Hauteville.
Selon la citation de Paul Éluard, « il n’y a pas de hasards, il n’y a que des rendez-vous ». C’est donc tout naturellement que la campagne nationale Fréquence Grenouille, qui vise à sensibiliser à la nécessité de préserver les zones humides, a été lancée sur le Plateau d’Hauteville, après une balade dans les marais en Jarine (du côté d’Aranc) et de Vaux (du côté de Cormaranche). Des milieux humides qui font partie du site “marais et tourbières des montagnes du Bugey”, deuxième plus grande zone humide de l’Ain.
D’ailleurs, Yves François, président du Conservatoire d’espaces naturels Rhône-Alpes – CEN (Ain, Ardèche, Drôme, Loire et Rhône), s’est dit heureux « que cette campagne de sensibilisation nationale autour des zones humides a mis un coup de projecteur sur un travail collectif engagé depuis plus de 30 ans pour la préservation de ce site exceptionnel ».
Les travaux de restauration écologique qui ont été menés ont permis de redonner au marais de Vaux toute sa fonctionnalité de zone humide préservée. « Il s’agit encore d’une mise en lumière d’une collaboration exemplaire avec le Département et des acteurs locaux (chasseurs, pêcheurs, agriculteurs) autour des espaces naturels sensibles (ENS), ajoutait Yves François. Une renaturation et une mise en valeur qui en font, à l’échelle du bassin Rhône-Méditerranée-Corse, un site vitrine. »
L’occasion lui était encore donnée de remercier l’Agence de l’eau RMC qui s’est beaucoup investie auprès du CEN et de la commune nouvelle de Plateau-d’Hauteville, dans la restauration du marais de Vaux. Sans oublier l’Union européenne (Feder), l’État (Fnadt et le Fonds vert), le Syndicat de la rivière d’Ain Aval et de ses affluents (SR3A), Haut-Bugey Agglomération et les communes du Plateau d’Hauteville.
Projet de territoire
« Un véritable projet de territoire visant tout autant la préservation de la ressource en eau, l’amélioration de l’offre touristique et la participation à la valorisation des patrimoines du secteur, y compris paysagers », s’enthousiasmait Yves François aux côtés de Stéphane Martinon, du SR3A, et de Geneviève Magnon, vice-présidente de l’association Ramsar France. Car le site, d’une superficie de 1 050 ha, a été labellisé Ramsar le 22 mars 2024. C’est le troisième du département et le 55e de France.
« À ce cadre institutionnel, nous avons souhaité associer un après-midi ludique et artistique avec l’animation “Marais-vous ! ” parce que c’est en suscitant des émotions que l’on arrive à une meilleure sensibilisation », a ajouté Yves François. Ce à quoi, Philippe Emin, maire de Plateau-d’Hauteville et conseiller départemental, renchérissait : « Cette labellisation constitue l’aboutissement d’un long travail. » D’ailleurs, au cœur de ses animations Nature, le département de l’Ain recevra, du 24 au 26 septembre prochains, le 17e séminaire annuel des acteurs des sites Ramsar français.
55 : C’est le nombre de sites labellisés Ramsar en France, soit plus de 2,5 millions de km². Trois se trouvent dans le département de l’Ain : La Dombes, le lac du Bourget – Marais de Chautagne (Savoie) et de Lavours (Ain) et Marais et tourbières des montagnes du Bugey.

L’Ain, réservoir de biodiversité
Le Département de l’Ain mène depuis plusieurs années une politique ambitieuse de valorisation des Espaces naturels sensibles (ENS), traduite par un Plan Nature. Quarante sites sont labellisés ENS et nombre d’entre eux sont liés à la composante humide. Répartis entre Bresse, Bugey-Valromey, Dombes-Plaine de l’Ain, Pays de Gex et Revermont, ces sites représentent une surface totale de plus de 15 500 hectares.
Avec de nombreux partenaires, comme le Conservatoire d’espaces naturels (CEN) ou le Syndicat de la rivière d’Ain Aval et ses affluents (SR3A), il agit sur les territoires pour préserver et valoriser ces espaces aux caractéristiques naturelles remarquables. Sur le Plateau d’Hauteville, les quatre principales zones humides gérées par le CEN et le SR3A sont d’ores et déjà labellisés ENS. La qualité et la variété de la biodiversité locale en font un territoire d’une grande richesse écologique. D’autres milieux humides, plus petits et à proximité directe, sont aussi gérés par les deux structures.

Valoriser une richesse patrimoniale
Avec “Marais-vous !”, c’était embarquement immédiat pour la soixantaine de personnes venues découvrir la faune et la flore associées aux milieux humides. Une balade d’une demi-journée, ponctuée de deux visites de sites naturels exceptionnels et de temps “ludi’humoristiques” proposés par le comédien professionnel Patrick Cornut, au côté de Séverine Willay, chargée de projets patrimoines et vie associative du CEN Rhône-Alpes. L’événement, porté par ledit CEN en partenariat avec le Conseil départemental de l’Ain et Haut-Bugey Agglomération (HBA), s’est déroulé le 1er mars sur le site Marais et tourbières des montagnes du Bugey, labellisé Ramsar depuis le 22 mars 2024.
« L’opération Fréquence Grenouille démarre au 1er mars de chaque année, pour une durée d’un mois, rappelle Christophe Lépine, président de la Fédération des Conservatoires d’espaces naturels. Ce qui correspond à la période où la nature se réveille timidement. Avec les batraciens qui se précipitent dans les mares, grenouilles et autres crapauds vivaient une hécatombe animale et quotidienne sur les routes. » C’est en ce sens que Fréquence Grenouille a vu le jour en 1995 pour, entre autres objectifs, permettre au plus grand nombre de se mettre à l’écoute de la nature.
Samedi 1er mars, partout en France, le coup d’envoi de cette opération nationale était donné en faveur de la préservation des zones humides et de leurs habitants. Une façon encore de valoriser cette richesse patrimoniale naturelle et culturelle aindinoise. En effet, depuis le début du XXe siècle, les deux tiers des zones humides ont disparu en France, à raison d’environ 10 000 hectares par an, avec un cortège extraordinaire d’animaux et de plantes.
Afin de poursuivre cette sensibilisation, les animations se poursuivent avec la 12e édition du festival Nature Ain qui se déroulera les 23, 24 et 25 mai, à Hauteville. Cette année, ces journées seront placées sous le parrainage de Mundiya Képanga, chef papou de Nouvelle-Guinée et grand défenseur de la forêt primaire. Sans oublier le rendez-vous du 12 juin qui sera consacré à l’arrachage de la solidage, espèce exotique envahissante, sur le Plateau d’Hauteville.

Carole Muet









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