L’institut Forêt cellulose bois-construction ameublement s’est repenché sur une expérimentation conduite en forêt de Val-Revermont, dans les années 1990.
« L’intérêt de ces essais, à l’époque, était de remplacer les pins maritimes, dont les peuplements ne sont pas très beaux. Le pin taeda (pin à l’encens) est plus droit et sa croissance meilleure. Quant au pin serotina (pin des marais), il pouvait produire de la biomasse rapidement et être exploité très tôt. C’est un arbre polycyclique qui pousse très vite et n’est pas si vilain, comparé à d’autres. Mais, il nous a manqué des débouchés. Le pin rigida (pin rigide), enfin, a une plus mauvaise forme, mais, plus nordique, il devait amener une résistance au froid », se souvient François Gastine.
Aujourd’hui retraité, ce technicien local de l’Afocel (Association forêt-cellulose), devenue depuis le FCBA (institut technologique Forêt cellulose bois-construction ameublement), assistait le 15 mai, à la restitution d’essais de plantations d’espèces américaines de résineux auxquels il avait participé, en forêt de Val-Revermont, dans les années 1990. « Finalement, ce sont plutôt les caractéristiques de branchaison qui ont été transmises aux hybrides », remarque-t-il.
Ces essais aindinois n’ont pas été les seuls. Cinq avaient été réalisés en Bourgogne-Franche-Comté. Mais, de l’aveu même d’Alain Berthelot, ingénieur de recherche du FCBA, ils avaient été un peu oubliés.
Ce sont les enjeux du changement climatique qui ont conduit l’institut à se repencher sur ces plantations, trois décennies plus tard, pour « voir ce qui avait survécu et comment les arbres s’étaient comportés. Nous avons été agréablement surpris. Les hybrides sont très vigoureux. Ils se sont parfaitement adaptés, mais ils sont très laids, branchus et tordus. Les taedae sont de meilleure qualité, avec des troncs plus droits et moins de branches. Et ils sont assez vigoureux également. Nous avions 60 à 70 % d’arbres vivants à 30 ans, avant éclaircie, avec des taedae de presque 30 cm de diamètre, contre 27 cm pour les rigidae et serotinae ». À comparer avec les pins Weymouth, déjà cultivés auparavant dans ces bois et qui présentent au même âge, un diamètre de 22 cm.
Objectif atteint
Le taeda répond donc à l’objectif défini pour l’expérimentation, dans les années 1990 : exploiter des sols peu qualitatifs, en l’occurrence des limons compactés et acides, pour produire rapidement des bois à usage industriel. Son hybridation avec le rigida, par contre, ne présente pas d’intérêt. D’autant que l’espèce s’est finalement montrée assez résistante au froid. « Ces arbres ont connu au cours de leur vie, des -16 °C à -18 °C sous abris sans que l’on observe de mortalité particulière », note Alain Berthelot.
Cependant, il est conseillé de le planter en plaine jusqu’à 600 m. Frédéric Blanchon, technicien forestier local du CNPF (Conseil national de la propriété forestière) dit avoir fait un essai à 800-900 m d’altitude. « Nous n’avons pas eu de températures aussi basses, ni de neige lourde, mais rien n’a tenu », rapporte-t-il. Le pin à l’encens ne remplacera donc pas les épicéas du Bugey, qui continuent de souffrir des invasions de scolytes, un insecte ravageur dopé par les sécheresses à répétition des années 2020 à 2023.
« Au-delà de l’usage industriel, le taeda peut aussi servir d’espèce relais, conclut Marin Chaumet, directeur adjoint du pôle Ressources forestières des territoires du FCBA. Son histoire reste à écrire, selon ce que les sylviculteurs et les industriels du bois voudront en faire. »
Nouveaux essais
Le FCBA cherche à présent de nouveaux terrains d’expérimentation, environ 2 hectares, pour comparer des plantations de pins maritimes et de pins à l’encens, à planter au printemps 2026.
Sébastien Jacquart









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