Longtemps considérés comme un marché à part de l’hôtellerie, les hébergements insolites ont le vent en poupe et connaissent, depuis plusieurs années, une forte croissance. En Pays de Savoie et dans l’Ain, cabanes, bulles, yourtes… et portaledges font le bonheur des voyageurs en quête de nuits inoubliables et d’expériences immersives.
Des cabanes sur pilotis ou perchées dans les arbres aux bulles, en passant par les tiny houses et les tentes de luxe, l’offre d’hébergements insolites est en pleine expansion pour répondre aux attentes d’une clientèle qui veut vivre une expérience mémorable et déconnectée. La 3e édition biennale de l’Observatoire de l’insolite, publiée fin 2024 par Unic Stay, montre un marché français porteur, dont le volume d’affaires atteint 430 M€ en 2023, en hausse de 65 % par rapport à 2021, avec 1,2 million de nuitées disponibles (+46 %). Le panier moyen, lui, s’établit en moyenne à 265 € (+18 % depuis 2019), mais il faut compter 301 € pour une nuit en cabane.
Modernisation de l’offre
Quant au parc, dont la croissance est plus mesurée que celle observée post-covid, il compte désormais 2 226 sites professionnels, soit +30 % comparé à 2021. Il ressort, par ailleurs, que les innovations ont marqué le pas au profit de concepts plus aboutis et sophistiqués.
S’agissant de la répartition géographique, Auvergne-Rhône-Alpes arrive encore en tête avec 17 % du parc (379 sites), devant la Nouvelle-Aquitaine (15 %) et l’Occitanie (12 %). Dans le top 5 des départements le plus recherchés par les internautes, la Haute-Savoie se classe en 5e position.
Ces hébergements, très concentrés en montagne et en milieu rural, offrent une grande variété d’expériences, de l’immersion totale dans la nature à la plongée dans des univers thématiques (décor de cinéma, atelier de peintre…). Ils se veulent gages d’évasion et/ou de bien‑être. Les professionnels l’ont bien compris, multipliant les plateformes en ligne spécialisées comme AbracadaRoom, Insoolite ou Hébergement insolite, qui centralisent 65 % des réservations en 2023.
Côté tendances, ce sont les cabanes sous toutes leurs formes qui séduisent le plus, représentant désormais 44 % de l’offre. À l’instar de cette cabane de vigne, Le Refuge Princens, nichée sur les flancs d’un coteau boisé et restaurée dans son jus à 10 minutes de Saint-Jean-de-Maurienne. Ou encore des cabanes lacustres de Chanaz.
Les bulles transparentes, les dômes et les tiny houses gagnent également en popularité – enregistrant respectivement +60 %, +169 % et +204 % depuis 2021 – et se déclinent partout en Pays de Savoie et dans l’Ain (exemple à Morzine, Chamonix, St-Jean-d’Aulps, Valmeinier, Bagé-Dommartin…). Avec une préférence marquée pour les hébergements écoresponsables et durables.
Une clientèle locale
Toujours selon l’Observatoire, la clientèle attirée par l’“insolite” est principalement constituée de voyageurs locaux (moins de deux heures de trajet), plutôt jeunes (entre 30 et 50 ans). En majorité des couples, ils réservent une à deux nuits en moyenne, très demandeurs de services et de prestations que l’on retrouve dans les hôtels (petit-déjeuner, lit préparé et ménage inclus, repas…) mais aussi d’équipements types sauna ou jacuzzi. De fait, l’offre s’adapte, et les hébergements ne proposant aucun confort voient leur cote baisser (-4,5 %).
Quelques adresses en Pays de Savoie et dans l’Ain :
Des cabanes perchées entre terre et ciel
À la lisière de la Savoie et de la Haute-Savoie, plus exactement à Saint-Nicolas-la-Chapelle, les cabanes construites par Nicolas Boisrané sont plus que de simples hébergements, elles symbolisent une certaine idée du luxe, entre confort, nature et retour à l’essentiel.
Inspirés des cabanes suédoises, ces abris de bois et de métal perchés entre 5 et 15 m de hauteur s’intègrent parfaitement dans le paysage et sont suffisamment éloignés les uns des autres pour avoir le sentiment d’être seul au monde, en pleine nature.
C’est en 2015 que Nicolas Boisrané, qui a évolué dans le tourisme, décide de tout plaquer pour devenir menuisier charpentier et se mettre à son compte. Avec l’idée de créer ses cabanes Entre Terre et Ciel. Les trois premières, baptisées cabane Ruisseau, cabane du Mont-Blanc et cabane Nid, ouvrent en 2016. Deux autres suivront en 2024 : A la belle étoile et la cabane Scandinave. Des noms évocateurs « car toutes sont différentes, dans leur architecture comme dans leur thématique, pour satisfaire tous les goûts et donner envie de séjourner dans chacune d’elle », sourit le propriétaire, porteur d’un idéal : consistant à revenir à l’essentiel sans renoncer à l’esthétique et au confort.
Les cabanes sont spacieuses (environ 35 m2) et dotées de terrasses privatives de 30 à 100 m2 pour jouir de la vue imprenable sur la chaîne du Mont-Blanc. « Leur orientation a été un vrai critère dès le départ », assure Nicolas Boisrané. Avec la promesse de dormir au frais.
En cette période estivale, la cabane du Ruisseau, la seule destinée aux familles, est la plus demandée. Elle affiche déjà complet en juillet et en août. Et pour cause, les enfants adorent : on y accède par un pont de signe et on en redescend par un toboggan tubulaire. S’y ajoutent balançoire, trapèze, échelle de corde et slackline pour les plus casse-cou. Alors que la petite dernière, la cabane Scandinave, se distingue par son esprit minimaliste et cocooning et, bien évidemment, son spa.
Nicolas Boisrané a encore plein de projets, comme la rénovation en cours de la grange de la ferme (où se tient la réception), qui abritera un grand appartement dédié au bien-être avec hammam, sauna, douches sensorielles et jacuzzi.Une autre cabane, beaucoup plus grande (15 personnes), devrait sortir des arbres d’ici 2028 pour développer les séminaires d’entreprise. « Avec la possibilité de privatiser tout le domaine sur 3 ha », ajoute-t-il. Enfin, deux observatoires – deux tours de trois étages sur 15 m de haut – accueilleront des événements éphémères dès 2027. « Nous avons beaucoup de demandes en mariage », souligne le dirigeant d’Entre Terre et Ciel (7 salariés), qui met en avant une offre complète de services (livraison de paniers gourmands, apéritif, massages…) pour une détente totale.

Nuit suspendue à flanc de falaise
Dormir accroché à la paroi, au-dessus du vide, dans un « portaledge » procure des sensations inoubliables… un mélange d’adrénaline et d’émerveillement. Sujets au vertige s’abstenir.
De là-haut, le panorama sur le lac du Bourget et les montagnes au coucher du soleil est à couper le souffle. Pour qui n’a pas peur du vide (la condition sine qua non), passer la nuit dans un portaledge – sorte de lit pliant utilisé par les alpinistes –, à 60 mètres du sol, reste une expérience vertigineuse et mémorable. « Mes clients, plutôt des aventuriers, veulent passer un moment suspendu entre ciel, terre et lac en totale immersion dans la nature », assure Alexis Teyssier, moniteur d’escalade qui encadre cette activité au sein de sa propre structure Parois du Monde.
Lacher-prise en toute sécurité
L’aventure commence à Entrelacs, près d’Aix-les-Bains, par une marche en sous-bois de 10 minutes pour rejoindre le sommet de la falaise de La Chambotte. Après une nuit sous les étoiles, le retour au petit matin se fait à pied ou en rappel, selon l’envie.
L’organisateur, spécialiste des via ferrata, canyon et escalade, propose un pack complet : du dîner en paroi (une fondue savoyarde ou un panier-repas) au petit-déjeuner en passant par le matériel (baudrier, longe, casque et frontale) et, bien sûr, le sac de couchage.
Cet hébergement (2 à 4 personnes) original plaît. « Depuis le lancement il y a tout juste deux ans (de mai à octobre pour les conditions météo), les gens sont de plus en plus nombreux à tenter l’expérience », sourit Alexis Teyssier, qui privilégie pour l’instant le bouche-à-oreille.

Les Bulles des Mines d’or, pour buller sous les étoiles
Direction les Portes du Soleil, où les bulles transparentes d’Aurélie et David Di Luca invitent au ressourcement en pleine nature. Avec vue à 360°.
Au cœur des Mines d’or, à Morzine, tout près du lac du même nom campé à 1 400 m d’altitude, les bulles transparentes d’Aurélie et David Di Luca sont un incontournable de l’été au cœur des Portes du Soleil. Il en existe trois : la Bulle des Hauts-Forts (en photo), la Bulle du Lac et la Bulle perchée, installée sur une terrasse à plus de 6 mètres de haut dans les arbres. Des bulles en polycarbonate, beaucoup plus résistantes aux intempéries, ont remplacé, en 2021, celles d’origine, gonflables, en plastique. Très confortables, elles sont toutes dotées d’un jacuzzi privatif en terrasse.
Une forte demande des locaux
Chaque été, 600 à 700 personnes viennent y séjourner une nuit, à deux, pour se ressourcer en pleine montagne et s’endormir sous la voûte étoilée. « En 2018, lorsque David et moi avons racheté le chalet pour en faire un restaurant, j’ai voulu partager avec d’autres cette vue magique à 360° sur les montagnes environnantes et la vallée en contrebas », raconte Aurélie Di Luca, Morzinoise pure souche. Et les clients, à la recherche de calme et d’air frais, en redemandent. Au point que, depuis l’hiver dernier, les bulles sont ouvertes de décembre à mi-avril (du jeudi au dimanche inclus), soit, in fine, neuf mois sur douze. Pour séduire la clientèle – essentiellement locale, en provenance de la région Aura –, la propriétaire propose des massages (uniquement sur demande) et aussi un dîner authentique (fondue ou tartiflette) pour ceux qui ne veulent pas redescendre dans la vallée. « Et c’est souvent le cas après une journée au grand air à arpenter les sentiers de randonnée, dont il y a pléthore dans les environs », ajoute Aurélie, avant de souligner : « Le lac des Mines d’or se prête aussi à la pêche, mais pas à la baignade ».

Bulle de l’Ain : se reconnecter à l’essentiel
Située sur un domaine privé de 6 hectares à Neuville-sur-Ain, au cœur du Bugey, Bulle de l’Ain est une immersion complète en pleine nature.
Là, dans la forêt, une bulle de 27 m2 (chauffée l’hiver) offre un confort optimal, avec accès au bain nordique et au sauna chauffés au feu de bois. Un hébergement conçu à partir de matériaux naturels, que les propriétaires, Angélina Liberge et Maxime Dubuc, ont tout d’abord construit pour eux‑mêmes et leur famille en 2020, pendant le confinement, avant de l’ouvrir aux voyageurs. « Notre dessein est de faire de ce lieu un havre de paix pour se reconnecter à l’essentiel et avec soi-même », confient-ils. Cela les oblige à adapter leur emploi du temps, chacun poursuivant son activité professionnelle (lui, est responsable pédagogique ; elle, accompagne les élèves en situation de handicap). En 2024, pour compléter l’expérience, un dôme géodésique dédié au bien-être a vu le jour, offrant une ambiance tropicale. À cela s’ajoutent de nombreux services : paniers gourmands, pack romantique, ciné géant en plein air et terrain de pétanque. L’expérience ne s’arrête pas là car la région regorge d’activités permettant d’enrichir le séjour (randonnées, gastronomie, musées, balades en bateau électrique et en canoë-kayak…).

Séjour “arty” dans l’atelier d’un peintre
À Chamonix, le chalet atelier Alpenrose du peintre Marcel Wibault a été transformé, l’an dernier, en chambre d’hôtes atypique, tout en préservant le lieu.
Ce n’est pas juste une chambre, c’est une plongée dans l’univers du peintre chamoniard Marcel Wibault (1904-1998). Le décor est intimiste. Lorsqu’Emma Wibault, sa petite-fille et architecte d’intérieur, décide de redonner vie à son atelier, c’est pour offrir l’opportunité aux passionnés ou amateurs d’art de toucher du doigt sa vie et son œuvre.
Une rénovation dans son jus
Jusqu’en 2018, le chalet abritait un musée à sa mémoire. « Mais le covid a mis un terme à cette activité. Compte tenu de sa situation idéale, proche du centre-ville, j’ai voulu lui redonner une seconde vie tout en préservant ce lieu chargé d’histoire et de souvenirs », raconte Emma Wibault, qui y a passé ses vacances enfant. « Mais préserver, c’est aussi faire évoluer », dit-elle. Les fenêtres de la chambre (plutôt une suite), située à l’étage, ont été changées et, pour certaines, agrandies, afin d’apporter davantage de lumière et de confort. Au sol, un parquet en sapin remplace la moquette et rappelle les boiseries sombres qui habillent les murs et le plafond. Quant à l’ancienne chambre à coucher, elle sert désormais de salle de bains, avec son lavabo d’époque.
Côté décoration, Emma a conservé les meubles sculptés par son grand-père, « qui aimait travailler le bois », se souvient-elle. Dans la pièce, figurent également son grand chevalet, auquel est suspendu son sac à dos, et des vitrines où cohabitent ses collections de soldats de plomb et de pierres, que ce passionné de géologie allait chercher en montagne, lors de ses échappées à la recherche de points de vue à révéler.
Sur les murs, une dizaine de tableaux signés Marcel Wibault représentent des paysages de haute montagne, tous peints sur site à Chamonix. « Même s’il a aussi peint d’autres montagnes et paysages, comme le village de Blatten en Suisse (détruit en partie par l’éboulement du glacier, fin mai), des scènes de vie et des portraits », souligne Emma.
Un hébergement atypique, que la petite-fille de cet illustre artiste a voulu sur mesure et qu’elle loue par le bouche-à-oreille exclusivement. « Je n’ai pas souhaité, volontairement, le mettre en location sur des plateformes, car ce lieu à part n’a pas vocation à être loué toute l’année. » L’été, les demandes affluent, moins l’hiver. Pour parfaire l’expérience, les hôtes peuvent aussi partir à la rencontre de Lionel Wibault, le fils de Marcel, également peintre et guide de haute montagne, dont l’atelier est situé à quelques pas. Connu pour ses cent tableaux du mont Blanc, est intarissable sur la vie de son père. Une rencontre unique.

Dossier réalisé par Patricia Rey
Photo Une : Cabane A la belle étoile – crédit photo Cabanes Entre Terre et Ciel








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