Nous pensions nous en être bien tirés, nous autres Européens et Français, en négociant “seulement” 15 % de droits de douane à l’entrée de nos produits sur le sol américain. Mais ces jours-ci, l’UE a connu une première déconvenue en ne réussissant pas à négocier d’exception pour le secteur des vins et spiritueux qui, pour notre pays, représente d’importants volumes à l’export.

Et à ces tarifs, s’ajoute un taux de change défavorable, de sorte que nos alcools vont voir grimper leur prix de 25 % aux États-Unis. Du coup, la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux français s’attend à voir les ventes diminuer dans les mêmes proportions, soit un manque à gagner de 1 milliard d’euros. Et la parité euro-dollar n’est pas le seul angle mort des droits de douane trumpiens. D’autres surprises nous attendent.
Comment imaginer, en effet, que les 39 % imposés aux produits suisses depuis le 7 août resteront sans conséquences pour nous ? L’Ain et la Haute-Savoie ne doivent-ils pas une partie de leur économie à leur proximité avec la confédération ?
Les économistes de la banque UBS estiment que ces droits de douane pourraient coûter à leur pays 0,4 % de son PIB, soit l’équivalent d’une baisse d’un quart de ses ventes vers les États-Unis, son premier marché à l’international en 2024 avec 18,6 %. Ils s’attendent par ailleurs à voir « 0,2 % des emplois (équivalents temps plein) être directement menacés et 0,2 % supplémentaires indirectement via les chaînes de valeur ».
La Fédération des entreprises suisses, elle, évalue leur nombre à 100 000. Or, l’on connaît le patriotisme de nos voisins, les premières victimes de cette baisse de l’emploi seront les travailleurs frontaliers. Et cela, sans compter la réduction des financements dédiés aux organisations internationales, autre décision trumpienne susceptible de se traduire par des destructions de poste. Évidemment, de la même manière que l’Europe continue de négocier pour obtenir une exemption pour les vins et spiritueux, les discussions se poursuivent entre Berne et Washington.
Le mobile de Donald Trump est connu. Le président des États-Unis a en effet reproché au secteur pharmaceutique suisse de « s’enrichir sur le dos des Américains ». Et c’est l’une des industries qu’il souhaite voir relocalisée dans son pays. Bref, si le malheur des uns fait prétendument le bonheur des autres, c’est un bonheur bien éphémère qui se limite à être soulagé d’avoir été moins frappé. Cela dit, pour finir sur une note positive, les entreprises helvètes ont commencé à repenser leur stratégie.
« Faut-il aller s’implanter aux États-Unis, développer sa présence locale lorsqu’elle existe déjà, miser sur des investissements dans d’autres pays européens moins taxés (l’Union européenne ou la Grande- Bretagne) », s’interroge ainsi Philippe Gumy, directeur adjoint de la Chambre de commerce et d’industrie du canton de Fribourg, dans les colonnes du quotidien économique L’Agefi.
« Pour celles qui disposent de sites de production en dehors de la Suisse, il est possible de fabriquer les produits dans ces unités afin de bénéficier d’autres droits de douane moins élevés. » Or, nos territoires frontaliers en hébergent quelques-uns.
Sébastien Jacquart
Photo de Daniel Vogel sur Unsplash









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