Édito | La fin de la mondialisation ? (ou si Trump avait, en partie, raison ?)

par | 9 Avr 2025

La mondialisation serait-elle morte ? À tout le moins, à travers ses droits de douane, Donald Trump semble bien décidé à en sceller le cercueil. Il y avait planté les premiers clous lors de son précédent mandat. Et son successeur, Joe Biden, n’avait pas vraiment remis en question ce nouveau paradigme.

Raison pour laquelle, plutôt que d’espérer retrouver l’ordre antérieur, nous ferions mieux de prendre acte de la nouvelle donne et d’en saisir les opportunités. À quoi rime l’action du président Trump ?

Un Zippo dans la main, un entrepreneur américain explique sur TikTok : « Aujourd’hui, ce briquet, fabriqué et vendu aux États-Unis, coûte 25 dollars. Le même, fabriqué en Chine, est vendu 20 dollars. Sur cette somme, 5 dollars reviennent au vendeur, 15 dollars vont à la Chine. En imposant 50 % de droits de douane sur le produit chinois, celui-ci sera vendu désormais 30 dollars. Le briquet américain devient moins cher. Les gens préféreront celui-là et l’argent restera en Amérique. La demande augmente, l’entreprise qui produit doit recruter, la pénurie de main-d’oeuvre fait augmenter les salaires. Est-ce que ça revient plus cher au consommateur ? Oui. Mais il gagne un meilleur produit. Est-ce que nous aurons une récession ? À court terme, oui. Mais, on ne finance pas les autres pays et leurs entreprises. Ce n’est pas idéal, mais ça a du sens. »

Éric Demuth, CEO de Bitpanda, avance un autre argumentaire : « D’ici la fin de 2026, 9 000 milliards de dollars en obligations du Trésor américain arrivent à échéance. L’essentiel de cette dette a été émis durant les années de taux d’intérêt quasi nuls. […] Aujourd’hui, le rendement de ces obligations à 10 ans tourne autour de 4,20 %. Chaque point de base réduit signifie des milliards économisés en intérêts sur la prochaine décennie. Voici la vérité brutale : la seule façon réaliste de faire baisser ce rendement est de ralentir l’économie. […] C’est là qu’entrent en jeu les tarifs douaniers. »

Finalement, est-ce que Donald Trump et ses équipes parviendraient à faire ce que les partis écologistes ne sont jamais parvenus à faire, à savoir faire ralentir l’économie mondiale, et en conséquence les flux physiques associés (consommation d’énergies fossiles, flux de transports maritimes et aériens, nombre de transactions financières mondialisées) ? Donald Trump serait-il, finalement, un décroissant ?

Enfin, pour le conseiller commercial de Donald Trump, Peter Navarro, « les droits de douane vont rapporter environ 600 milliards de dollars par an, soit environ 6 000 milliards de dollars sur dix ans », ce qui doit permettre d’accorder en contrepartie, la « plus importante réduction d’impôts de l’histoire américaine pour la classe moyenne et les ouvriers ».

Ce qui vaut pour les uns, vaut pour les autres. Nous-mêmes, n’avions-nous pas pour slogan, dans les années 1990 : « Nos emplettes sont nos emplois » ? N’avons-nous pas constaté, pendant la crise sanitaire, l’inconvénient de confier à d’autres, le soin de produire ce dont nous avons besoin, des masques au paracétamol ?

Aussi, Clara Chappaz, la ministre déléguée de l’IA et du numérique, a raison de réagir en appelant les patrons à choisir des solutions numériques françaises plutôt que des solutions étrangères. Que l’on approuve ou non les choix de Donald Trump n’est pas le sujet. Il faut saisir la balle au bond et profiter du mouvement en cours pour recréer de l’activité, chez nous.

Mise à jour du jeudi 10 avril : à chaque jour qui passe son annonce. Après l’importante hausse des droits de douane voulue par Trump, nouveau revirement ce jeudi avec finalement le report de 90 jours de ces droits… sauf pour la Chine. Des hauts, des bas, comme les Bourses, à qui profitent ces revirements soudain à l’achat et à la revente ? Cela fait bien longtemps que la finance est désolidarisée de l’économie réelle, mais à ce point ! Heureusement, les « vieilles valeurs refuge » comme l’or (hormis les quelques baisses dues aux « appels de marge » des boursicoteurs mal en point) semblent moins être soumises aux aléas mondiaux. Donc l’or monte, à moins que ce ne soient les monnaies qui baissent ?


Sébastien Jacquart et Groupe Ecomedia.
Photo à la une : le cours du S&P 500 aux USA depuis 1 an


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