Après un débat public très suivi, l’énergéticien maintient le projet mais apporte plusieurs modifications.
Du 28 janvier au 15 mars, le plan de construction de deux réacteurs EPR2 près de la centrale du Bugey a été au cœur d’un débat public très suivi : neuf réunions, 3 400 participants, plus de 26 000 visites sur la plateforme en ligne et 700 avis déposés. De nombreuses interrogations ont émergé, sur la sûreté nucléaire, l’impact du refroidissement sur le Rhône ou encore, les conséquences d’un chantier d’une telle ampleur sur le territoire. Autant de craintes que la Commission nationale du débat public a relayé à EDF et qui ont conduit ce dernier à revoir certains aspects de son projet.
Ainsi, le 25 septembre, l’énergéticien a rendu ses conclusions : le projet de deux réacteurs EPR2 à proximité de la centrale du Bugey est maintenu, mais avec des modifications notables. « Nous avons entendu le public dire ses préoccupations et nous les avons prises en compte. Nous allons construire des matériels supplémentaires pour annuler les effets thermiques sur le Rhône », a déclaré Pierre-Franck Thomé-Jassaud, directeur du débat public. Concrètement, EDF a laissé de côté le schéma de quatre tours de 161 mètres et a préféré l’option à deux aéroréfrigérants de 205 mètres, inspirés du modèle de Civaux (Vienne). Ces équipements doivent réduire l’impact du projet sur le fleuve.
La prise d’eau sera par ailleurs maintenue sur la rive droite, afin de préserver le classement Natura 2000 de la rive gauche. La consommation prévue représente 0,5 % du débit du fleuve : 10 m³/s prélevés, dont 8 restitués et 2 évaporés. Selon EDF, ces ajustements ne modifient pas le calendrier : les premiers travaux sont envisagés à l’automne 2027 pour une mise en service entre 2040 et 2045. Reste l’inconnue du coût supplémentaire induit par ces modifications : le projet global est évalué à 15 milliards d’euros, mais « tout ça est en train d’être revu », a précisé le directeur.
Un « Grand Chantier » pour le territoire
Au-delà des aspects techniques, le débat public a aussi fait émerger des attentes fortes en matière d’aménagement. Avec 8 000 emplois attendus au pic des travaux, les questions de logement, de mobilité et d’infrastructures sont au premier plan. Aussi, « dans la continuité de l’accompagnement territorial et après la décision de poursuivre le projet, l’État répond favorablement à la demande d’EDF de lancer une démarche Grand Chantier, avec le même esprit de concertation partenariale », a indiqué la préfète Fabienne Buccio dans un communiqué de presse.
Ce programme prévoit d’associer collectivités et acteurs économiques pour anticiper les besoins en logements, en circulation ou en services publics, tout en tenant compte de l’après-chantier. Des pistes sont déjà évoquées, comme le doublement du pont de Loyettes, essentiel pour désengorger la circulation. Aucune enveloppe budgétaire n’est encore annoncée, mais à titre de comparaison, le “Grand Chantier” de Flamanville avait mobilisé près de 40 millions d’euros.
Le projet du Bugey est le premier des trois programmes (avec Penly et Gravelines) à ressortir du débat public avec des modifications substantielles. EDF promet désormais une « concertation continue » avec le territoire, à partir de 2026, sur le modèle de la commission locale d’information qui existe déjà pour la centrale actuelle. « Nous allons mettre en place des structures de dialogue qui permettront d’apporter de l’information et de répondre aux questions, un peu à l’image de ce qui s’est fait pendant le débat », a annoncé Pierre-Franck Thomé-Jassaud. Après une étape marquée par une forte mobilisation citoyenne et un soutien affirmé de nombreux élus, le chantier entre maintenant dans une nouvelle phase.
Thibault Jeanpierre









Il n’y a qu’une modification au projet EPR2 à Loyettes : l’ajout d’un système complémentaire de refroidissement. Il est probable qu’il s’agit du même système qu’à Civaux avec un refroidissement mécanique de la purge du refroidissement des tours aéroréfrigérantes au moyen de gros ventilateurs qui vont faire du bruit et créer un panache supplémentaire de vapeur d’eau et aussi accroître la consommation d’eau du site nucléaire. Rappelons qu’actuellement la consommation d’eau (par évaporation) serait pour un fonctionnement continu sur l’année de 63 millions de m3/an, presque autant que la consommation d’eau potable de la métropole lyonnaise (77 millions de m3/an en 2022).
Pour ce qui est des tours de refroidissement, le choix retenu par EDF est la solution qui était présentée en base (2 tours de 205 m de haut). EDF rejette donc la variante présentée avec 4 tours de 161 m au prétexte d’une économie de matériaux alors que la vraie raison est une économie de coût pour un projet qui est est en train d’exploser par rapport au coût initialement présenté (au moins 20 millions au lieu de 15). Malheureusement, l’impact paysager de deux tours de 205 m de haut sera beaucoup plus important que celui de 4 tours de 161 m, en particulier pour les villes et villages éloignés et les sites touristiques (Larina, Pérouges, future Maison du Petit Prince, …).
Le choix de faire la prise d’eau en rive droite, comme celle des réacteurs actuels signifie que ces réacteurs seront arrêtés lors du démarrage des EPR2 au Bugey. Dans le cas contraire, les EPR2 aspireraient les eaux chaudes rejetées par les réacteurs actuels.
Enfin, étant membre de la commission locale d’information (CLI), la concertation continue en s’appuyant sur cette CLI existante est symbolique. Cette CLI s’occupe déjà des 5 installations nucléaires de base du site de Bugey et de l’usine d’irradiation Ionisos de Dagneux et elle se réunit qu’une à deux fois par an en réunion plénière et une fois en réunion publique. Elle n’aura pas la capacité de faire une concertation continue pour les EPR2 à moins de lui donner plus de moyens et qu’elle se réunisse tous les mois.
Il est abusif de considérer que les 10m3 représente 0,5% du fleuve. Ce calcul s’appuie sur un débit moyen annuel actuel qui ne sera plus du tout d’actualité lors du démarrage des réacteurs en 2045-2050 et particulièrement pendant les périodes de sécheresse (de plus en plus longue). Que dire de ce débit en 2080 ou 2100 quand les glaciers suisse auront fondus et que le lac de Genève sera sanctuarisé? Les études de l’état sur ce sujet seront finalisées fin 2026… d’ici là, EDF continue sa marche forcée au détriment des territoires avoisinants que ce soit sur l’artificialisation des sols, la préservation de la biodiversité et de l’eau ainsi que des zones habitées. La métropole de Lyon à 30km ne peut porter le risque d’une installation aussi dangereuse. Ce projet reste aberrant à l’aune du bouleversement climatique et ne répond pas à la neutralité carbone de 2050 (trop tard). Il faut se tourner résolument vers les énergies renouvelables et la sobriété. L’urgence est là!