Plusieurs secteurs de l’Ain sont désormais placés en alerte renforcée face à la sécheresse. Pour les entreprises les plus consommatrices, le cadre départemental peut imposer une réduction de moitié des prélèvements nets. Les possibilités d’adaptation et d’exemption rendent cependant l’effort réel difficile à mesurer.
Depuis le 8 août 2026, les industriels de l’Ain évoluent sous un régime de restrictions renforcé. Les rivières du Bugey, celles du Haut-Rhône et la Saône aval ont été placées en alerte renforcée, comme les nappes de Dombes-Sud et de Saône aval. La nappe de la Plaine de l’Ain, qui alimente l’un des principaux pôles industriels du département, reste en alerte.
Pour les activités industrielles, commerciales ou artisanales prélevant plus de 1 000 mètres cubes par an dans le milieu naturel, ou plus de 7 000 mètres cubes en additionnant réseau public et prélèvements directs, l’arrêté préfectoral du 7 août 2026 prévoit une réduction des prélèvements nets de 25 % en alerte et de 50 % en alerte renforcée.
Cette division par deux constitue toutefois un plafond réglementaire général, davantage qu’une mesure uniforme imposée à toutes les usines. Le niveau applicable dépend de la localisation, de l’origine de l’eau, de l’activité et des adaptations accordées à chaque établissement.
Des exemptions qui compliquent la lecture
Le dispositif national concernant les installations classées prévoit des réductions plus modérées : 5 % en alerte, 10 % en alerte renforcée et 25 % en crise. Il permet également d’exempter certaines activités jugées prioritaires, notamment la production électrique, une partie de l’agroalimentaire, le traitement des déchets ou la fabrication de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur.
Les établissements ayant réduit leurs prélèvements d’au moins 20 % depuis 2018, ou utilisant au moins 20 % d’eau réemployée, peuvent également échapper aux restrictions nationales. Les préfets conservent la possibilité de fixer localement des obligations plus contraignantes ou, à l’inverse, d’accorder des adaptations sur présentation d’un plan de sobriété hydrique.
Ce système vise à récompenser les industriels ayant investi en amont. Il rend aussi le bilan difficile à établir. Les documents publics consultés ne donnent ni la liste consolidée des entreprises concernées dans l’Ain, ni celle des adaptations accordées, ni les volumes effectivement économisés depuis le début de l’été.
Par ailleurs, une réduction de 50 % des prélèvements nets ne signifie pas nécessairement qu’une usine reçoit deux fois moins d’eau. Lorsque l’eau est rejetée dans la même masse d’eau après utilisation, une partie peut être soustraite du calcul.
Le volume de référence correspond également à une moyenne calculée à partir de l’année ou du trimestre précédent. Les pourcentages affichés restent donc difficilement comparables d’un établissement à l’autre.
Plus de 500 000 m3 chez Siegfried
Le site pharmaceutique Siegfried de Saint-Vulbas illustre à la fois les progrès accomplis et les limites du dispositif. En 2024, l’usine a prélevé 35 174 m³ sur le réseau public et 496 570 m³ dans la nappe de la Plaine de l’Ain, soit près de 532 000 m³ au total.
D’après un rapport d’inspection de la Dreal publié en décembre 2025, l’établissement avait pourtant nettement amélioré son efficacité : ses prélèvements sont passés de 2,39 m³ par kilogramme de produit fabriqué en 2018 à 0,70 m³ en 2023. L’indicateur est remonté à 0,79 m³ en 2024, évolution attribuée à la fabrication plus importante d’un produit utilisant de l’eau dans son processus.
Siegfried a réparé des fuites, remplacé sa chaudière et réutilisé une partie de l’eau de refroidissement pour alimenter des adoucisseurs ou laver certains équipements. Ces économies lui permettent de faire valoir une baisse de plus de 20 % depuis 2018.
L’inspection a cependant relevé plusieurs faiblesses. Deux compteurs étaient défaillants au moment du contrôle, dont celui mesurant les rejets d’eau de refroidissement. Le site utilisait toujours un circuit de refroidissement ouvert et certaines pistes identifiées dès 2022 n’avaient pas été mises en œuvre. La Dreal a donc estimé que l’usine ne démontrait pas encore une sobriété suffisante pour obtenir une exemption totale. Une adaptation partielle restait possible, avec des réductions de 5 % en alerte, 10 % en alerte renforcée et 25 % en crise.
Le cas montre l’écart pouvant exister entre l’objectif départemental de 25 ou 50 % et l’effort finalement demandé à un établissement déjà engagé dans une trajectoire de réduction.
Une consommation en baisse, mais pas chaque année
À l’échelle du Parc industriel de la Plaine de l’Ain, 1,27 million de mètres cubes d’eau potable ont été produits en 2024. Environ 26 %, soit 330 000 m³, ont alimenté les entreprises du parc, selon le rapport d’activité du PIPA. La consommation totale était inférieure de 24 % au pic de 2017, mais elle avait légèrement progressé en un an, de 0,4 %.
Cette évolution rappelle que la sobriété ne suit pas une baisse linéaire. Orapi, fabricant de produits d’hygiène implanté à Saint-Vulbas, affiche un objectif de réduction de 40 % de la consommation d’eau potable de ses sites industriels entre 2020 et 2030. L’entreprise cite notamment l’amélioration du lavage des cuves, le rendement de son osmoseur et la détection des fuites.
Ses propres données montrent néanmoins une remontée de la consommation de l’ensemble de ses usines, de 37 769 m³ en 2022 à 42 423 m³ en 2023. À Saint-Vulbas, le ratio est passé de 1,41 à 1,54 m³ par tonne de produit fini. Ces chiffres, issus de la communication de l’entreprise, ne permettent pas encore de mesurer les résultats obtenus depuis.
Le coût économique reste inconnu
À l’échelle française, l’industrie hors énergie représente 7 % des prélèvements d’eau douce et environ 4 % de l’eau réellement consommée. Ses prélèvements ont diminué de 33 % entre 2008 et 2023, selon le Service des données et études statistiques. Cette moyenne nationale masque des concentrations locales, notamment dans l’Est et autour des grands bassins industriels.
Dans l’Ain, aucune estimation publique ne chiffre actuellement les investissements nécessaires, les éventuelles diminutions de production ou le chiffre d’affaires exposé en cas de passage au niveau de crise. Une usine peut réduire rapidement des usages périphériques, différer un nettoyage ou renforcer le recyclage. Modifier un procédé pharmaceutique, chimique ou agroalimentaire exige davantage de temps, d’investissements et parfois de nouvelles autorisations.
La disponibilité de l’eau devient ainsi un paramètre de compétitivité industrielle. Les entreprises ayant fermé leurs circuits de refroidissement, équipé leurs ateliers de compteurs ou réutilisé leurs eaux de rinçage disposent d’une marge d’adaptation. Pour les autres, une restriction durable pourrait finir par imposer un arbitrage plus direct entre prélèvements et volumes produits.
Sources : arrêté préfectoral du 7 août 2026 ; arrêté ministériel du 30 juin 2023 ; rapport d’inspection Dreal de Siegfried Saint-Vulbas du 10 décembre 2025 ; rapport d’activité 2024 du SMPIPA ; rapports environnementaux et financiers d’Orapi ; données nationales SDES-OFB.
Crédit photo à la une : https://www.edf.fr/hydraulique-rhone-ain/decouvrez-la-fresque-artistique-qui-habille-le-barrage-de-vouglans
Cet article a été rédigé avec l’appui d’un outil d’intelligence artificielle générative, à partir des données collectées par ECO de l’Ain.








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