Le Département de la Savoie vient de signer un nouveau contrat de filière lait cru pour que l’agriculture demeure résiliente face aux enjeux auxquels elle va être confrontée.
Sous un soleil de plomb, les pieds dans une herbe jaune aussi sèche que de la paille, les explications apportées la semaine dernière, à Aillon-le-Jeune, par les scientifiques du Centre de ressources pour l’agriculture de qualité et de montagne et de l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), sur l’évolution de la composition des prairies permanentes, prenaient soudain tout leur sens. Si, depuis 2010, on compte toujours entre 30 et 56 espèces par parcelle dans les zones AOP des Savoie, en revanche, ce ne sont plus tout à fait les mêmes plantes, avec une « évolution de certaines espèces thermorésistantes ».
L’étude, qui s’attache aussi à étudier l’évolution des pratiques agricoles sur ces prés, a été réalisée dans le cadre du premier contrat de filière lait cru. Celui-ci a permis d’apporter, sur les six dernières années, 9 M€ d’aides des deux conseils départementaux aux exploitants et aux organismes partenaires pour des projets représentant plus de 30 M€ de dépenses. L’objectif étant de soutenir une agriculture « d’excellence », vivable et rémunératrice, qui s’adapte aux changements climatiques, qui opère une transition agroécologique et qui répond aux attentes de la société et des consommateurs.
Alors que ce premier contrat a pris fin, le Département de la Savoie officialisait, le 8 juillet, le second du genre à la Fromagerie du Val d’Aillon. Il représente la somme de 1,5 M€ annuels financés par les deux conseils départementaux (50 % chacun) et intègre, pour la première fois, la filière ovins lait, en plus des bovins et des caprins.
La Savoie s’engage pour l’instant jusqu’en 2027 et a tenu à apporter deux ajouts au document : être davantage partie prenante de sa coordination, et y intégrer un volet gestion de crise pour « disposer d’actions prédéterminées en cas de besoin », comme le soulignait Gilbert Guigue, vice-président du Département de la Savoie.
Ce second contrat porte sur deux axes : la durabilité de la filière, pour faire face aux enjeux économiques, sociétaux et environnementaux ; et la différenciation, pour valoriser davantage le territoire et l’image positive associée aux savoir-faire. Les actions qui seront en partie financées grâce à lui toucheront les volets production et transformation, la R & D, la sécurisation sanitaire du lait cru, l’adaptation aux changement climatique, la sélection génétique, la préservation des prairies, le développement des ferments spécifiques et la valorisation des produits.
Alors que la sécheresse impacte déjà fortement les filières (les acteurs de la tome des Bauges ne disposent déjà plus de prairies à faire brouter), ce pacte semble arriver à point nommé. Même si, comme le faisait remarquer Cédric Laboret, président de la Chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc : « Il y a 20 ans, aucune exploitation du territoire n’aurait pu passer le cap d’une sécheresse comme celle-là. Toutes ont modifié leurs pratiques depuis 2003. »

La filière caprine s’organise
La filière caprine (200 chevriers dans les deux Savoie), compte notamment sur ce contrat pour organiser une meilleure valorisation et commercialisation de ses produits. Le Syndicat du chevrotin, l’Association de sauvegarde de la chèvre des Savoie et le Syndicat caprin des Savoie ont créé un comité de filière fin 2025. A la tête de ce dernier, Célia Benaud, éleveuse à Cruseilles, espère ainsi avoir plus de poids pour faire entendre leurs besoins.
Depuis plusieurs années, une augmentation des installations est constatée, mais les débouchés commerciaux ne sont pas toujours au rendez-vous pour les « nouveaux », les marchés étant saturés. Par ailleurs, la question de la valorisation et de la vente des chevreaux reste un problème majeur pour tous. Enfin, comme en bovin lait, les éleveurs de chèvres constatent un appauvrissement des fourrages doublé d’un moindre accès au foncier. Autant de sujets sur lesquels le comité veut travailler dans le cadre du contrat qui vient d’être signé.









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