L’Institut d’économie appliquée de l’Université de Lausanne anticipe une forte contraction du PIB de la confédération Suisse en 2020, avant un retour à la croissance dès 2021.

En Suisse, les restaurants et les écoles ont déjà rouvert, et la vie quotidienne retrouve des accents de normalité qui rappellent le monde d’avant la Covid-19. Pourtant, cette crise sanitaire et les mesures qu’il a fallu prendre pour y faire face devraient avoir des conséquences durables sur l’économie du pays. C’est du moins la conviction de l’institut d’économie appliquée de l’université de Lausanne, le Crea, qui anticipe une dégringolade du produit intérieur brut (PIB) helvétique de 8,2 % en 2020, dans son dernier rapport du 22 mai.

Il convient de noter que le Crea est plus pessimiste que ses homologues, puisque le BAK bâlois et le KOF zurichois anticipent une contraction de respectivement 5,3 % et 5,5 %, tandis que le secrétariat d’État à l’Économie table sur un recul de 6,7 %. L’institut lausannois souligne que la pandémie de coronavirus est venue « anéantir » la timide embellie observée au second semestre 2019. Si les trois premiers mois de 2020 ont été largement épargnés, le Conseil fédéral n’ayant adopté ses mesures exceptionnelles qu’à compter de mi-mars, « ce sont surtout les deuxième et troisième trimestres qui devraient subir de plein fouet les effets économiques de la pandémie ».

La situation devrait se stabiliser par la suite, mais la reprise ne devrait être que très progressive. C’est qu’à la différence de la crise financière de 2008-2009, qui était caractérisée essentiellement par une carence de la demande, la crise actuelle sera marquée par une insuffisance à la fois de la demande et de l’offre. Il faut remonter à début 1992 pour trouver un climat de consommation aussi morose. L’anticipation de la situation économique, quant à elle, n’avait tout simplement jamais été aussi mauvaise depuis le lancement de l’indice correspondant en 1972.

Le Crea en extrapole une chute de 11 % en moyenne de la consommation privée entre avril et octobre 2020, avant une amorce de stabilisation à l’approche de l’hiver. Du côté de la production industrielle, le tableau n’est guère plus engageant. Le moral dans le secteur secondaire s’est dégradé dans des proportions semblables à celles observées en 2009. En termes d’échanges commerciaux, la chute des exportations helvétiques devrait être comparable à celle enregistrée en 2009, et l’érosion des importations s’avérerait encore plus marquée qu’à l’époque. Le pays devrait néanmoins renouer avec une croissance de 3,2 % dès l’an prochain, anticipe le Crea.

« Ce taux de croissance semble élevé, mais il renferme un effet de base (après un taux fortement négatif en 2020) et, surtout, il sera largement insuffisant pour rejoindre le niveau de production d’avant la crise, l’écart de production atteignant -9,5 % en 2020 et encore -8,3 % en 2021. Même si l’on suppose que, dès 2022, l’économie croîtra à un rythme équivalent à celui de 2021, soit 3,2 % par année, il faudra cinq à six années pour refaire le terrain perdu, toutes choses égales par ailleurs. »


Par Matthieu Challier


Cet article est paru dans votre magazine ECO de l’Ain du 28 mai 2020. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, vous pouvez vous abonner ici.