Covid-19 : plongée au coeur de nos vaccinodromes

par | 16 Avr 2021

Chacun de nos départements dispose désormais d’un mégacentre de vaccination. Une prouesse logistique pour tenter de mieux répondre au défi sanitaire, dont la facture va se chiffrer en centaines de milliers d’euros par mois.


Par Matthieu Challier

Le président de la République l’a voulu, ils l’ont fait. Tant en Savoie qu’en Haute-Savoie, tous les acteurs publics se sont mobilisés et coordonnés pour ouvrir en un temps record l’un des fameux vaccinodromes que le gouvernement veut voir pousser comme des champignons dans notre Hexagone confiné, afin de combler le retard pris dans la course mondiale à la vaccination.

En Savoie, c’est dans le hall E de SavoiExpo, le parc événementiel de Chambéry, que le mégacentre de vaccination a pris place. Déserté ou presque depuis un an, le lieu n’est pas mécontent d’accueillir à nouveau un événement, même si sa nature est moins festive que les foires et autres salons qu’il héberge habituellement.

196 740 : c’est le nombre de personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin contre la Covid-19 en Pays de Savoie (au 13 avril), dont 118 442 en Haute-Savoie et 78 298 en Savoie.

Source : Covidtracker.fr – Santé publique France

Il a fallu moins de dix jours entre la première réunion de calage et l’ouverture effective du centre, le 6 avril, avec six lignes de vaccination. Cette nouvelle ruche sanitaire, qui mobilise à chaque instant une cinquantaine de personnes – avec une moitié de soignants et l’autre de personnels administratifs –, est déjà montée en puissance.

« Depuis ce lundi 12 avril, le mégacentre est passé à douze lignes de vaccination qui permettront de vacciner jusqu’à 720 personnes par jour », indiquait Philippe Gamen, président de la communauté d’agglomération de Grand Chambéry, lors de son inauguration. « Et le centre est dimensionné pour pousser jusqu’à 1 500 vaccinations par jour, lorsque les doses afflueront en quantité suffisante. »

En Haute-Savoie, c’est également un parc des expositions qui a été retenu : celui de La Roche-sur-Foron. Outre sa grande capacité d’accueil (2 500 mètres carrés), son implantation centrale – à 30 minutes d’Annecy, 20 d’Annemasse ou 50 de Thonon-les- Bains et Chamonix – en a fait un choix évident. Depuis le 7 avril, le hall A’ de RochExpo accueille huit lignes vaccinales qui permettent, pour l’instant, de vacciner jusqu’à 600 personnes par jour.

Dans les deux cas, c’est au service départemental d’incendie et de secours (Sdis) qu’a été confiée la délicate mission de coordonner les différentes composantes de ce patchwork administrativo-sanito-territorial : préfecture, agence régionale de santé, Région, Départements, communautés d’agglomération, communes, centres hospitaliers, pompiers, Croix-Rouge Française, médecins et infirmières libérales… Difficile de dénombrer tous les acteurs qui oeuvrent de concert pour faire fonctionner ces usines à vacciner.

« Le vaccinodrome va coûter 200 000 € par mois à Grand Chambéry »

Philippe Gamen

C’est peu dire que mettre en musique les forces vives de ces différentes communautés aux cultures hétérogènes aurait pu relever de la gageure, a fortiori en à peine plus d’une semaine… À en juger par la fluidité apparente du parcours des aspirants à la vaccination, le défi semble pourtant avoir été relevé sans difficulté.

« Le critère d’efficacité, c’est que les gens n’attendent pas », commente sobrement Emmanuel Clavaud, contrôleur général et directeur du Sdis 73, qui a supervisé la mise en place du dispositif. Rompu à la gestion de crise, l’homme semble conjuguer naturellement la rigueur militaire et une souplesse empirique qui sied à ce type d’exercice.

L’équipe du Sdis doit, par exemple, coordonner les bonnes volontés des soignants (médecins – retraités ou pas – et infirmières), du personnel administratif mis à disposition par la commune (une vingtaine de personnes), de celui envoyé en renfort par la communauté de communes, des bénévoles de la Croix- Rouge, et de personnel du site.

Une cinquantaine de personnes travaillent en permanence pour vacciner 600 à 700 personnes chaque jour.

Si tous les acteurs s’accordent à saluer cette « collaboration fructueuse des services de l’État et des différentes collectivités territoriales », selon le mot du préfet de la Savoie, Pascal Bolot, certains grinçaient discrètement des dents, comme le maire de Chambéry, Thierry Repentin, observant que « l’ambition du gouvernement est grande, mais que les moyens ne sont pas toujours à la hauteur… ».

De son côté, le président de Grand Chambéry soulignait que cette mission de salut public allait coûter quelque 220 000 euros à sa collectivité pour le seul mois d’avril (en comptabilisant la mise à disposition des locaux et d’une partie de son personnel, les frais de gardiennage…). Et la communauté d’agglomération estime que chaque mois qui passera lui coûtera entre 180 000 et 200 000 euros…

Mais alors, combien coûte, au global, la mise en place d’un vaccinodrome ? Difficile de répondre tant la diversité des acteurs et des situations semble brouiller la lisibilité comptable. Un exemple ? Le Département de Savoie indique qu’à ce stade sa participation à l’effort vaccinal s’est concentrée sur le recrutement de vingt vacataires pour renforcer les autres centres, quand le Département de la Haute-Savoie estime à plus de 60 000 euros son soutien à l’ouverture du mégacentre de RochExpo, où le soutien de la Région pourrait aussi être plus important qu’à Chambéry… Il ne faut pas non plus oublier que les Sdis sont financés par les Départements.

“Le mégacentre de Chambéry permet de vacciner 720 personnes par jour”

Philippe Gamen

Une source au fait du dossier estime que, pour le seul vaccinodrome de Chambéry, l’enveloppe mensuelle devrait osciller entre 300 000 et 400 000 euros. Et cela sans compter le coût des vaccins, ni celui de la rémunération des soignants qui sont pris en charge par la Sécurité sociale. Sollicitées, les préfectures de Savoie et de Haute-Savoie répondent dans un bel unisson qu’elles ne disposent d’aucun chiffrage à ce stade… Une preuve supplémentaire que le « quoi qu’il en coûte », cher à nos gouvernants, reste plus d’actualité que jamais.


La Région injecte 12 M€ pour accélérer la vaccination

Cette fois, Auvergne-Rhône-Alpes (Aura) n’est pas la première région de France. N’en déplaise à son président, Laurent Wauquiez, Aura arrive même à l’antépénultième position du classement hexagonal de la vaccination, avec un taux de 16,82 %. Seules l’Île-de-France (14,09 %) et les Pays de la Loire (16,16 %) font moins bien. Qu’à cela ne tienne, la Région a annoncé la semaine dernière qu’elle allait débloquer une enveloppe de 12 millions d’euros « pour participer à la campagne de vaccination, l’intensifier et soulager les collectivités locales ».

Elle va également « prendre en charge la logistique de centres de vaccination de grande capacité sur le territoire » au motif que « de telles infrastructures représentent un coût financier important et des problématiques lourdes pour les collectivités ». C’est, par exemple, la Région qui finance la mise à disposition du site de RochExpo pour y accueillir un vaccinodrome, et qui prend en charge les frais de logistique et de gardiennage.


La vaccination joue aussi la proximité

Si les vaccinodromes voulus par le gouvernement ont vocation à devenir les épicentres de la stratégie vaccinale, ils n’en constituent pas pour autant l’alpha et l’omega. Chacun de nos départements continue ainsi à renforcer le maillage de son territoire avec des centres de vaccination de proximité.

À titre d’exemple, en Haute-Savoie, ce dispositif a déjà permis de vacciner 728 personnes.

Outre son vaccinodrome de Chambéry, la Savoie dispose de cinq autres centres permanents (Aix-les-Bains, Albertville, Bourg-Saint-Maurice, Saint-Jean-de-Maurienne et Moûtiers) et de treize centres de proximité éphémères : Modane, Ugine, La Bâthie, Beaufort, Frontenex, Sainte-Hélène-sur-Isère, Saint-Jean-d’Arvey, Cognin, Challes-les-Eaux, Saint- Alban-Leysse, Lescheraines, La Motte-Servolex et Yenne. Afin de renforcer les équipes intervenant sur les centres permanents, le Département vient d’embaucher vingt contractuels (19 profils administratifs et un cadre de santé) et se tient prêt à accompagner une éventuelle montée en charge.

Concomitamment au déploiement du vaccinodrome de La Roche-sur-Foron, la Haute-Savoie vient également d’ouvrir six nouveaux centres de vaccination – Annecy (CPAM), Archamps, Faverges-Seythenex, La Balme-de-Sillingy, Samoëns et Thônes –, pour porter leur nombre total à vingt-deux. Grâce à ce maillage, « 96 % de la population est à moins de vingt minutes d’un centre, et 76 % se trouve même à moins de dix minutes », assurait le préfet de la Haute-Savoie, Alain Espinasse, lors de l’inauguration du mégacentre rochois, le 6 avril dernier.

En parallèle, chaque département a également mis en place une unité mobile de vaccination pour se rendre auprès des plus isolés et de ceux qui ne sont pas en capacité de se déplacer. À titre d’exemple, en Haute-Savoie, ce dispositif a déjà permis de vacciner 728 personnes sur cinq secteurs – Lugrin (75), Saint-Gervais (110), Viuz-en- Sallaz (191), Frangy-Seyssel (251) et Valleiry (101) – pour une population cible d’environ 1 200 personnes. La preuve, s’il en fallait, qu’en matière de vaccination, les Pays de Savoie jouent autant la carte de la proximité que de la mobilité.

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