On nous prédisait un « jeudi noir », à grand renfort de chiffres ahurissants et de commentaires heure par heure. De l’info-feuilleton, en somme. Voilà ce qui a bercé une bonne partie de notre semaine dernière avec comme point d’orgue, la journée de mobilisation du jeudi 22 mars.

Myriam Denis

Les chaînes d’info continue se sont jetées sur l’événement comme la faim sur le monde : goulûment et presque fiévreusement. Et pour cause : il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous la dent… Le drame qui s’est joué le lendemain a éclipsé tout aussi brusquement ce qui avait été mis (un peu trop) sous les feux de la rampe. L’info-spectacle, la même sur toutes les chaînes, sur toutes les ondes : comme s’il fallait donner du corps, de l’ampleur aux manifestations qui ont eu lieu un peu partout en France. Une surmédiatisation presque complice, grossière avec ses commentaires tournés en boucle. Des bilans heure par heure des manifs (voilà qui est primordial), des zooms sur ceux qui faisaient grève, sur leurs revendications. Non que celles-ci soient illégitimes, là n’est même pas l’objet de ma critique d’aujourd’hui. C’est la forme employée qui me déroute. En ressentant cette avidité de certains « grands » médias, on ne peut que se sentir gêné de participer un tant soit peu au voyeurisme ambiant. Car c’est de cela, finalement, qu’il s’agit, ni plus, ni moins. Chaque événement un tant soit peu important, ou choquant, va être (r)attrapé par les appétits voraces de ces médias. Remâché, amendé, avant d’être jeté en pâture aux infos-spectateurs. Sommes-nous si éloignés d’une forme de manipulation de masse ? Lorsque l’on vous répète à l’envi dès le lundi que vous allez vivre un « jeudi noir », expression largement employée au fil des chaînes d’infos continue, que la France entière va être bloquée et que le Gouvernement n’aura d’autre choix que de reculer, comment percevez-vous les évènements ?

Au final, ils et elles étaient 500 000 selon la CGT, 323 000 selon les autorités à avoir cessé le travail, exerçant ainsi leur droit le plus strict, façon de protester contre une situation qui ne convient pas. Là encore, je m’interroge : Emmanuel Macron, que l’on soit en phase avec ses idées ou pas, avait promis de largement réformer le pays et s’y emploie avec beaucoup de zèle. Il a été élu sur un programme dans lequel sans nul doute, il aspirait déjà à de profonds changements et l’annonçait haut et fort. Il a été élu démocratiquement à la tête de notre pays. Donc, en toute logique et sans trop vouloir m’avancer, il existe en France quelques personnes qui ont voté pour lui.

« Les chaînes d’info continue se sont jetées sur les grèves et manifs comme la faim sur le monde : goulûment et presque fiévreusement. »

Sont-ce les mêmes qui aujourd’hui manifestent ? Dans notre pays, on veut tout et son contraire. On veut des réformes, mais surtout sans toucher à nos privilèges ou à notre pré carré. On veut tout changer, dans l’immobilisme le plus complet, car le changement effraie. On veut du nouveau dans le monde politique, sans essayer de comprendre les enjeux qui se nouent. Emmanuel Macron tout-puissant veut aller vite dans ses réformes : a-t-il vraiment tort ? Il doit bien se douter que la seconde partie de son mandat ne se prêtera sans doute pas à ce genre de fantaisies et il y aura certainement recours avec la plus grande parcimonie, s’il est soucieux de préserver quelques opinions favorables à son sujet. En attendant, il y a eu des mouvements de grève, oui. On a le droit dans notre pays de se faire entendre de la sorte. Pour ma part, je sais déjà que je ne pourrai pas complètement et irrémédiablement me détourner des chaînes d’infos en continu, job oblige. Mais là, j’ai envie de faire la grève de ce genre de commérages à l’appétit insatiable. Et vous ?

Myriam Denis

Rédactrice en chef
m.denis@eco-ain.fr

Le prélèvement à la source selon Faro