Il aura fallu 1 932 884 contributions en ligne, 10 452 réunions locales et 16 132 cahiers de doléances. Il aura fallu trois mois de travail et quelque douze millions d’euros pour l’organisation du désormais fameux grand débat national.

Myriam DenisIl aura fallu je ne sais même plus combien de “samedis noirs”, de manifs assorties d’une violence inouïe, exacerbée par le sentiment intensément partagé de n’être que des petites fourmis chargées de taxes au poids de plus en plus lourd. Il aura fallu cette impression de chaos, ces commerçants hébétés devant les vitrines fracassées, ces victimes, directes ou collatérales.

Tout ceci, pour que le gouvernement, par la voix contrite d’Édouard Philippe, Premier ministre, reconnaisse, notamment, « l’immense exaspération fiscale » des Français. Les premières conclusions du grand débat national, qui aura occupé quelque 1,5 million de personnes et préoccupé quelques autres, ont été énoncées lundi 8 avril par Édouard Philippe. Cinq cents personnes étaient conviées au grand oral de synthèse. Cinq cents personnes parmi lesquelles un grand nombre de membres du gouvernement, des directeurs d’administrations centrales, des délégués du monde syndical ou associatif. Il est plutôt intéressant que la haute administration, celle-là même qui sera chargée de mettre en œuvre les éventuelles grandes réformes à venir, soit intégrée le plus rapidement possible au processus. Néanmoins, a priori, peu (ou pas) de représentants d’élus locaux, ni de Chambres de commerces et d’industrie, et/ou de métiers et d’artisanat ne furent conviés. Preuve, à mon avis et dès le début, que le gouvernement n’a pas tant compris que ça les requêtes émanant du terrain, à l’occasion de ce grand débat. Car le terrain, ce ne sont pas ces technocrates, ces élites qui nous gouvernent aux côtés des “grands” élus. Ce ne sont pas ces gens en costumes sombres sortis directement de l’ENA et proférant, d’un air docte, leur savoir sur, par exemple, l’économie, sans avoir jamais mis un orteil dans une entreprise. Ce système, à bout de souffle, est d’ailleurs en ligne de mire du chef de l’État, lequel rêve de réformer en profondeur (s’il le peut) la formation des futurs hauts fonctionnaires, pour permettre notamment une plus grande mixité sociale. L’enjeu est électoralo-populaire, on l’imagine bien, mais revêt également une importance fondamentale dans la future direction d’un pays.

« EN ATTENDANT ET SOUS CE RÈGNE TECHNOCRATIQUE, LE GOUVERNEMENT PARADE : IL A REÇU LES MESSAGES QUE LE PEUPLE FRANÇAIS A ENVOYÉS, “CINQ SUR CINQ”. »

En attendant et sous ce règne technocratique, le gouvernement parade : il a reçu les messages que le peuple Français a envoyés, « cinq sur cinq ». Édouard Philippe s’est déjà avancé : oui, il a compris. Oui, il souhaite « baisser au plus vite les impôts ». En voilà, une louable intention ! Mais comment, dans un pays où la moindre recette est traquée sans relâche ? Une baisse de quel impôt ? Pour qui ? Et surtout, en contrepartie de quoi ? Il ne faut pas se leurrer : l’État n’a absolument pas les moyens d’offrir des cadeaux, aujourd’hui encore moins qu’hier. Je reste donc dubitative, pour ne pas dire sceptique, devant cette surnaturelle magie qui consisterait à rendre du pouvoir d’achat aux Français à partir de rien. Quatre orientations – en écho aux quatre thématiques d’ores et déjà retenues dans les questionnaires officiels – ont été, sans surprise, dégagées : la fiscalité, la démocratie, la solidarité et l’écologie. Reste à savoir, dorénavant, ce que nous élites gouvernantes nous réservent…

Myriam Denis
Rédactrice en chef
m.denis@eco-ain.fr

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