L’édito de Myriam Denis : “Vitesse et précipitation”

Dans son édito, Myriam Denis nous invite à équilibrer raison… et émotion.

Myriam DenisCent millions d’euros en moins de douze heures, 200 millions en cinq heures, 1 milliard quelques jours après. Les promesses fusent, les flots d’argent inonderaient Notre-Dame. Au moment même, délicat hasard du calendrier, où Emmanuel Macron devait expliquer aux Français comment il compte aider celles et ceux qui peinent à joindre les deux bouts. Intervention pour l’heure remisée aux calendes grecques, des mesures ayant déjà été éventées, l’effet de surprise dissipé… Personne ne contestera, évidemment, qu’il faille reconstruire ce joyau national.

Mais il y a l’art et la manière de procéder. Entre réunions extraordinaires pour lancer le dossier, réflexions autour de la création d’une commission tout spécialement dédiée, le président de la République a d’ores déjà annoncé un calendrier plus qu’ambitieux : l’objectif affiché est une reconstruction en cinq ans. Pourquoi confondre vitesse et précipitation ? Dans le même temps, on pourra constater – et s’étonner, au passage – de cet engouement philanthropique de certaines grandes fortunes de France, alors que l’on ignore encore à combien s’élèvera, finalement, la facture. Il faudrait remettre l’église au centre du village !

“LE COEUR A SES RAISONS QUE LA RAISON IGNORE. SI L’ON EXIGE UNE TOTALE TRANSPARENCE ET UNE PRÉVISIBILITÉ ABSOLUE DES DÉPENSES PUBLIQUES, L’ÉMOTION, ELLE, S’EN MOQUE.”

Mais le coeur a ses raisons que la raison vraisemblablement ignore. Si l’on exige une totale transparence et une prévisibilité absolue des dépenses publiques, l’émotion, elle, s’en moque royalement. Et dans ce contexte particulier, de grands industriels se lancent dans la course au plus généreux. Le geste évidemment apparaît dans toute sa noblesse, au moment où le drame fait consensus : la France a perdu l’un de ses joyaux, qui est également le monument le plus visité d’Europe. Cela expliquerait-il la précipitation de Monsieur Macron ?

Des dons généreux, oui… et défiscalisés à 60 % de l’impôt sur les sociétés (75 % pour les dons de moins de 1000 euros). Qui auront donc un impact sur les finances publiques. Quelle belle niche fiscale, oh, pardon, opération de comm’, non, je voulais dire… Quelle belle stratégie opérationnelle. Mais… À quelle période remonte un tel mouvement de générosité ? Pour quelle catastrophe naturelle a-t-on pu voir une mobilisation aussi exacerbée ?

De nombreuses associations caritatives appellent à aider également “Les misérables”, référence à Victor Hugo, arguant que les dons en 2018 ont diminué de 4,2 % en France, un fait inédit. Jusqu’où peut aller le philanthropisme ? Comment choisir entre une forme de reconnaissance éternelle, bien visible, ou la solidarité sociale, l’action discrète et de terrain pour les publics les plus précaires et les plus fragiles ? Du trésor national au trésor public, pour certains, le choix est fait.

Myriam Denis
Rédactrice en chef
m.denis@eco-ain.fr

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