Édito | USA, France, COP 27, inflation : libre et… change

par | 11 Nov 2022

Trois mois après son adoption aux États-Unis, l’Inflation Reduction Act commence à faire parler de lui. Cette loi pour la réduction de l’inflation… « n’aura qu’un effet marginal sur l’inflation », prévient pourtant Christian de Perthuis, professeur d’économie à Paris-Dauphin

Si l’on en parle maintenant, à la faveur de la Cop 27 qui s’achève au Caire le 18 novembre, c’est donc surtout, poursuit l’universitaire, parce que « sans que ni le mot “climat”, ni le mot “énergie” n’apparaissent dans son énoncé, le président Biden a sans doute fait passer le dispositif législatif fédéral le plus important à ce jour en faveur du climat ».

Le programme de mesures prévoit en effet 386 milliards de dollars de dépenses publiques sur dix ans. À la clef, si tout se passe bien, une diminution de 40 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 (par rapport à 2005) aux États-Unis. Ce qui, malgré l’ampleur, resterait tout de même sensiblement inférieur aux engagements pris par Washington lors de la Cop 21 de Paris, en 2015 (-50 %).

Pour y parvenir, le gouvernement veut actionner de multiples leviers : voiture électrique, rénovation des logements, énergies renouvelables… Or, si ce programme semble être une bonne chose pour la planète, il ne constitue visiblement pas une bonne nouvelle aux yeux des dirigeants français.

« D’un côté, la nation symbole du capitalisme libéral qui s’avère en fait très protectionniste, avec un État volontiers interventionniste. Et de l’autre une France qui lui fait les gros yeux… en rêvant de l’imiter sur le protectionnisme, alors qu’elle le fait déjà sur l’interventionnisme. »

« Dans certains cas, le montant des subventions que l’administration Biden propose [aux entreprises] est quatre à dix fois le montant maximal autorisé par la Commission européenne », s’est alarmé Bruno Le Maire dans les colonnes de notre confrère Les Échos, en évoquant le risque d’un « décrochage industriel de l’Europe ».

« L’Europe ne peut pas être le seul endroit où il n’y a pas de Buy European Act », a tempêté à son tour le président Macron le 8 novembre, en allusion au Buy American Act, loi protectionniste en vigueur aux États-Unis depuis… 1933. C’est un peu le bal des paradoxes. D’un côté, la nation symbole du capitalisme libéral qui s’avère en fait très protectionniste, avec un État volontiers interventionniste. Et de l’autre une France qui lui fait les gros yeux… en rêvant de l’imiter sur le protectionnisme, alors qu’elle le fait déjà sur l’interventionnisme.

Car, au moment même où Bruno Le Maire gronde dans Les Échos, ses services envoient aux rédactions (dont la nôtre, vous l’aviez compris) un beau dossier qui rappelle qu’au cours des derniers mois, « l’État a attribué 850 millions d’euros de subventions pour soutenir 477 projets, lauréats de l’appel à projets “ (Re) localisation de la production” ». Les milliards américains c’est mal, mais les millions français, c’est bien ?

Et quand le président Macron s’insurge contre l’Inflation Reduction Act, c’est à la sortie d’une réunion avec les 50 industriels les plus polluants de France… qu’il a promis d’aider à réaliser leur mutation. Aider la transition environnementale, oui ; subventionner the transition, no ? « Faites ce que je dis, pas ce que je fais, et laissez-moi défendre mes intérêts propres. » Certains estimeront que, plus qu’un résumé de la situation, c’est une définition du libéralisme. Si c’est le cas, je plaide pour une réforme de l’orthographe : ce libre-échange-là doit s’écrire “libre et change”.


Éric Renevier

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