Élections municipales : dans 9 communes sur 10, le 1er tour sera décisif en Savoie Mont Blanc

par | 6 Mar 2026

À l’approche des municipales (15 et 22 mars 2026), la Savoie et la Haute-Savoie s’annoncent comme des terrains de fortes tensions politiques, marqués par de nombreuses dissidences, rivalités personnelles et affrontements internes. Dans la plupart des communes, l’issue pourrait se jouer dès le premier tour, avec plusieurs scrutins particulièrement disputés dans les principales villes des deux départements.

De Chambéry à Annecy, en passant par Albertville, Bonneville, Thonon ou Saint-Julien-en-Genevois, la campagne met en lumière des majorités fragilisées, des adjoints devenus adversaires et des candidatures dissidentes venues rebattre les cartes. Si certains maires sortants partent encore en position de force, la multiplication des listes dans plusieurs villes-clés pourrait rendre les équilibres plus incertains et transformer ces élections locales en véritables tests politiques à l’échelle des deux Savoie.

Savoie : un scrutin marqué par des dissidences en nombre

En Savoie, 273 mairies sont à conquérir dans les arrondissements d’Albertville, Chambéry et Saint-Jean-de- Maurienne. À défaut de les traiter toutes, ce sont ces trois villes que nous scruterons ici. Car voici venu le temps du grand renouvellement dans les mairies et les intercommunalités, notamment dans les sous-préfectures et la préfecture de la Savoie. À Albertville, quatre listes se font face . Il n’y en a que deux à Saint-Jean-de-Maurienne mais, à Chambéry, non moins de huit candidats se disputent les faveurs des électeurs.

4 listes à Albertville

À Albertville, la liste citoyenne “100 % Albertville”, conduite par le conseiller municipal de l’opposition (sans étiquette) Esman Ergul affiche une sensibilité “divers centre” (DVC) mais ne se revendique d’aucun parti. Dirigeant fondateur d’un centre de formation et commerçant à Albertville, Esman Ergul avait remporté 6,44 % des suffrages en 2020, lors de sa première campagne municipale.

En deuxième sur les panneaux d’affichage, Julien Yoccoz et sa liste “Albertville avec vous” représentent une gauche qui s’assume plus ou moins, sous l’intitulé “divers” (DIV). Cette équipe est pourtant constituée des membres historiques de l’opposition, d’obédiences socialiste et écologiste.

En face de ces deux outsiders : le maire sortant, Frédéric Burnier- Framboret, qui n’affiche pas non plus de manière ostentatoire les couleurs de sa famille politique LR pour sa deuxième confrontation au suffrage universel direct. Légitimé au second tour en 2020 avec 53,32 % des votes, il repart avec sa liste “Ensemble, plus loin !”.

Enfin, une femme est tête de liste : Karine Martinato, adjointe au maire sortante, passée dans le camp adverse en fin de mandat. Sa liste, “Alliance pour Albertville”, est estampillée “divers droite et Rassemblement national” (DVD-RN).

Les urnes seront plus rapides à dépouiller du côté de Saint-Jean-de-Maurienne où seules deux listes sont en lice. Philippe Rollet, maire sortant (DIV), avait coupé court dès le premier tour en 2020, en remportant 56,45 % des suffrages. Il retrouve face à lui Marie Dauchy, députée européenne RN et candidate pour la deuxième fois sur cette commune. Elle était arrivée en troisième position en 2020, avec 14,91 % des voix.

La gauche en sursis à Chambéry

La mairie de la capitale savoyarde, Chambéry, très convoitée, oppose 8 candidats (contre sept en 2020). Marie Bénévise est élue municipale et vice-présidente de Grand Chambéry. Elle mène sa liste aux côtés d’un autre conseiller municipal sortant qui claque la porte, Martin Noblecourt, premier adjoint. Leur liste, “Chambéry est à vous”, classée “divers gauche” (DVG), associe des militants dissidents de Renaissance et Les Écologistes, mais aussi le Mouvement citoyen et Génération.s.

Gaël Desreumaux, assistant parlementaire du député Jean-François Coulomme, brigue un mandat La France insoumise pour un “Avenir populaire”. Le RN entre dans la course cette année avec la liste “Rassemblement pour Chambéry !”, portée par Brice Bernard, délégué départemental du parti et conseiller régional. De son côté, Marie Ducruet réunit une équipe autour de “Lutte ouvrière – le camp des travailleurs” : elle avait fait le score de 1,12 % aux élections de 2020.

Autre adjointe de la majorité municipale à se désolidariser du maire sortant, Christelle Favetta Sieyès, présidente départementale de l’UDI, s’entoure du Parti radical de gauche et de dissidents des partis Horizons et PS. Dissidence aussi, chez LFI cette fois, derrière Sarah Hamoudi-Wilkowsky et sa liste baptisée “Chambéry vraiment à gauche !” : en 2020, l’ex-suppléante du député Jean-François Coulomme avait totalisé 8,35 % des votes.

Avec Vincent Patey, agent du Département, “Le Pacte” est présenté comme un mouvement citoyen et toutefois adoubé LR-RE-HOR. Pour garder son écharpe tricolore, le maire sortant, Thierry Repentin, boudé par une partie de ses colistiers, a constitué l’équipe “Chambéry avance avec Thierry Repentin” qui se revendique DVG-PS-PCF-PP (Place publique)-VEC (Les Écologistes).

Pour sa première campagne, en 2020, il avait supplanté Michel Dantin au second tour en signant une alliance avec la liste citoyenne EELV d’Aurélie Le Meur (démissionnaire du conseil municipal en 2023). Ils avaient été quasi- ex aequo au premier tour avec respectivement 22,63 % et 22,46 % des voix.

À Chambéry, huit listes mènent campagne pour s’emparer des clés de la ville.

Haute-Savoie : affrontements fratricides en perspective

Que ce soit à Annecy, Saint-Julien-en-Genevois, Bonneville ou Thonon, la lutte pour la mairie s’annonce pour le moins animée, avec pas mal de frères ennemis. Dans la préfecture de la Haute-Savoie et ses trois sous-préfectures, ce ne sont pas les listes qui manquent. Six pour Annecy, trois pour Bonneville et Saint-Julien-en-Genevois, cinq pour Thonon-les-Bains. Les électeurs auront le choix du bulletin qu’ils glisseront dans l’urne.

Annecy affiche un panel très varié. La liste “Lutte ouvrière – le camp des travailleurs” (extrême gauche) a pour tête Naci Yildirim, 51 ans, qui s’était déjà présenté sous cette étiquette en 2020 et avait remporté 1,37 % des suffrages. La France insoumise (LFI) propose son alternative “L’avenir en commune”, avec Vincent Drême, âgé de 29 ans.

De l’autre côté de l’échiquier politique, Guillaume Roit- Levêque, 41 ans, délégué départemental du Rassemblement national – qui fut candidat aux élections législatives de 2024 dans la 1re circonscription –, mène la liste “Retrouvons Annecy” sous l’étiquette de son parti.

Les trois derniers candidats devraient, sauf surprise de taille, se partager le gros des voix. Alexandre Mulatier-Gachet, 38 ans, le premier adjoint du maire actuel François Astorg (qui ne se représente pas), conduit la liste “Vivre Annecy” (union à gauche), soutenue par l’union des écologistes, les socialistes, le PCF et Place publique. Il a été élu conseiller municipal en 2020 et est devenu adjoint en 2023. Il va affronter deux ténors de la vie publique locale, Antoine Armand et Jean-Luc Rigaut, qui espèrent bien ne pas compter pour du beurre.

“Acteurs d’Annecy avec Antoine Armand” (union au centre) est soutenue par Renaissance, Les Républicains, Horizons, le Parti radical et les Centristes. À 34 ans, le député de la 2e circonscription, ancien ministre de l’Économie du gouvernement Barnier en 2024, se pose en rival de l’ancien maire d’Annecy, Jean-Luc Rigaut.

À 67 ans, celui-ci conduit la liste “Unis par Annecy avec Jean-Luc Rigaut” (divers droite). Battu de 27 voix en 2020, il a été, entre autres, maire d’Annecy de 2007 à 2020 et président de Grand Annecy de 2017 à 2020.

Rivalités dans les sous-préfectures…

À Bonneville, la lutte sera féroce entre deux personnalités qui, jadis, travaillèrent main dans la main, quand Stéphane Valli, le maire actuel, était le premier adjoint de Martial Saddier, devenu président du conseil départemental. Maire depuis la démission du second, en 2015, le premier conduit “Avec vous Bonneville” (divers droite).

Mais “Ensemble, unis pour l’avenir de Bonneville” (divers droite) a pour tête de liste le président du Département qui, à 56 ans, se verrait bien reprendre la mairie bonnevilloise. Membre des Républicains, il fut maire de la ville de 2001 à 2015, puis contraint à la démission pour éviter le cumul de mandats. “Bonneville en commun” (divers gauche) a, quant à elle, à sa tête un jeune homme de 29 ans, nouveau en politique, Pierre Delullier.

À Thonon-les-Bains, les cinq listes sont : “Nouvelle ère” (divers gauche), avec le conseiller régional Jean-Baptiste Baud, 39 ans ; “Retrouvons Thonon” (Rassemblement national), avec Patrick Rean, 65 ans ; “Thonon autrement” (divers), avec Alexandre Parlange, 42 ans ; “Thonon 2026” (divers droite), avec Richard Baud, 54 ans, conseiller départemental, conseiller municipal et ex-maire adjoint du maire actuel jusqu’en 2022 ; et “Réussir Thonon avec Christophe Arminjon” (divers droite), maire sortant.

Là aussi, le combat sera rude, notamment entre Christophe Arminjon (59 ans) et son ex-adjoint. Enfin, Saint-Julien-en-Genevois n’échappera pas aux querelles fratricides. Face à la maire sortante Véronique Lecauchois, 69 ans, qui se représente pour un deuxième mandat (“Unis pour Saint-Julien”, divers), Laurent Mivelle, 60 ans, qui a quitté la majorité pour se lancer en campagne en juin dernier, mène une liste divers droite “Réveillons Saint-Julien ! ! !”. Par ailleurs, François-Étienne Pissard, 47 ans, est tête de liste de “Force collective” (divers centre).

Parmi les trois listes en lice à Bonneville, celles conduites par Martial Saddier et Stéphane Valli devraient se livrer une lutte sans merci.

Leïla Oufkir et Sylvie Bollard

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